Les buveurs de lumière – Jenni Fagan – Editions Métailié-

les buveurs de lumièe« Les buveurs de lumière »

c’est le très beau titre du livre de Jenni Fagan !

MAD : Si vous avez un livre à lire, un livre d’anticipation, –il est vrai que l’on vous en présente peu- Lisez ce texte !  En fait, Jenni Fagan, c’est une poète. Elle a une écriture « crash », puissante, moderne et puis surtout de condensé de vie, absolument époustouflant !…

Nous sommes en 2020. Je vous emmène en Ecosse. Il fait grand froid. Il neige dans le Sahara et même à Jérusalem. Le monde est en train de subir une période glaciaire épouvantable. Tout le monde se réfugie comme il peut. On va suivre les aventures et la rencontre exceptionnelle de Dylan. Dylan c’est un géant barbu au cœur tendre, un peu inadapté à la société. Sa grand-mère Gunn et sa mère Vivienne avec qui il vivait dans un cinéma d’art et essai, viennent de décéder. Dylan tente de mettre les urnes contenant les cendres dans la valise, celle-ci ne fermant pas, alors il entrepose les cendres de l’une et l’autre, dans un pot de glace, puis dans un tupperware. Et le voilà parti (avec pour seul bagage les cendres des femmes de sa vie) vivre dans une roulotte au fin fond de l’Ecosse, d’où il verra passer le glacier, en train de fondre, refroidissant toute la planète (glacier à la dérive, que l’on aperçoit sur la première de couverture….)

Il va rencontrer des gens inoubliables. Il va trouver l’amour, trouver sa place dans la vie. Il y aura Constance. C’est une femme très débrouillarde, une femme très bricoleuse sachant tout faire. Elle vit également dans une caravane. Ils vont affronter des températures négatives qui oscilleront de moins 1°C à moins 5°C – voire jusqu’à moins 15°C -moins 50°C-60°C. Ils vont vivre dans des conditions épouvantables. (Vous verrez la fin !)

Il y a aussi Stella. Stella, c’est une histoire particulière. C’est la fille de Constance mais en fait, légitimement il s’agit de son ex-petit garçon. Et l’on va suivre les difficultés rencontrées chez cet adolescent, une adolescente qui change de sexe. Il y aura un sataniste persuadé que le monde court à sa perte. On se retrouve face à un gentil alcoolo, poète et rêveur. On va croiser énormément de personnages, mais ces trois personnages Dylan, Constance….ceux-là, vous ne les oublierez jamais !

C’est un texte d’une pureté, d’une beauté exceptionnelle ! Vraiment, ne vous posez pas de question, lisez ce livre, c’est l’un des plus beaux textes de la rentrée littéraire que j’ai lu aujourd’hui.

Une belle découverte.

CB  : – On vous sent vraiment très convaincue par ce roman « Les buveurs de lumière » ! Mais, j’ai quand même une question. Quand on parle de cette galerie de personnages, pourquoi les placer dans un roman d’anticipation ? Aurait-on pu les mettre dans un autre contexte ?

MAD : – Alors, je pense que l’auteur a voulu exacerber leur relation au monde, leur relation à ce monde difficile. Ils sont en marge de la société. Dylan n’a plus de travail, plus d’argent, son cinéma a été saisi. Constance vit de petits boulots, elle restaure des meubles qu’elle trouve dans une décharge. Ces personnages sont atypiques et je pense que leur réaction est peut-être un peu plus intéressante que celle de ces gens ayant une certaine stabilité, possédant une maison ou ayant un métier ; ils qui vont souffrir de cette période glaciaire…

CB : – De les placer dans un contexte difficile, ça exacerbe leurs sentiments, et cela vous allez le découvrir dans le roman coup de cœur de M.Adélaïde de la librairie Doucet !

Marie-Adélaïde/M-Christine

Jenni Fagan est née en Ecosse, en 1977 et vit à Edimbourg. Elle a publié de la poésie et remporté de nombreux prix littéraires. Son premier roman « Sauvage » (2013) publié dans neuf langues, a été unanimement salué par la critique et les lecteurs.

Les buveurs de lumière traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller – 300 pages – Prix : 20 €uros.

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et de M. A. Dumont (MAD) en cliquant ici !

 

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La salle de bal – Anna Hope – Editions Gallimard- Du monde entier –

la salle de balAMOUR, AMITIE, et  MUSIQUE

LA SALLE DE BAL  

La version anglaise de « Vol au-dessus d’un nid de coucous » (The Times)

  anna Hope, actrice et écrivaine anglaise, a déjà écrit un très bon premier roman paru en France en 2016 : « Le chagrin des vivants » où elle fait le portrait de trois femmes à Londres après la Première Guerre mondiale.

