Mangées – Catherine Simon – Editeur Sabine Wespiesier

  • A Table ! Avec ces Mères Lyonnaises, un symbole de la cuisine lyonnaise !

    une histoire des mères lyonnaises

    Qu’elles aient basculé dans le luxe, façon Brazier, ou soient restées fidèles à une cuisine plus économe, les mères avaient nourri la ville entière. On passait de l’une à l’autre comme on change de chemise, se régalant ici d’une tarte légère à la praline, là d’un saint-marcellin crémeux ou d’une salade de cochonnailles. Souvent du solide, parfois de l’aérien. Toujours des produis frais. Pas de congélateur et quelquefois (chez les anciennes) pas de frigo. Elles formaient à elles seules une famille méconnue, hétéroclite et laborieuse, dessinant une géographie sociale de la ville, déroulant un siècle d’histoire. Elles avaient façonné les quartiers, les avaient bercés, accompagnés. »

    Un journaliste, Etienne Augoyard est chargé d’écrire une série d’articles sur les Mères Lyonnaises. Accompagné d’un photographe local, il mène son enquête et part sur les traces des Mères les plus célèbres, de celles qui ont fortement contribué à la réputation gastronomique de la capitale lyonnaise (la bistronomie avant l’heure). Ils vont à la rencontre de ceux ou celles qui  ont connu ou côtoyé ces « cheffes, affairées autour de leur piano de cuisson.. Ainsi, Catherine Simon dresse le portrait de ces femmes, parfois oubliées, qui ont marqué leur temps, d’excellentes cuisinières au caractère bien trempé, depuis les heures sombres sous l’occupation allemande, jusqu’à l’extinction des feux.

     

    Nous rencontrerons la fameuse Mère Brazier, la plus célèbre et la plus « étoile-michelinée » chez qui Bocuse a fait son apprentissage disant : (dans la Bonne Chère, en 1995)  « qu’elle inventait comme une courtisane lettrée. Elle fut notre Sévigné,  ajoute-t-il, l’une des grandes de notre tradition culinaire. Elle avait le talent de cuisiner pour deux cents personnes et que chacun ait l’impression de déguster un repas fin, préparé pour cinq à six convives ! » (p.19) – De La Génie, (Eugénie)« elle était haute en couleur, avait la parole facile et se donnait un type en portant d’originales anglaises »,  à Marie-Thé Mora ou chez Léa Bidaut ou Paule Castaing, elles étaient des femmes d’exception.

    Ce sont elles qui les premières ont proposé une cuisine élaborée au public et ont formé les chefs d’aujourd’hui. Elles sont à l’origine de la réputation gastronomique de Lyon. La plupart de ces femmes, d’origine modeste ont fait leur apprentissage très jeune, dans des conditions très difficiles, formées à l’école de la société bourgeoise. Elles ont osé, elles ont réussi ! Elles qui à l’époque n’avaient pas droit au chapitre et encore moins, tenir un compte en banque, ou tenir un commerce…

    Tout est fait pour vous mettre en appétit ! Vous trouverez même quelques recettes inédites à la fin de l’ouvrage. Si vous aimez la gastronomie, si vous aimez la ville de Lyon, ou simplement pour vous documenter sur l’histoire locale, ce livre est fait pour vous !

    En retraçant les grandes heures de la cuisine lyonnaise, Catherine Simon nous met l’eau à la bouche  en nous proposant ce livre parfaitement bien mitonné !

     M. Christine
  •  Mangées 260 pages – Prix : 21 €

Catherine Simon a grandi à Lyon. Écrivain et journaliste, elle a publié des romans noirs et des enquêtes. Elle a longtemps été correspondante en Afrique de l’Est pour RFI et Le Monde, puis au Maghreb pour Le Monde, dont elle a été l’une des grands reporters pendant plus de quinze ans.

 

 

 

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Les Amnésiques – Géraldine Schwarz – Editions Flammarion

les amnésiques

« C’étaient simplement des Mitläufer, ils marchaient avec le courant. »

« Les Amnésiques », un récit presque un roman, une enquête, une autobiographie, une introspection familiale et bien au-delà… D’abord les soupçons d’une journaliste franco-allemande sur le passé d’un grand’père, un petit entrepreneur allemand dans les produits pétroliers, à l’égard des juifs à l’époque nazie, puis la vérité qui se dévoile petit à petit après et malgré une génération intermédiaire qui a tenté de tout occulter. Un terme qui revient « Mitläufer » que l’auteur traduit par «personnes qui suivent le courant» sous lequel s’est tapie l’ Allemagne, malgré et avec la complicité des pays vainqueurs et occupants, dont la France.

