La dernière confidence d’ Hugo Mendoza – Joaquin Camps- Editions Presses de la Cité –

mendoza-601-2« Un thriller mêlé d’une réflexion sur la littérature, la renommée et l’amour. »

Marie-Adélaïde de la librairie Doucet nous présente « La dernière confidence d’Hugo Mendoza », livre de Joaquin Camps, dont la  magnifique couverture, aux couleurs fraîches et printanières, a retenu son attention, avec surtout l’envie de le dévorer…. Puis, elle a été complètement absorbée par la lecture de ce livre !…

MAD : – Exactement ! (Un de ces livres confortable, un livre qui ne prend pas la tête, un livre qui fait plaisir et qui fait du bien !)  – Certes, c’est un thriller, il y aura un meurtre, une disparition… Mais d’abord et avant tout, c’est un livre qui se passe dans le monde littéraire parce qu’on va parler d’un auteur. Il s’agit de Victor Vega, professeur de littérature dont il est question, c’est l’anti-héros, le gentil looser. Divorcé, complètement ruiné, il est obligé de vivre en colocation avec ses étudiants pour financer la pension alimentaire. Lors de son temps libre, il joue au poker mais il perd énormément d’argent.  Malgré les menaces de la mafia russe à qui il doit de l’argent puis, les accusations de viol formulées à son encontre par l’une des étudiantes, une mission extraordinaire va lui être confiée par Ana, la veuve du célèbre écrivain Hugo Mendoza, lui permettant de remettre  ses finances à flots. (Il est sympathique, on l’aime bien, Victor !).

Figurez-vous qu’Hugo Mendoza,  brillant auteur, est mort avant même la parution de son premier roman qui s’appelait « Baume« . Cet homme a disparu en mer au cours d’une violente tempête.

Alors que son époux est mort, Ana, sa veuve, reçoit chaque 23 novembre, un paquet anonyme avec un manuscrit écrit par Hugo Mendoza.  Que se passe t-il ? Hugo est mort et enterré ! Il continue à publier des romans qui rencontrent tous, le même succès. (Vous imaginez le bonheur pour une libraire de tomber dans un milieu, comme ça, mafieux, mais littéraire, un auteur extraordinaire…, c’est fabuleux !).

Alors, on présente cela comme des œuvres qu’il avait écrit avant ce premier roman puisque, à chaque fois il y a des mannes financières absolument extraordinaires à chaque tirage. Et donc, cette veuve va demander à Victor Vega de mener une enquête. Est-il vivant ? Est-il vraiment mort ? L’enquête haletante emmène le lecteur à travers l’Espagne, de Madrid à Valence en passant par Barcelone…. Il est aidé par Paloma, ancienne étudiante, une mathématicienne géniale puis sœur Clavier, une religieuse génie de l’informatique. C’est merveilleux !.

Vous passez un moment fabuleux entre des rebondissements à n’en plus finir et il faut aller vraiment jusqu’au bout du livre pour savoir ce qu’il est advenu d’Hugo !

« Salué en Espagne comme le page-turner le plus truculent de ces dernières années. « La dernière confidence d’Hugo Mendoza, réussit le pari de mêler à l’implacable logique du thriller, une réflexion sur la littérature, la renommée et ces projections mensongères qu’on s’obstine à appeler amour. »

JoaquÍn Camps, ce madrilène, professeur d’économie à l’Université de Valence. « La dernière confidence d’Hugo Mendoza »  qu’il a mis cinq ans à écrire, est son premier roman.

Écoutez Marie-Adélaïde de la librairie Doucet en compagnie de Quentin L’huissier en cliquant ici.

Marie-Adélaïde/M.Christine

« La dernière confidence d’Hugo Mendoza » – 651 pages – Prix : 23 €uros

 

 

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L’échange des princesses – Chantal Thomas – Editions du Seuil –

l'échange des princesses.jpgL’ÉCHANGE DES PRINCESSES

Un film extraordinaire sorti fin 2017 : « L’échange des princesses » réalisé par Marc Dugain, lui-même écrivain de talent.

Non, nous ne sommes pas dans une rubrique cinéma ! Même si l’on ne peut dire que du bien sur le film et les acteurs. Il faut ajouter, et c’est là que l’on revient à la lecture, que ce film respecte le livre duquel il a été adapté. Livre éponyme d’ailleurs : « L’échange des princesses » (paru en 2013) dont  Chantal THOMAS est l’auteure.