Avec ce second roman anna Hope confirme son talent. Nous sommes en 1911, dans le Yorkshire, en Angleterre. Ne pensez surtout pas qu’il s’agisse de la description d’une époque avec ses salons, ses danses et ses mondanités. Ella a brisé une vitre de la filature où elle travaillait et en punition elle est conduite à l’asile d’aliénés de Sharston. Hommes et femmes sont séparés. Les premiers cultivent la terre et les secondes accomplissent des tâches à l’intérieur. Cependant, chaque Vendredi, tous se réunissent dans l’extraordinaire salle de bal quelque peu incongrue dans un tel endroit. C’est là qu’ Ella va danser avec John, un Irlandais taciturne dont nous apprenons peu à peu l’histoire. Au fil du temps ils s’éprennent l’un de l’autre. Un orchestre fait tourbillonner tout ce monde et le Docteur Fuller le dirige tout en observant les « patients ». Le Docteur Fuller est un ambitieux frustré et il  s’intéresse à l’eugénisme (mais Churchill aussi entre autres !) et il va loin dans ses projets de stérilisation pour « guérir les malades » et éviter ainsi les naissances issues de ces « simples d’esprit ». Cela ne peut évidemment que nuire à Ella et John qui sont loin d’être malades. On peut se demander qui sont les fous : le médecin ou les pensionnaires ? Les méthodes pour soigner les uns ou les autres sont plus que discutables. Tout ce roman est basé sur une vérité historique. Les noms du village et de l’asile ont été changés puisque Anna Hope a voulu écrire un roman avec des personnages de fiction. Cependant l’arrière-grand-père de l’auteure y a été interné à partir de 1909. L’asile fut ouvert en 1888, se transforma en hôpital et ferma ses portes en 2003. La somptueuse salle de bal existait réellement et les idées d’eugénisme, très méconnues en Angleterre à cette époque (et ailleurs aussi) ne sont pas une invention. 

Les personnages secondaires sont également très réussis mais c’est avant tout un roman à trois voix écrit avec beaucoup de délicatesse et de force à la fois.

C’est passionnant. Un grand coup de cœur pour un grand roman de la Rentrée littéraire 2017.

Marie-José/M-Christine

« La salle de bal » 400 pages – traduit de l’anglais par Elodie Leplat – Prix : 22 €uros.

 

 

 

La Vengeance du pardon – Eric Emmanuel Schmitt – Editions Albin Michel –

LA VENGEANCE DU PARDONQuatre histoires autour d’un thème : le pardon et cela s’intitule

La vengeance du pardon

Peut-on parler ici de nouvelles ? En quelque sorte. Disons qu’il s’agit de quatre histoires  dont la troisième a donné son titre au livre car en effet c’est le pardon qui sert de pivot central à toutes. 

1.  Les sœurs Barberin. Deux jumelles, Lily et Moïsette, physiquement identiques. Lily la gentille, Moïsette la rebelle la jalouse. A 80 ans, Moïsette meurt dans des circonstances un peu troubles mais personne ne peut croire Lily coupable, tant sa gentillesse est devenue proverbiale.

2. Mademoiselle Butterfly. William Golden est devenu un magnat de la finance. Il est rattrapé par son passé car alors jeune homme jouisseur il a séduit une jeune fille un peu simple, Mandine, qui a donné naissance à un fils. Saura-t-il des années plus tard réparer la vie que son égoïsme a brisée ?

3.  La vengeance du pardon. Laure était la fille d’Elise. Elle est l’une des 15 victimes d’un serial-killer. Tout le monde s’étonne du comportement d’Elise qui visite régulièrement l’assassin de sa fille en prison pour viol et meurtres. Elle crée des liens avec lui et on se demande pourquoi elle agit ainsi en dépit de sa haine et de sa douleur.

4. Dessine-moi un avion. La plus courte des quatre histoires. Un vieillard dur et renfermé qui s’humanise au contact d’une petite fille qui lui apprend à aimer. Il est allemand et fut aviateur pendant la dernière guerre. Peut-on réparer un crime commis alors et peut-on se pardonner ? Bien sûr un grand rapport avec Saint-Exupéry.

Les chutes sont toujours très soignées, particulièrement celle de la troisième histoire qui nous prend par surprise et c’est tout l’art de la chute dans les nouvelles.

 Eric-Emmanuel Schmitt ne déçoit jamais grâce à son style et à son humanité. Il observe l’être humain, l’analyse, aussi bien dans ses pires défauts ; dans ses secrets que dans sa part humaine qu’il trouve toujours en chacun. Il y excelle.

Alors, vengeance ou pardon ? ou la vengeance du pardon ?  A vous de voir ! Un excellent titre pour quatre belles histoires.

Eric-Emmanuel Schmitt de l’Académie Goncourt  (Janvier 2016) est convié à La Voix au chapitre à l’Abbaye de l’Epau – Le Mans, Mercredi 20 Septembre à 19 h.