L’ Autriche, l’Italie, la France et d’autres pays, ne sont pas non plus épargnées par ce récit. La France également a connu ses « Mitläufer », pourtant à la Libération on lui a donné et elle s’est donnée l’illusion qu’elle avait toujours résisté massivement, à l’occupant et à l’antisémitisme… il faudra quelques années et deux générations pour qu’elle ouvre les yeux, aidée en cela par des films (Lacombe Lucien, Holocauste…), l’ouverture des archives américaines révélées par Paxton, et des procès retentissants bien que tardifs…

Réflexions et interrogations salutaires aussi sur notre époque prolongent ce récit remarquable, le tout avec une écriture sobre, patiente comme si l’auteur craignait de découvrir ce qu’elle allait découvrir et qu’elle pressentait malgré tout, et ce sans sombrer ni dans le pathos, ni dans le piège des donneurs de leçons…

Hubert/M. Christine

Géraldine Schwarz est une journaliste et réalisatrice franco-allemande vivant à Berlin. Ancienne correspondante de l’AFP en Allemagne, elle collabore avec plusieurs médias internationaux et enquête depuis quelques années sur les archives des services secrets fédéraux (BND)

« Les Amnésiques » – Géraldine Schwarz – 345 pages – Prix : 20 €

Kwaï – Vincent Hein – Editions Phébus

vincent hein

« Chaque guerre est la toute dernière » Jean Giraudoux.

KWAÏ, LE PONT DES SOUVENIRS.

« Ce soir-là, mon père avait loué « Le pont de la rivière Kwaï ». Il  glissa la cassette dans l’appareil et la déesse de La Columbia apparut de nouveau. »

« Vous souvenez-vous du film de David Lean « Le Pont de la rivière Kwaï » adapté d’un roman de Pierre Boulle ? 

« Avec Kwaï (prononcer Khwae, Kwé)Vincent Hein, part sur les traces de son enfance, les soirées cinéma calé contre son père, près de la cheminée et devant la télévision et du film « Le pont de la rivière Kwaï » où l’histoire des guerres passées se mêle à la description de la Thaïlande actuelle et à ses souvenirs. » Alors, partir sur les rives de la célèbre rivière, c’est plonger dans les eaux troubles de la mémoire. » Là-bas, le spectacle touristique ne cache pas l’exubérance de la nature ni le souvenir des cruautés ».

Le récit débute en juillet 2014 à Kanchanaburi. L’auteur n’évoque pas seulement la rivière Kwaï et le célèbre pont, il évoque la seconde guerre mondiale et les événements douloureux liés à la présence du Japon et de ses actions extravagantes.

Ce texte assez court, moitié autobiographique, moitié historique s’égrène en dix-sept courts chapitres qui racontent par alternance un événement historique, puis le souvenir d’un parent plongé au cœur du combat. Il se souvient : – de l’Oncle Hubert revenu de l’enfer complètement défiguré après avoir été interné au Camp du Struthof en Alsace, seul camp de concentration construit en France par les nazis durant la guerre – de son grand-père qui répond en pirouettant (alors qu’il feuilletait les albums et photographies) :  » Je préférerais que tu te choisisses un beau livre. Ces choses-là ne sont pas pour les enfants. Que veux-tu que je te dise ? Sinon qu’il faut vraiment être malheureux pour s’en aller déclarer une guerre, tirer sur des gens qui ne vous ont rien fait et passer son temps, ensuite, à vouloir s’en souvenir. (p. 54)  

Pétri de culture chinoise, Vincent Hein nous rappelle les circonstances qui ont déclenché la guerre sino-japonaise lorsque Hirohito monte sur le trône a 25 ans et que, entouré de généraux batailleurs et xénophobes qui le persuadent d’envahir l’Asie pour le charbon et le pétrole. « Ils s’imaginent conduire une guerre sainte, une croisade, un combat divin. Ils bombardent Nankin enjambant les fortifications, ouvrent en grand les portes de la ville et massacrant entre 50 000 et 90 000 personnes. » (p.47) L’occasion pour l’auteur de nous rappeler l’horreur de la construction de la voie de chemin de fer reliant la Thaïlande à la Birmanie en 1931. – 12 400 prisonniers de guerre alliés et 70 000 travailleurs civils asiatiques, hommes, femmes et enfants, travaillant à mains nues et morts au cours de cette construction. – Pékin tombe en 1937. 