Chantal THOMAS est universitaire et spécialiste du 18ème siècle. Elle obtint le Prix Femina en 2002 pour « Les adieux à la reine » (roman également porté à l’écran) « L’échange des princesses » est donc un roman historique, d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’un fait de l’Histoire assez mal connu du grand public.

Tout se passe entre 1721 et 1725, sous le règne de Louis XV en France et celui de Philippe V en Espagne. C’est la Guerre de Succession en Espagne et la lutte entre la France et l’Espagne est rude.

COMMENT OBTENIR LA PAIX ? C’est simple, il faut échanger les princesses !

Faisons un peu de généalogie. Louis XV a 12 ans et le Régent, Philippe d’Orléans, pense qu’il serait bien de lui prévoir une épouse. L’arrière-grand-père de Louis XV est Louis XIV, tant il y eut de décès dans la famille.

Philippe V d’Espagne, lui, est le petit-fils de Louis XIV et il a une fille d’à peine 4 ans, Anna-Maria-Victoria. Voilà ! Le mariage peut être envisagé malgré la différence d’âge et les liens de sang.
Cependant cela ne suffit pas. On a parlé d’échange. Donc le Régent va donner sa propre fille, Louise-Elisabeth de Montpensier, 11 ans, au fils du Roi d’Espagne, Luis, Prince des Asturies, un petit peu plus âgé..
L’échange se fera sur la Bidassoa, sur l’île des Faisans, entre la France et l’Espagne et c’est un véritable déchirement pour la petite désormais Marie-Anne -Victoire qui quitte tout à même pas 4 ans… sauf ses poupées.

C’est toute cette histoire que nous raconte Chantal Thomas. Celle que l’on appelle maintenant l’infante-reine est très bien accueillie à la cour et par sa gouvernante Madame de Ventadour, « Maman », mais pas par Louis XV qui n’a rien à faire d’un bébé ! Pourtant elle est délicieuse, souriante, pleine de réparties qui montrent une forme de maturité, elle a beaucoup de dignité et veut se comporter en Reine de France.

A Madrid, ce n’est pas la même chose. La religion a un grand poids sur « Sa Majesté très catholique ». Luis aime sa toute nouvelle épouse mais ce n’est pas réciproque. De plus cette jeune personne est loin d’être équilibrée.
N’en disons pas plus mais vous savez déjà que rien n’aura lieu. Il s’agit de savoir pourquoi et comment.

Bravo à Chantal Thomas qui, en de courts chapitres très documentés sait nous emporter dans un roman vrai que l’on suit avec grand intérêt et grand plaisir.
Le style est agréable, limpide facile d’accès. Les portraits, parfois féroces, sont ciselés et criants de vérité.

Une lecture que l’on n’oublie pas.chantal thomas

Marie-José/M.Ch

En novembre 2017, « L’échange des princesses » a été édité dans la collection Grands Romans – Points, format de poche – 336 pages – Prix 7.70 €

Un funambule sur le sable – Gilles Marchand – Editions Aux Forges de Vulcain

un funambule sur le sable« Bonjour, je m’appelle Stradi »

Stradi, comme stradivarius et c’est le surnom du personnage principal du deuxième roman de Gilles Marchand  :

« UN FUNAMBULE SUR LE SABLE »

Cela fait partie de ces livres qui font du bien et la grande qualité ici, c’est que c’est traité avec beaucoup d’originalité.

Ce sont les enfants, à l’école, qui ont surnommé le petit garçon Stradi. Auparavant il ne sortait pas et était surprotégé par sa famille.
Il faut dire qu’il est né avec un violon dans la tête, un vrai violon qui joue de la musique !
Gilles Marchand a choisi cette « curiosité » pour traiter du handicap, de la différence, sans mettre en avant un problème existant particulier. Cela n’existe pas et ne peut pas exister et l’auteur peut ainsi laisser libre cours à son imagination et à sa fantaisie.

Bien sûr les médecins ne comprennent pas et ne peuvent pas prévoir les réactions du violon.
D’ailleurs, est-ce un don ou un handicap ? Le violon se met à jouer dans toutes les circonstances et donne même à Stradi la possibilité de converser avec les oiseaux .
Cependant dans notre monde tout ce qui est hors-norme fait penser à la folie. Donc après la curiosité, les moqueries, l’indifférence, il faudra vivre l’exclusion.