Marie-José/M.Christine 

« La vengeance du pardon » – 325 pages – Prix : 21,50 €uros

E. E. Schmitt auteur de réputation mondiale, dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste est traduit en 45 langues et joué dans 50 pays.


 

L’homme qui mit fin à l’Histoire – Ken Liu – Une heure lumière – Le Bélial’ – (SF)

l'homme qui mit fin à l'histoireQUELLE HISTOIRE !

Avez-vous déjà entendu parler de l’Unité 731 ?

Sébastien de la librairie Doucet nous fait découvrir « L’homme qui mit fin à l’Histoire. »

CB : Dans quel monde est-on ?

SB : Ken Liu est un jeune auteur américain, auteur de science-fiction, traducteur, qui a le vent en poupe actuellement aux Etats-Unis. En France, il commence à être connu et a fait sensation avec  « La Ménagerie de papier », un recueil de nouvelles. C’est de « L’homme qui mit fin à l’Histoire » dont je suis venu vous parler. Un de ses titres, très brillant, très intelligent et que j’ai beaucoup aimé et qui marque un lecteur. C’est un roman très court (une centaine de pages) aux Editions Le Belial, éditeur de science-fiction dont on connaît le sérieux.

Nous suivons ici l’itinéraire de deux jeunes universitaires scientifiques américains. Elle (Evan) est d’origine japonaise, est mathématicienne. Lui (Akemi) d’origine chinoise, est historien. Evan a découvert le moyen de faire revivre à une personne, un instant « T » de l’Histoire sachant que l’instant ainsi revisité n’est plus du tout re-visitable par d’autres personnes. Le couple sino-japonais va vouloir faire  revivre ainsi à des personnes d’origine chinoise l’occupation japonaise de la Chine du nord, à la fin des années 30.

Ce qui pose la question de l’interprétation et du sens à donner aux faits racontés, de la manière dont ils sont rapportés  et de la réalité de ces faits, de la bonne foi des témoins.

CB : Cela pose la question du témoignage ?

SB : Exactement. Puisque les témoins vont revivre les moments-clés de cette histoire, leur histoire et celle de leurs descendants, histoires très brutales et très personnelles. Il est notamment fait état des atrocités commises par l’unité 731 en Mandchourie, unité de l’armée japonaise très tardivement reconnue par le gouvernement japonais. Nous suivrons ces gens qui viendront témoigner mais dont on ne pourra vérifier les témoignages. Il est question de géopolitique, de relations internationales entre la Chine et le Japon, entre la Chine et les Etats-Unis puisqu’il y a aussi derrière des enjeux commerciaux énormes.

CB : Peut-on faire un parallèle aujourd’hui, sur le plan international et sur les relations géopolitiques ?

SB : Là où on peut faire un parallèle, c’est vis-à-vis de la manière dont les historiens racontent l’Histoire. En début d’année, un livre qui s’appelle « L’Histoire Mondiale de la France » sous la direction de l’historien Patrick Boucheron a lancé un pavé dans la mare sur la manière de raconter l’Histoire en France,  il bat en brèche le mythe du roman national à la française, c’est -à-dire la façon de raconter et de construire  l’identité nationale de la France par son histoire. Cet ouvrage n’a pas  vocation à « magnifier » l’histoire française mais à rendre compte de faits historiques vérifiés, non interprétés. Il y a clairement un parallèle avec le livre de Ken Liu, puisqu’il pose ces questions : qu’est-ce que l’Histoire ? Est-ce raconter où interpréter ? Qui raconte ? Quelles implications ce savoir a-t-il ?

CB : Quelqu’un qui n’a jamais lu de science-fiction peut-il se plonger quand même dans ce roman ?

SB : Oui, s’il a une petite appétence pour l’Histoire, car c’est un texte un peu difficile mais il est très court. Cela demande un peu de concentration.

Sébastien/M. Christine

Réécoutez Sébastien Balidas et Charlotte Bouniot en cliquant ici.

Ken Liu est né en 1976, à Lanzhou en Chine, avant d’émigrer aux Etats-Unis à l’âge de 11 ans. Titulaire d’un doctorat en droit (Harvard), programmeur, traducteur de chinois. Il a obtenu plusieurs prix littéraires dont le Hugo, le Nebula, le World Fantasy Award. En France, son recueil « La Ménagerie de papier » Le Bélial (2015) est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2016.

« L’homme qui mit fin à l’Histoire« – 120 pages – Prix : 8,90 €uros

 

 

 

 

 

Zouleikha ouvre les yeux – Gouzel Iakhina – Editions Noir sur Blanc

ZOULEIKAZOULEIKHA OUVRE LES YEUX

SUPERBE PORTRAIT DE FEMME TATARE PAR UNE EBLOUISSANTE ECRIVAINE TATARE 

L’histoire débute dans les années 1930 au Tatarstan, au cœur de la Russie. Zouleikha, l’héroïne de ce roman est née dans un village et n’a jamais vu Kazan, la ville principale.