Un sujet bouleversant, une langue remarquable. De nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce livre est beau. Il relie comme un pont le passé au présent ; c’est un bel hommage aux hommes qui ont été cruellement broyés par leurs semblables. Un bel hommage également aux nombreux naturalistes que l’auteur admire et qui ont permis l’introduction de nouvelles plantes venues de l’Orient.

Un excellent sujet de réflexion, de méditation sur la guerre, l’enfance, les souvenirs et la mort. A lire absolument !

M. Christine

Vincent Hein est né en 1970 en Moselle. Il passe une partie de son enfance à Abidjan : « Ces années m’ont donné à tout jamais le goût d’ailleurs, des autres et ce sentiment doux amer d’être pour toujours un étranger chez soi » écrira-t-il ! Il a vécu de nombreuses années en Chine où il fait ses études à l’école normale supérieure des langues étrangères à Pékin et y apprend le chinois puis s’initie au droit. Suite aux événements (manifestation étudiante) du 4 juin 1989, Place Tien Anmen, il est rapatrié.

Vincent Hein est l’auteur de : « Les Flamboyants d’Abidjan », Editions Stock (2016) – « L’Arbre à singes » Editions Denoël (2012) – « A l’est des nuages, carnets de Chine » – Editions Denoël (2009)

Kwaï – 140 pages – Prix : 15 €

 

 

 

La chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan – Editions Albin Michel

Et vivent toutes les chorales de France et d’ailleurs ! 
CHILBURY

notes musicales

croche noireUn roman qui se passe en Angleterre, dans le Kent, un joli petit village au sud de l’Angleterre. Nous sommes en 1940, sur une période assez courte, entre mars et septembre. Je vous invite à aller à la rencontre de ces femmes qui vont prendre tout en mains puisque c’est la guerre. Les maris, les pères, les amoureux sont tous partis au front et ce petit village va résister. Ces femmes vont être responsabilisées et vont, par la force de la joie et par la force d’une chorale mise en place par une certaine Miss Primrose, –une femme extraordinaire, aussi haute en couleur qu’elle est petite et ronde- elles vont vous embarquer dans toutes leurs aventures mais le Révérend pense qu’il est complètement honteux, en pleine guerre, de continuer à chanter que ça devrait être interdit. Elles pensent que ces moments d’humanité, de fraternité ça leur donne la force d’avancer. Alors toutes les femmes vont venir, que ce soit la petite jeune fille de treize ans avec son regard naïf sur le monde, que ce soit la « bombasse » du village, la jolie jeune fille et qui  désespère parce qu’il n’y a plus un seul homme aux alentours, que ce soit la jeune femme juive qui a quitté la France et l’Allemagne dans des conditions épouvantables… Dans ce petit village, nous suivrons le quotidien de ces femmes et leurs intrigues. Nous partagerons leurs joies, leurs peines, les bombardements, les deuils, les naissances et les histoires d’amour…
croche noire

clé de solPotins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes on s’attache à chacune d’entre elles et on regrette de les quitter ! 

Un petit bijou d’intelligence et d’esprit typiquement british ! 

Un livre facile à lire, un moment de lecture agréable. clé de sol

« La chorale des dames de Chilbury »Traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier – 466 pages – 22 €uros

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notes noires

Jours brûlants à Key West de Brigitte Kernel – (Flammarion) – Biographie de Denis Westhoff « Sagan et fils » (Stock) – Bonjour Tristesse (BD) de Frédéric Rebena (Rue de Sèvres)

jours brulants à key west« ON A TOUS EN NOUS QUELQUE CHOSE DE SAGAN. »
En présence de Denis Westhoff,  fils de Françoise Sagan et en partenariat avec la Librairie Bulle, la librairie Doucet recevra
SAMEDI 9 JUIN à 17 h 00 – 
(lieu de la Rencontre-dédicace à la Librairie Doucet)
Trois auteurs : Brigitte Kernel, Denis Westhoff, Frédéric Rebena 
 pour (re)découvrir Françoise SaganBonjour tristesse frédéric Rebena
denis westhoff sagan et fils
Marie-Adélaïde va nous raconter le jour où Françoise Sagan « Bonjour Tristesse » a rencontré Tennessee Williams
Ce livre est un vrai petit bijou. Pour vous situer : un huis-clos à Key West en plein été.  – Vous imaginez ! – Il fait très très chaud. Il y a une ambiance moite. Le désir est sous-jacent… On imagine une ambiance où tout le monde se regarde, se fait un peu de l’effet….
 