Les thèmes sont sérieux mais Stradi fait face avec beaucoup d’optimisme, même si souvent « il fait semblant ».

Il a un ami fidèle aussi, Max, qui traîne sa jambe avec difficulté. Leur différence leur permettra, à l’un et à l’autre, de bien se comprendre et de pouvoir tout se dire.

Stradi va également vivre une très belle histoire d’amour avec Lélie mais nous nous demandons bien ce que devient le violon dans le crâne du héros. (Vous devez lire pour savoir !)

Il s’agit d’un roman entre onirisme et réalité, poétique, fantaisiste, délicat. Les personnages qui entourent Stradi sont loufoques et il est certain que l’on n’en rencontrera que fort peu dans la vie réelle.
Gilles Marchand a certainement lu Boris Vian car nous sommes dans un monde similaire à celui de « L’écume des jours », sans plagiat aucun.

« A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. J’aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter. J’ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que je ne pouvais pas utiliser, empêtré et maladroit. »

De l’invention, des jeux de mots, des larmes et beaucoup de sourires.
Si vous aimez sortir du quotidien, vous aimerez !.

Marie-José/M.Christine    


Gilles Marchand a notamment écrit « Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit « Le Roman de Bolaño » avec Eric Bonnargent. « Une bouche sans personne », son premier roman, paru en 2016 .

Un funambule sur le sable –  354 pagesPrix : 19.50 €

 

 

Sentinelle de la pluie – Tatiana de Rosnay – Editions Héloïse d’Ormesson

Sentinelle de la pluieUN PARIS AQUATIQUE  ET QUELQUES SECRETS DE FAMILLE…

Tatiana de Rosnay sera présente à la librairie Doucet  Jeudi 12 avril à 18 h, pour une rencontre-dédicace à propos de « Sentinelle de la pluie », livre que Marie-Adélaïde est venue nous présenter.

CB : Avec ce roman, dans quel monde  nous emmenez-vous ?

MAD : Pas si loin ! Je vous emmène à Paris ! Et en plein moment de la crue de la Seine ! Pas celle de ces temps derniers, mais la crue de 2016 ! (Sinon, il serait amusant de demander à Tatiana si ce livre a été écrit en l’espace de quelques semaines !!..)

Tatiana a toujours été impressionnée par ces crues de la Seine ! Sa grand-mère lui parlait souvent de ces crues d’il y a quelques années car elles étaient absolument terrifiantes…(on a vu des photos).  On mesure toujours la montée des eaux à la statue du Zouave du Pont de l’Alma. Elle trouvait que c’était terriblement romanesque comme histoire. Elle va même aller très loin dans sa description de Paris sous les eaux, de voir la manière dont on pouvait circuler en barque dans tout le 15ème arrondissement.

Mais si l’histoire a pour cadre Paris et sa crue, c’est surtout pour nous raconter celle de la famille Malegarde. Paul et sa femme Lauren qui est américaine ont deux enfants. Paul va avoir soixante-dix ans et depuis quelque temps son épouse prépare cet anniversaire à Paris pour qu’ils soient en dehors de la Drôme, leur port d’attache. Paul Malegarde est un éminent arboriste, on parlera donc de botanique, d’arbres, puis d’un tilleul séculaire car cet homme se bat pour qu’on ne coupe pas les arbres, il veut sauvegarder les arbres anciens à travers le monde.  Il sera question des deux enfants de la famille et vous vous en doutez, rien ne se passera comme prévu… Et la partie la plus intéressante et la plus poignante de ce roman ce sont les rapports entre enfants-parents, même à l’âge adulte. Il y a des secrets que l’on n’ose pas dire et il y a un moment dans la vie où il faut absolument que les secrets soient mis au grand jour sinon on ne peut plus continuer à vivre en racontant des histoires…

CB : En parcourant ce roman, en tant que parents, est-ce que notre regard change ?     Est-ce qu’on se pose des questions sur ce que l’on pensait dire ou ne pas dire à nos enfants ?

MAD : Exactement ! Ce qui est important c’est de leur laisser la possibilité de parler. Il faut laisser la porte ouverte s’ils ont envie de parler à tout moment pour qu’ils puissent le faire. Là, on se rend compte que Linden, ce garçon de 35 ans, qui apparaît, va pouvoir parler, s’exprimer et c’est quand même très important de le faire avant qu’il ne soit trop tard !.

CB : Et c’est un peu la morale à retenir !

« Sentinelle de la pluie » – 367 pages – Prix : 22 € – Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Écoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Charlotte Bouniot en cliquant ici

America et un an déjà ! – N°4/16 et N°5/16 – L’ Amérique comme vous ne l’avez jamais lue – François Busnel /E. Fottorino

AMERICA N4Un an déjà et une belle réussite pour cette revue exceptionnelle !

Chaque trimestre, América raconte l’ Amérique au temps de Donald Trump à travers des enquêtes, des reportages, des chroniques, de grands entretiens signés par les meilleurs écrivains.

4/16  – America. L’ Amérique comme vous ne l’avez jamais lue. De la violence en Amérique.

Dans le n° 4, vous trouvez : – Quatre lettres d’Amérique par LAURA KASISCHKE – Trois mois dans l’Amérique de Trump – La chronique du poisson rouge –

LE GRAND ENTRETIEN de PAUL AUSTER – Extrait exclusif de son livre 4 3 2 1

DOSSIERDE LA VIOLENCE EN AMÉRIQUE par STEPHEN KINGL’histoire interdite par Benjamin Whitmer – Le vrai visage de la violence par Ryan Gattis – Portfolio Living Wild – GAY TALESE TOM WOLFE  « Un chapeau à Manhattan » – Véronique OVALDÉ « Visions de Chicago »DOUGLAS KENNEDY « La Horde Sauvage »  (Cinéma) – MAD MEN (Séries) Julien BISSON –

CHRONIQUES : « Les femmes et les enfants d’abord » OLIVIA DE LAMBERTERIE – Figures de Donald AUGUSTIN TRAPENARD

LE GRAND ROMAN AMÉRICAIN JACK KEROUAC SUR LA ROUTE – (VF & VO)

POURQUOI J’AIME JACK KEROUAC William S. Burroughs, Truman Capote, Philippe Djian, Bob Dylan, Allen Ginsberg, Hanif Kureishi, Colum McCann, Henry Miller.

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AMERICA 5Un an déjà pour cette revue très  instructive.  A lire de toute urgence pour mieux comprendre l’Amérique d’aujourd’hui !

5/16 –  America. L’ Amérique comme vous ne l’avez jamais lue.  Que reste-t-il de L’ Amérique sauvage ?

Dans le n° 5le président Donald Trump se lance à l’assaut des grands espaces trop vastes, trop nombreux,  trop inexploités à son goût. L’environnement n’est pas un problème et les règlementations sont de trop !

Articles signésMargaret ATWOOD Manuel de résistance à l’ère de Trump  « Le loup habillé en loup » Le Grand entretien « La vérité selon Trump » avec Jonathan FRANZEN –  RON RASH  « Appalaches, le grand sacrifice »

 INTO THE WILD  Que reste-t-il de L’ Amérique sauvage ? Pete Fromm « Osez ! » – Une nouvelle nouvelle inédite :  Cormac McCARTHY « Veiller Susan »Annie PROULX  « L’appel de la forêt »TERRY TEMPEST WILLIAMS « Le sang de l’Amérique » et autres articles « L’Amérique sauvage » racontée par T. C. BOYLE – PHILIP MEYER – CRAIG JOHNSON – JIM FERGUS, JEAN HEGLAND… 

IN THE CITY : « La NOUVELLE ORLÉANS » par Yann Perreau – Cinéma : « Le Lauréat » par DOUGLAS KENNEDY –

 LE GRAND ROMAN AMÉRICAIN : Petite histoire d’un grand livre par André CLAVEL « Le Bruit et la Fureur » – William FAULKNER –

Pourquoi j’aime FAULKNER par Richard Ford, Tom Franklin, Gabriel Garcia Marquez, André Malraux, Pierre Michon, Jean-Paul Sartre, Mario Vargas Llosa, Robert Penn Warren.

Une revue aux articles de qualité, tant sur le fond que sur la forme. A conseiller à tous les amateurs de politique et de culture américaine. Un vrai moyen de découvrir les auteurs américains, leur vision du monde de Trump, leurs écrits… De grands entretiens, de grandes signatures ! De belles découvertes !