Brigitte Kernel a réussi à retranscrire cette atmosphère lourde, pesante, moite à merveille. Tennessee Williams, l’écrivain favori de Françoise Sagan, l’invite pendant qu’elle est en pleine tournée américaine, à la suite de « Bonjour Tristesse ». Elle est épuisée et il lui dit : – « Pas de problème, je t’invite, viens dans ma maison »... Ils ont un peu de mal à communiquer. Elle, ne parle pas très bien l’anglais et Tennessee Williams ne parle pas français.  Ce sont deux amoureux des mots et puis…., beaucoup d’admiration de la part de Françoise Sagan. Ils ne sont pas seuls dans cette maison, il y a Carson McCullers, une très grande auteure américaine. Elle a 38 ans, mais elle ressemble à une vieille femme, elle est malade, elle a fait une « attaque » et son mari s’est suicidé. Elle est épuisée..  C’est également une grande amie de Tennessee Williams. Elle voit arriver ce petit monstre charmant avec beaucoup de méfiance. Elle est un peu séduite par sa personnalité,  Carson était un peu bisexuelle aussi !. Elle est très attirée par cette jeune fille qui n’a que 19 ans, complètement subjuguée par sa fraîcheur, rayonnante de spontanéité. Elle n’a peur de rien et dit tout  haut ce qu’elle pense…
Il y a aussi Frank Merlo, l’amant de Tennessee Williams, qui parle français. Il sert d’interprète à tout ce petit monde-là.. Il se rend compte que Tennessee Williams ne l’aime plus autant qu’il l’a aimé et que sa vie, il va peut-être la vivre différemment. Il est très beau lui aussi !. Vous voyez tous ces personnages, c’est presque une pièce de théâtre……
Une histoire vraie, devenue roman !
Un livre qui parle de souvenirs mais aussi d’écrivains, de littérature, de sentiments, dans une ambiance solaire et envoûtante.
Avec beaucoup de finesse, Brigitte Kernel se glisse dans la peau de F. Merlo, nous faisant vivre le séjour à Key West de la toute jeune Françoise Sagan, particulièrement à l’aise, apportant un souffle nouveau dans le trio Carson McCullers, Tennessee Williams et Frank Merlo qu’elle va bouleverser. 
Brigitte Kernel a été pendant de nombreuses années productrice-animatrice d’émission littéraires à France Inter et a également été chroniqueuse littéraire dans « Place aux livres » sur LCI et dans « Rive droite, Rive gauche » de Thierry Ardisson sur Paris Première.
Ses romans : « Dis-moi oui », « A cause d’un baiser», « Fais-moi oublier». Elle a publié chez Flammarion le très remarqué « Agatha Christie, le chapitre disparu. »

 

Ecoutez Marie-Adélaïde sur France Bleu Maine en compagnie de C. Bouniot en cliquant ici.

Marie-Adélaïde/M. Christine

« Jours brûlants à Key West » – Brigitte Kernel – 267 pages – Prix : 19 €uros –

« Sagan et fils » – 256 pages – Prix : 19 € – ou Livre de poche 24O pages – prix : 6.60€

« Bonjour Tristesse » – (BD) – Frédéric Rebena – 104 pages – prix : 18 €

 

Avec toute ma colère – Alexandra Lapierre – Editions Flammarion

Avec toute ma colère alexandra lapierreALEXANDRA LAPIERRE  sera présente Mercredi 6 juin à la Librairie Doucet à 18 heures pour nous parler de son dernier roman :
« Avec toute ma colère » 
Mère et fille : le duel à mort Maud et Nancy Cunard
 
Alexandra LAPIERRE est venue maintes fois à la Librairie Doucet pour présenter ses œuvres. C’est une habituée que nous accueillons toujours avec le même bonheur.
« Fanny Stevenson », « Artemisia Gentileschi », « L’excessive », « Je te vois reine des quatre parties du monde », « Moura » (son avant-dernier roman).
Alexandra Lapierre est très intéressée par la vie des femmes oubliées de l’Histoire.
Maud et Nancy Cunard, aujourd’hui deux femmes oubliées, si ce n’est peut-être leur nom 
 de famille : CUNARD, la célèbre compagnie de paquebots transatlantiques. Alexandra Lapierre va les ressusciter pour nous.
Nous sommes avant tout dans la première partie du XXème siècle.
 
– LADY MAUD CUNARD (1872-1948) mais dans son éloge funèbre elle s’était rajeunie de 5 ans !), américaine venue à Londres, était devenue une mécène qui attirait dans ses salons le Tout-Londres de l’entre-deux-guerres. Citons l’écrivain George Moore ou le chef d’orchestre Thomas Beecham qui comptent parmi ses nombreux amants.
 
– NANCY CUNARD, sa fille (1896-1965), muse des surréalistes, poète, rebelle, aux convictions non conventionnelles pour l’époque et qui eut entre autres pour amants : Louis Aragon, Aldous Huxley, Pablo Neruda, le photographe Man Ray et le pianiste de jazz Henry Crowder qui était noir, ce qui fit évidemment couler beaucoup d’encre.
 
Les deux sont belles et riches et on leur reconnaît de grands talents
Les deux ont des prises de position très nettes, la première plus conventionnelles, la seconde plus avant-gardistes dans sa lutte contre l’injustice et contre le racisme. (Elle a écrit une  oeuvre titanesque : NEGRO pour expliquer l’Afrique, oeuvre que l’on ne trouve plus)
Les deux ont eu de nombreux amants, on l’a dit, la première de manière assez mondaine et discrète dans l’aristocratie londonienne, la seconde sans se cacher et s’adonnant à l’alcool et à d’autres substances.
Certains points communs donc mais LES DEUX SE DETESTENT, on peut même parler de haine.
C’est cela qui a fasciné Alexandra Lapierre et qu’elle tente de nous faire comprendre dans ce roman où elle leur donne la parole et les fait dialoguer…mais peut-on parler de dialogues quand on « crache » tant de venin !
L’auteure a été obsédée par ces deux vies. Elle a fait comme d’habitude d’énormes recherches allant jusqu’au Puits Carré, la demeure de Nancy Cunard en Normandie dont elle a rapporté des photos qui illustrent le livre ; une maison qui semble avoir connu des « fantômes » et qui a complètement disparu.
 
Ce roman nous permet aussi  de revivre l’effervescence intellectuelle et artistique de ces années
 
« With all my anger and love », c’est ce que signait la petite Nancy à la fin des lettres écrites à sa mère dans ses jeunes années  « Avec toute ma colère et mon amour ». Faut-il ôter l’amour et ne garder que la colère ?
 
Suivez l’écriture brillante d’Alexandra Lapierre pour…peut-être…le savoir!
 
Marie-José/M.Christine
« Avec toute ma colère » mère et fille Mère et fille : le duel à mort Maud et Nancy Cunard 352 pages – Prix  21 €uros

La femme qui ne vieillissait pas – Grégoire Delacourt – Editions JCLattès

la femme qui ne vieillissait pasGRÉGOIRE DELACOURT sera l’invité de la Librairie Doucet  Jeudi 31 Mai à 18 heures pour nous présenter et dédicacer son livre :

« LA FEMME QUI NE VIEILLISSAIT PAS « 

Présentation : « A quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride de lion, du front, aucune patte d’oie ni de ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté ; aucun cheveu blanc, aucune cerne ; j’avais trente ans, désespérément. » Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt. Celle qui prend de l’âge sans se soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes. Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre. Et puis, il y a Betty. »

Écoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Quentin sur France Bleu Maine, en cliquant ici

Est-ce un roman qui parle de tristesse ?

– Non, pas du tout ! Grégoire Delacourt, vous connaissez ! Ce qui est amusant c’est que cet homme qui se glisse toujours dans la peau d’une femme. Il dit que c’est sa part féminine. Il adore se mettre dans la peau d’une femme ! Il a toujours beaucoup d’humour, beaucoup de sensibilité, de finesse et rien n’est jamais gratuit avec lui…

– Ne pas vieillir, ça fait peur quand même !

– Oui, on connaît, vous savez : « La peau de chagrin » (Honoré de Balzac), « Le Portrait de Dorian Gray » (Oscar Wilde)…. Le thème est utilisé.

En fait, ce qui a intéressé Grégoire Delacourt, c’est de traiter justement du fait de vieillir, du fait de prendre des rides, du fait de voir son corps se modifier ; c’est un thème récurrent. On l’a lu. On parle de chirurgie esthétique, on parle d’un excès de jeunisme… –dans notre société actuelle !.- On va admirer les corps parfaits, le zéro ride, le photoshop et compagnie…. Et là, il prend le problème par l’autre bout de la lorgnette. Notre héroïne principale Martine, elle, au contraire, ne va pas vieillir. Le jour de ses trente ans, elle s’est figée !. Son corps, ses traits, l’image qu’elle renvoie n’a pas bougée.