Une revue qui mérite de nombreuses étoiles !

Revue au prix de 19 €. Revue trimestrielle dans les kiosques et dans toute bonne librairie.

M. Christine

 

L’ Archipel du Chien – Philippe Claudel – Editions Stock

l'archipel du chienUne fable contemporaine dérangeante !

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent : guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. » (p. 147)

« L’ Archipel du Chien » est le nouveau roman de Philippe Claudel,  à la couverture magnifique que Nathalie de la librairie Doucet va nous présenter.

CB : Est-on dans un univers, entre le romanesque et le thriller ? –  NP : –  Un petit peu !       – CB : Pour nous situer, pouvez-vous  nous en dire un peu plus, Nathalie ?.  

Philippe Claudel écrivain de longue date a déjà écrit une dizaine de romans mais est aussi scénariste de films. Là, il nous emmène dans une île imaginaire appelée

L’ Archipel du Chien

que l’on ne sait pas très bien situer, mais de par le sujet du livre, on peut penser à la Méditerranée.

Alors, nous sommes sur cette petite île un peu fermée, qui vit recluse, sur elle-même. Les habitants ne sont pas très ouverts sur le monde extérieur et ce qui se passe ailleurs les intéresse assez peu. Comme habituellement, chaque matin, l’ancienne institutrice se promène sur la plage accompagnée de son chien et découvre trois corps, des gens de couleur, trois cadavres. Bien sûr, elle appelle le maire du village, le médecin, le curé et tous décident, alors que ces corps sont sans papiers, de ne pas ébruiter l’affaire.  Visiblement, ce sont des migrants décédés, vraisemblablement tombés d’un bateau, ayant échoué sur la plage… Sur cette île, un projet de Centre thermal est en pourparler. Pour ne pas gâcher et faire de mauvaise publicité sur l’île, ils décident de cacher les corps et de les enterrer eux-mêmes. Surtout de ne pas faire de vague  (!).  Sauf que se trouve mêlé à cette histoire, le nouvel instituteur, bien plus jeune, venant du continent, déjà considéré un peu comme un  étranger par les habitants de l’île, se laissant au départ embarquer dans cette histoire. Il finira par manifester son désaccord : -« Non ! Attendez ! – Cela ne va pas du tout ! Ce qui est entrain de se faire, est inadmissible . » – « Il faut déclarer ces morts ». Le livre débute comme cela.

Et, c’est toute une cabale et une machination qui vont se mettre en place contre ce jeune instituteur pour l’empêcher de mener à bien son projet : –de dire la vérité…. C’est machiavélique ! – [Ça vous prend…. Il vous emmène…], cela démarre petit à petit puis la pression va crescendo…

Alors, c’est un livre dérangeant. C’est un livre coup de poing parce qu’effectivement, il bouscule la bonne conscience de ces gens. Mais en même temps, il bouscule aussi notre bonne conscience.

CB  « On peut  poser nous-mêmes la question  de ce qu’on aurait fait ? Est-ce qu’on est plus comme l’instituteur ou les autres ? »

Et puis c’est aussi ce monde de migrants qui existe, qu’on connaît par les informations, dont on est conscient et pour lesquels on ne fait rien ou si peu.

Un livre qui monte en puissance au fur et à mesure des pages et dans lequel on retrouve le Philippe Claudel dans « Les âmes grises », dans « Le rapport de Brodeck » ou de « La petite fille de Monsieur Linh ».

Nathalie/M. Christine

Écoutez Nathalie de la librairie Doucet en compagnie de Charlotte Bouniot en cliquant ici.

 « L’ Archipel du Chien » – 288 pages – Prix : 19.50 €

Philippe Claudel est à l’académie Goncourt depuis 2012. Il est enseignant et auteur de : « Il y a longtemps que je t’aime » (2008) –« Tous les soleils » (2011) – « Une enfance » (2015) – « Les âmes grises » (prix Renaudot en 2003), le prix Goncourt des lycéens (2007) – « Le rapport de Brodeck » prix des libraires du Québec (2008), prix des lecteurs du livre de poche (2009) – 2013 « Parfums » prix Jean-Jacques Rousseau de l’autobiographie.