Elle a trente ans !- C’est le plus bel âge ! – Elle est superbe ! 30-35 ans – 41-45 ans – 50-55 ans 60 ans……. Alors, on s’en rend compte ! Elle s’en rend compte… Au début, ça commence à la perturber un peu, puisque, un photographe va décider de la photographier tous les ans, dans la même tenue, aux mêmes moments avec quasiment la même coiffure. Et tous les ans, le cliché est rigoureusement le même. Alors, en soi, ça peut être merveilleux !. C’est le rêve de milliers de femmes, sauf que…son amoureux, André, son mari lui, vieillit… Et son fils, son fils qui a une jeune maman…. Il grandit, il va avoir une grande sœur et puis à un moment, on lui demandera : – Mais, est-ce ta mère ? Ce n’est pas possible ! – C’est ta petite amie ! Et puis à un autre moment, il fera plus vieux que sa mère.... Et donc, c’est là que le texte devient très intéressant, parce que, si on ne vieillit pas, on n’est pas en accord avec ceux qu’on aime, on n’évolue pas de la même manière. On ne peut pas construire une relation sur cette image qui n’est pas la bonne.

Avec ce livre, sous des côtés rigolos, charmants, très sympathique, vous assistez à la déconfiture de cette jeune femme qui après avoir été contente, finit par se poser des questions et s’en rend compte que lorsque son mari l’a quittée, quand son fils l’a quittée.. On ne peut pas vivre comme ça, sur rien et finalement les années qui passent constituent ce que l’on est, et nous aident à nous construire et à avancer dans la vie…..

Marie-Adélaïde/M. Christine

« La femme qui ne vieillissait pas »  256 pages – Prix : 18 euros

Quelques ouvrages de l’auteur : « L’écrivain de la famille « (2011) – « La liste de mes envies » (2012) – « La première chose qu’on regarde » (2013) – « On ne voyait que le bonheur « (2014) – « Les quatre saisons de l’été » (2015) -Danser au bord de l’abîme (2017)

 

Moi, chevalier d’Eon, espionne du roi – Catherine Hermary-Vieille – Editions Albin Michel

moi chevalierCatherine HERMARY VIEILLE sera à la librairie Doucet Mercredi 30 mai à 17 heures. Elle nous présentera et dédicacera son livre :

« Moi, chevalier d’Eon, espionne du roi » 

Le goût de Catherine HERMARY VIEILLE pour l’Histoire est connu. Les titres de ses œuvres parlent pour elle, notamment des trois tomes du « Crépuscule des rois », aux « Années Trianon »,  aux « Merveilleuses »,  etc… sans oublier le prix Femina 1981 pour « Le grand Vizir de la nuit » ou « Le Jardin des Henderson » en 2001…, pour ne citer que ceux-là.

Nous avions rencontré Catherine Hermary Vieille pour « La Bête », la Bête du Gévaudan en 2014, un très beau texte sur fond historique évidemment.
Aujourd’hui, elle aborde ce qui fut longtemps l’un des mystères de l’Histoire : « Le chevalier d’Eon. »
Tout est dit. Un homme, une femme ? Nous le savons maintenant et l’auteure accrédite cette thèse en nous racontant la vie de ce chevalier-espionne.
Né en 1728 à Tonnerre (Bourgogne), Charles, Geneviève…d’Eon de Beaumont est bien un garçon et son deuxième prénom est celui de sa marraine.
Il aime les jeux des garçons mais apprécie aussi de rejoindre les filles. Il ne se sent pas à l’aise et comprend mal « qu’on puisse avoir un cœur de femme dans un corps d’homme » et d’ailleurs il n’aura nul désir des hommes ou des femmes.
Il fera des études au collège des Quatre-Nations à Paris pour devenir avocat tout en s’adonnant à l’équitation et à l’escrime. Il sera d’ailleurs un excellent cavalier (qui n’aimera jamais monter en amazone) et un bretteur émérite. C’est alors que la Comtesse de Rochefort l’introduit à Versailles pour un bal déguisé.  Il écrit aussi des traités très sérieux et fréquente les salons. C’est la première fois qu’il se travestit en femme publiquement. Louis XV le remarque et voit tout de suite ce qu’il peut en faire et son avenir est tout tracé.
Il entre au secret du roi qui est un service d’espionnage. Charles d’Eon aura désormais une double vie. D’une part il entre dans l’armée et deviendra Capitaine de Dragons, courageux, fougueux, ne craignant pas le danger ni les blessures. D’autre part, l’entente avec la Russie étant menacée par l’alliance Angleterre-Prusse, c’est en femme, en tant que lectrice, qu’il approche la tsarine Elisabeth pour jouer son rôle d’espionne sous le nom de Lia de BEAUMONT (sœur bien sûr du chevalier). Cela durera quatre hivers à la satisfaction de tous.
Plus tard, la tsarine meurt. La Grande Catherine prend le pouvoir et la paix avec l’Angleterre devient indispensable.
Nous sommes en 1762 et le chevalier est à Londres. Une partie de sa vie (méconnue pour certains, peut-être) que nous vous laissons découvrir.
Sachez seulement qu’au début il y fait des prouesses et y est apprécié de tous. Cependant il va mener une existence de luxe, d’excès, de réceptions et de dépenses fastueuses qui vont le couvrir de dettes et le faire devenir très exigeant vis-à-vis de la France. Il connaîtra l ‘exil en Bourgogne, la prison, une rencontre avec Beaumarchais où ce dernier n’a pas le beau rôle… Il finira dans la misère, recueilli par une vieille amie qui ne saura jamais qu’il est un homme mais seulement Geneviève, jusqu’à sa mort en 1810 et la lecture de son testament.
« Moi, Charles, Geneviève, Lois, Auguste, André, Timothée d’Eon de Beaumont déclare avoir l’absolue volonté d’être inhumé dans mon uniforme de capitaine de dragons, le casque sur la tête, mon épée à mon côté et ma croix de Saint-Louis épinglée sur ma poitrine. Mary Cole trouvera cet uniforme dans le coffre qui me sert de siège. Je désire une messe de requiem, car je suis né et meurs catholique. Ma chère amie Mary pourra revendre à son profil les diamants qui ornaient ma croix. Seul le symbole de cette dernière à de l’importance pour moi. Je lui laisse aussi la tabatière en or offerte par Sa Majesté le roi Louis XV auquel je dois tout. »
Vous apprendrez beaucoup sur ce personnage qui a fait couler tant d’encre et sur l’Histoire aussi de cette époque. 
 
Un style élégant et facile comme d’habitude pour un récit romancé comme il se doit dans un roman historique.
Marie-José/M.Christine
Moi, Chevalier d’Eon, espionne du roi 352 pages – Prix : 21.50€

Manger l’autre – Ananda Devi – Editions Grasset-

UN ROMAN DE L’EXCÈS, UN CONTE DE LA DÉVORATION…

Prix du roman Ouest-France des Étonnants Voyageurs 2018 ananda deviANANDA DEVI ST MALO

Le jury composé de dix jeunes âgés de 15 à 20 ans** s’est réuni une dernière fois dimanche 20 mai. Ils ont attribué le prix du roman Ouest-France des Étonnants Voyageurs à Ananda Devi pour « Manger l’autre« . Elle devient donc la 14ème lauréate de ce prix et succède à Maryam Madjidi qui avait obtenu ce prix l’an passé pour « Marx et la poupée ».

Ananda Devi, 61 ans est d’origine mauricienne. « Manger l’autre » raconte l’histoire d’une jeune adolescente, née avec des proportions hors du commun (imaginez un poupon de 10 kg ! « un éléphanteau rose »). Elle mange, grossit « grâce » à son père qui la gave ; elle devient de plus en plus obèse puis elle s’isole. Sa mère américaine, de corpulence plutôt svelte, les quitte (elle et son père) horrifiée par son enfant. Le père pense qu’elle a dévoré sa jumelle in utéro, et est persuadé qu’elles sont deux et la nourrit pour deux ! C’est toujours à deux personnes qu’il s’adresse. L’héroïne, une jeune fille de 16 ans qui n’a pas de prénom, subit de nombreuses humiliations verbales de ses camarades de classe, des regards blessants….., des photographies volées et postées sur les réseaux sociaux, victime de harcèlement. Puis un jour, elle ne quitte plus son cocon douillet, son lit, sa chambre,  restant coincée dans le chambranle de la porte. Elle nous décrit cette faim que rien ne rassasie dans notre société plutôt basée sur le contrôle de soi, le culte de la minceur et de l’image du corps…., toujours sous l’œil des réseaux sociaux. Puis son regard sur elle-même changera lorsqu’elle rencontrera l’amour avec René, une rencontre de pur hasard.

« Ceux de mon âge, eux, n’écoutent plus que leur propre image démultipliée, leur hypnose, leur ivresse, leurs obsessions égocentriques ou bien ils se livrent à des luttes de bandes assassines qui leur donnent une impression de pouvoir là où ils n’en ont aucun. Une longue conversation qui tourne à vide sans jamais s’interrompre. Une futilité si profonde qu’elle leur tient lieu de cœur. Les rires, les mines, les moues : grand étalage du rien. Le regard tourné sur soi, chacun devenu la vedette de son show, chacun se gavant de son illusion d’importance, d’une insupportable complaisance : le miroir de ma génération. » (page 29)

Tout en l’aimant et l’adorant, sans s’en rendre compte, ce que ce père fait subir à cette jeune fille est destructeur envers elle, car il la fait manger énormément, une forme de violence  par l’excès de nourriture.