Un océan, deux mers, trois continents – Wielfried N’Sondé – Editions Actes Sud

une mer, deux océans, trois continents

UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS

CB : Un océan, deux mers, trois continents ! Rien que le titre du livre que Marie-Adélaïde va nous présenter est déjà un grand voyage à lui tout seul !

MAD : Vous vous plongez dans une grande histoire, un roman d’aventures, un roman de pirates, un roman de réflexion aussi. Tout cela est servi et écrit avec un talent incroyable parce que l’écriture de W. N’Sondé est magnifique !

Voici l’histoire d’un jeune homme qui habite au Kongo, près du Rwanda. Il est tout jeune. Il vient de se convertir et il a prononcé ses vœux, sous le nom de dom Antonio Manuel. En secret il répond à l’appel du roi du Kongo, de Alvaro II qui lui demande de partir au Vatican, de se rendre à Rome retrouver le Pape pour plaider la cause des jeunes esclaves car il estime que ce commerce triangulaire fait des ravages. L’esclavage est quelque chose d’épouvantable et il faut absolument mettre un terme à ce terrible trafic (Imaginez qu’au XVIIe siècle les voyages n’étaient pas si tranquilles !…) Voilà ce jeune homme qui embarque sur un vaisseau français puisque la France a décidé de prêter  main forte à ce jeune pays du Kongo, rien que pour ennuyer les Espagnols et les Portugais –leurs ennemis- qui eux font un trafic d’esclaves absolument terrible mais les français également ! Et, comble de l’horreur, ce jeune prêtre va embarquer sur un bateau qui s’appelle le « Vent Paraclet » qui lui aussi transporte des esclaves. Donc, la première partie du voyage consiste à aller du Kongo jusqu’à Recife au Brésil pour livrer cette première cargaison. C’est absolument dramatique, diabolique la façon dont sont traités ces hommes, ces femmes, ces enfants, et surtout d’en être témoin et impuissant !…. Notre  héros va découvrir l’horreur et après avoir débarqué cette cargaison humaine qui a perdu un tiers de son effectif puisque les conditions de détention étaient épouvantables -le voilà entrain de reprendre la mer, malheureux avec un sentiment d’impuissance sauf que, effectivement les Espagnols et les Portugais veulent absolument mettre fin à sa mission. Ils envoient des soldats qui sont chargés de l’intercepter et le tuer ! La France envoie un pirate qui est un ancien français converti, qui est devenu musulman et là, c’est un roman de cape et d’épée absolument extraordinaire !

Bref, il finit par arriver au fin fond du Portugal et remonter par l’Espagne à travers un passage par les geôles de l’inquisition, pour aller jusqu’à Rome. Et cette histoire est vraie. C’est cela qui est extraordinaire ! Il n’a rien inventé !. Et, ce jeune homme va s’acquitter de sa mission, il va mourir dans les bras de Paul V, après plus de trois ans de voyage.  Paul V va être très touché par la mission de ce jeune homme et lui dédie une statue à Rome.

(C. B ) : et le message de tolérance

MAD : Ce message de Paix et de tolérance est toujours un message terriblement actuel et c’est extraordinaire de lire ce texte qui raconte la vie d’un jeune qui, au XVIIè siècle pensait changer le cour des choses…

Ecoutez M. Adélaïde en compagnie de C. Bouniot de France Bleu Maine, en cliquant ici.

Marie-Adélaïde/M. Christine

Né en 1968 à Brazzaville, Wilfried N’Sondé a grandi en Île-de-France et étudié les sciences politiques avant de partir à Berlin, où il est resté vingt-cinq ans. Il vit désormais à Paris. Musicien et écrivain, il a aussi enseigné la littérature à l’université de Berne (Suisse). Il publie ses romans chez Actes Sud : « Le Cœur des enfants léopards » (2007)  prix des Cinq continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire) –  « Le Silence des esprits » (2010) – « Fleur de béton » (2012) et Berlinoise (2015).

Un océan, deux mers, trois continents – 272 pages – Prix : 20 €

Certains souvenirs – Judith Hermann – Editions Albin Michel

CERTAINS SOUVENIRSJudith Hermann est berlinoise, elle a été récompensée par plusieurs prix prestigieux en Allemagne. Elle vient de publier un nouveau recueil de dix-sept nouvelles, intitulé « Certains souvenirs », plutôt de courts récits car l’auteure ne recherche pas la chute qui –pour moi est une marque de la nouvelle. Cela n’empêche pas que le lecteur ne peut qu’apprécier l’art et la délicatesse de Judith Hermann qui est peintre des sensations et des sentiments.

Le Monde : « La délicatesse est une caractéristique de l’écriture de Judith Hermann, cette délicatesse qui peut être languide et avoir soudain des jaillissements de cristal, comme un poisson filant dans une eau limpide. »

Languide, oui, mélancolique, sensible et poétique.

Comme le dit la 4ème de couverture, l’auteure sait « capter, en peu de mots, le mystère et la subtilité des choses  Quelle proximité avons-nous avec les gens que nous aimons ? Que se passe-t-il lors d’une rencontre ? Qu’en reste-t-il ? »

Quelques titres parmi d’autres : « Charbon », Solaris », « Iles », « Rêves », etc… Beaucoup de titres avec un seul mot, comme celui qui, dans le court récit, peut tout à coup changer les choses, de la même manière qu’un regard d’ailleurs. 

L’écriture est belle avec la concision de la nouvelle. C’est précis et vague, voire flou, comme tout ce qui reste insaisissable ou encore dans le non-dit. 

Ce sont des petits instants de vie, précieux et tout simples à la fois.

Même si la mélancolie de « certains souvenirs » enfuis est souvent présente, il existe toujours aussi une forme de promesse, un espoir et éventuellement une lumière qui donne l’impression parfois d’une fin ouverte.

Un très bon moment de lecture.

Judith Hermann a écrit un roman en 2016 « Au début de l’amour » mais elle est surtout spécialiste de nouvelles et ses recueils sont traduits en 24 langues. Citons « Maison d’été », « Rien que des fantômes » ou « Alice ».

Marie-José/M.Christine

« Certains souvenirs »-Traduit de l’allemand par Dominique Autrand-192 pages- Prix 19 €

Vers la beauté – David Foenkinos – Editions Gallimard

vers la beautéL’ ART ET LA CRÉATION

Nous allons nous plonger dans le dernier roman de David Foenkinos « Vers la beauté » qui vient tout juste de paraître et découvrir cette histoire, pas si facile !

– Une histoire assez sombre, voire-même très sombre qui peut dérouter certains lecteurs de David Foenkinos, cet auteur qui aime bien rire, qui aime bien profiter des moments joyeux de la vie…  Là, on se rapproche plutôt de la veine de « Charlotte », (Charlotte Salomon) ce très beau roman, à propos de cette jeune femme morte dans un camp de concentration, paru en 2014.

Ici, l’art et la création vont être au centre de ce roman et la scène démarre ainsi : 

– Vous allez trouver Antoine qui est dans le bureau de la (DRH) Directrice des Ressources Humaines  du Musée d’Orsay à Paris. Il est bardé de diplômes. Il possède  un doctorat sur Modigliani. Il a été professeur aux Beaux-Arts à Lyon…  et il demande un poste de gardien. C’est très étrange !

Pourquoi ce choix ? Parce que c’est une fuite, car Antoine est désespéré. Quelque chose l’a meurtri. Certes, il est séparé de sa compagne mais ce n’est pas que cela. L’ensemble du problème n’est pas là, mais ça n’ajoute pas au plaisir de vivre. Il y a autre chose et cette autre chose on va la découvrir petit à petit, page à page. Ce n’est pas du tout un héros sympathique, il ne parle pas, il a fui Lyon sans donner de nouvelles à ses proches, à sa sœur, à ses amis et même vis-à-vis de cette DRH avec laquelle il a une certaine affinité, il va être fermé, mutique. Il ne sait que regarder la salle des Modigliani, parfois en étant très maladroit avec le guide-conférencier, parce qu’il en sait beaucoup plus que lui. (de ce côté là, il ne se fait pas un ami). Petit à petit, on va comprendre pourquoi il est parti. Pourquoi il a abandonné ses élèves, alors que c’était « le » professeur d’histoire de l’art. On va comprendre tout ça, grâce à Camille, cette jeune fille merveilleusement douée. Elle est à l’école des Beaux-arts. Elle est passionnée, c’est une véritable artiste mais elle a une souffrance telle, immense qui la conduira peut-être jusqu’à l’irréparable. Et cela vous le saurez, en lisant ce livre. Mais en tout cas, ce lien entre ce professeur et cette jeune fille, grâce à l’art, grâce à ses peintures, va être extraordinaire et peut-être qu’Antoine a quelque chose à réparer. (-Ils sont tous les deux à réparer…) Mais, il n’est aucunement coupable, il se dit qu’en tant que professeur, il est passé à côté de son devoir d’accompagnement. 