Un roman de l’excès, reflet de notre époque terrifiante où l’image est reine et où l’information circule à vitesse grand « V » sur la toile et tous les réseaux sociaux.  Un roman à l’humour noir décapant qui dérange, une lecture qui vous poursuit une fois le livre refermé.

Un style cru avec beaucoup d’autodérision, sous la plume brillante d’Ananda Devi qui interroge sans discrimination, sur la violence des réseaux sociaux où l’on peut tout dire et n’importe quoi dans l’anonymat, sur les normes sociales qui sont imposées dans ce monde intrusif et consumériste, surtout si l’on est différents.

**Après débat avec le jury :

Ce livre lu par des lycéens, certains membres du jury ont clairement émis l’envie de se rendre un peu moins souvent sur les réseaux sociaux, ou tout du moins plus raisonnablement   !…

Marie-Christine

« Manger l’autre » – 218 pages – Prix : 18 €

Ananda Devi, ethnologue et traductrice, est née à l’île Maurice. Auteur prolifique, elle a publié des recueils de poèmes, des nouvelles et des romans, notamment « Eve de ses décombres » (Prix des cinq continents de la Francophonie, prix RFO, Gallimard, 2006), « Le sari vert » (Prix Louis Guilloux, Gallimard 2010) et dernièrement « L’Ambassadeur triste » (Gallimard, 2015) Elle a été couronnée par le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises en 2014.

 

Dans les angles morts – Elizabeth Brundage – Editions Quai Voltaire

dans les angles morts

Un texte intense et captivant ! Du suspens….

DANS LES ANGLES MORTS est le premier roman d’Elizabeth Brundage, écrivaine américaine.

« Des fantômes, un meurtre, un psychotique terrifiant qui a pourtant l’air normal, et une écriture superbe ». (Stephen King)
Cette critique écrite par Stephen King, le roi en effet des thrillers fantastiques américains lui convient très bien.

Certains parlent de chef d’œuvre mais tout dépend de vos goûts. Si vous aimez les bons gros romans d’atmosphère où la psychologie tient plus de place que les faits, vous serez gâtés.
Si vous aimez les progressions lentes avec retours en arrière mystérieux et pas toujours élucidés, vous aimerez.

Est-ce un thriller ? Non, car on se doute très vite de l’identité du coupable et surtout le meurtre a lieu dès le début.
« En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare trouve sa femme assassinée (une hache plantée dans la tête) et leur fille de 3 ans, toute seule dans sa chambre,  depuis combien de temps ? »

Huit mois plus tôt, George Clare, engagé à l’université de Chosen, avait acheté une ancienne ferme pour une bouchée de pain. Ce qu’il avait omis de dire à sa femme, Catherine, c’est que les précédents propriétaires couverts de dettes s’étaient suicidés, laissant trois garçons qui n’arrivent pas à oublier leur mère. Ils viennent souvent aider Catherine et Ella, la mère suicidée semble toujours présente.
C’est cela la présence des fantômes auxquels croient d’autres personnages d’ailleurs et c’est très troublant pour Catherine qui ne s’habitue pas à cette petite ville et qui se contente d’élever sa fille, Franny.
Le shérif cherche un coupable tout trouvé dans le mari, George Clare mais il faut des preuves et l’enquête n’avance pas.

Seule l’auteure nous fait progresser pas à pas en racontant des bribes de vie de chacun et les personnages sont nombreux pour tenter de nous donner des doutes.
Elle regarde dans « les angles morts » pour voir s’il n’y a pas de secrets, de non-dits, qui sont également très nombreux.

La vérité se trouve dans le discours d’Elizabeth Brundage qui nous perd sans prévenir dans des changements abrupts de personnages, de lieux, d’époque. C’est parfois peu clair, souvent crypté, pour entretenir le mystère et le flou nécessaires à l’atmosphère très noire due au personnage inquiétant qu’est George Clare.

Ne critiquons pas car l’écriture est belle, les descriptions aussi, les analyses psychologiques très fines.

C’est un roman très prenant, malgré les longueurs, la lenteur et les astuces ou choix littéraires de l’auteure. Ce sera un très bon roman pour l’été et pour prendre son temps.

Marie-José/M. Christine

Dans les angles morts –  Traduit de l’américain par Cécile Arnaud – 528 pages – Prix : 23.50 €