C’est un très beau texte ! Plus vous avancez dans le livre, plus il devient sombre mais en quelque sorte lumineux puisque vous comprenez mieux les tenants et les aboutissants.

Et, si ça peut nous permettre d’éviter les erreurs, de savoir communiquer avant qu’il ne soit trop tard, ce livre aura atteint tout son but !…

Marie-Adélaïde/M. Christine

Ecoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Charlotte Bouniot sur France Bleu Maine en cliquant ici.

« Vie de beauté » – 224 pages – Prix : 19 €

David Foenkinos est auteur de nombreux livres dont certains adaptés au cinéma, voici quelques titres :  « Nos séparations » Gallimard (2008) – « La Délicatesse » Gallimard (2009) – « Lennon » Plon (2010) – « Je vais mieux » Gallimard (2013) – « Charlotte »  (Charlotte Salomon) Gallimard (2014) – Prix Renaudot, Prix Goncourt des lycéens –  « Le Mystère Henri Pick » – Gallimard- (2016)

 

 

 

 

 

Une vie entière – Robert Seethaler – Folio poche

la vie entière

Une vie entière en montagne !

Robert Seethaler, l’auteur de « Une vie entière » nous dresse le portrait d’un homme de la montagne, celui de Andreas Egger, un homme simple, droit et authentique.

Nous sommes en 1933, au cœur des Alpes autrichiennes. Arrivé tout jeune dans ce village et cette vallée, Andréas Egger orphelin est recueilli chez un oncle, une brute qui le maltraite. Il gardera d’ailleurs des séquelles,  puisqu’il finira boiteux.

On va suivre cet homme dans les grandes étapes de sa vie d’adulte et de travailleur, jusqu’à sa demande en mariage avec Marie. Andréas est discret, c’est un taiseux !.  Et s’il n’est pas de ceux qui disent les choses, il les vit ;  il est plein de tendresse et de délicatesse. Ce n’est pas un rustre. Cet homme à tout faire, vit très proche de la nature et des éléments, toujours prêt à aider, à rendre service.  Il profite de la vie mais pas plus qu’il ne faut. Sa vie est simple mais bien remplie. Avec l’arrivée de l’électricité, puis des téléphériques dont il participera à la construction, il verra la vallée se transformer, s’ouvrir aux touristes, aux randonneurs, avant d’être envoyé sur le front de l’Est, dans les montagnes du Caucase. « A son retour, à la place des croix gammées les géraniums ornent les fenêtres des maisons ».

Andréas sera rudement atteint par les aléas de la vie et de l’histoire mais, malgré toutes les épreuves traversées, il nous ramène à l’essentiel.

Vraiment, la vie de cet homme humble nous touche en plein cœur !

Magnifique portrait d’un homme droit et lumineux avec lequel vous partagerez les simples petits bonheurs de son quotidien. L’écriture est sobre, poétique. Beaucoup d’humanité, beaucoup d’émotion à la lecture de ce court roman..    Un personnage attachant et un livre que l’on ne peut oublier !

 Marie-Christine

« Une vie entière » – 145 pages (Folio n°6409) – Prix 6.60 € – Traduit de l’allemand (Autriche) par Elisabeth Landes.

Robert Seethaler est né en 1966 à Vienne. Egalement acteur et scénariste, il vit à Berlin. Après « Le tabac Tresniek » (Sabine Wespieser) 2014 qui a rencontré en France un très bel accueil critique et public, « Une vie entière », élu livre de l’année par les librairies d’outre-Rhin, confirme la profondeur de son talent d’écrivain, capable de mener avec une grande simplicité son lecteur au plus près de ses émotions.

« L’écrivain a l’art de rendre ses personnages attachants et le destin de son héros, un cœur simple, est inoubliable. Un conseil : offrez-vous ce petit bijou et ne le gardez pas pour vous ». Anne Michelet, Version Femina.