Elle a été mariée très jeune à un homme beaucoup plus âgé dont elle subit le joug ainsi que celui de sa belle-mère, bien pire encore. La religion musulmane lui impose des règles, certes, mais c’est surtout la place et le rôle de la femme qui sont racontés ici, femme qui n’est bonne qu’à travailler et servir. 

Tout ce début évoque la dureté d’une vie et c’est d’une force incroyable.

C’est l’époque de la dékoulakisation voulue par Staline. Le mari de Zouleikha est tué et la famille, comme celle de beaucoup de villageois est expropriée, réduite à la misère.

Ils sont aussi tous déportés vers la Sibérie. On dit « déplacés », cela paraît moins rude !! Le voyage dure des mois, sous les ordres du commandant Ivan Ignatov. C’est lui qui a tué le mari mais, il y a en lui une humanité, un sens de la justice qui donnent de l’espoir à tous ces gens en exil, qu’ils soient paysans, intellectuels, chrétiens, musulmans ou athées.

A eux tous, ils vont établir une colonie au bord de la rivière Angara.

Zouleikha était enceinte de son mari après la mort de ses quatre premières filles. Elle met au monde un garçon, Youssov. Elle trouvera également l’amour. Peut-elle cependant atteindre le bonheur après tout ce qu’elle a vécu et toutes les menaces qui pèsent ?

Un style assez cinématographique qui donne encore plus de force à l’action, de la vivacité au drame mais aussi à l’amour et à la tendresse, cela en plein enfer.

 Un grand coup de cœur de la rentrée littéraire. Un très beau roman et de la littérature. 

Marie-José/M-Christine

Texte restitué et traduit du russe par Maud Mabillard – 464 pages – Prix : 24 €uros.

Gouzel Iakhina est née à Kazan, au Tatarstan (Russie). Il s’agit ici de son premier roman, best-seller en Russie dès sa parution en 2015. Il a obtenu de nombreux prix. Prix Transfuge 2017 du meilleur roman russe. Il est traduit en plus de vingt langues.

Ascension – Ludwig Hohl – Le Nouvel Attila –

ascensionAscension ! Un très beau roman de montagne.

Deux alpinistes, deux hommes face aux forces de la nature,  tentent l’ascension d’un sommet réputé, ô combien difficile.

Et l’on suit chacun des alpinistes dans leur progression avec toutes les difficultés que cela comporte, dans l’aveuglement pour l’un et les nombreux doutes pour l’autre. L’un hésite puis finit par renoncer. Furieux contre son compagnon, le second décide d’atteindre son but, à tout prix.

De superbes descriptions de la montagne  qui donnent parfois le vertige puisque nous avons vraiment l’impression de vivre cette ascension, de les suivre pas à pas, d’être à leur côté,  au bord de l’abîme, des gouffres, des crevasses,  mais aussi dans la descente, dont la fin est totalement inattendue….

Ce court texte, de cent soixante et onze pages, est illustré de dessins  par Martin Tom Dieck, spécialiste du noir et blanc. La couverture du livre est tout de blanc vêtue, comme maculée de neige, entourée d’une élégante jaquette, un calque transparent, laissant  apparaître une montagne au pic très élancé.

Tous à vos piolets !
Alpinistes ou non…., gravissez  ce glacier. Lisez sans risque Ascension ! Accrochez-vous aux mots de ce texte magnifique ! Partagez les maux de ces deux alpinistes ! Superbe livre sur la montagne dont l’écriture est sublime.

M-Christine

« Les bons alpinistes sont presque toujours des êtres laconiques », nous dit Ludwig Hohl dans ce récit. Que dire alors de l’auteur lui-même, qui a réécrit six fois « Ascension » entre 1915 et 1975, et pesé chaque mot comme s’il menaçait de tomber dans l’abîme ? Ce court texte, à la fois transparent et ténébreux, nous mène sans cesse au bord de la rupture. Dans la lignée du « Vieil homme et la mer » ou de « Moby Dick », « 

« Ascension«  est une impeccable parabole. Plus on le lit, plus on a l’impression d’accomplir soi-même une ascension. «  (4ème de couverture).  – Ascension – 171 pages – Prix 15 €uros

 

 

 

 

La perle et la coquille – Nadia Hashimi – Editions Bragelonne-Milady –

la perle et la coquille.jpgLA VIE DES FEMMES AU TEMPS DES TALIBANS.

Nous sommes à Kaboul en 2007 et les Talibans font la loi. Nadia Hashimi va nous conter l’histoire de deux femmes (Shékiba et Rahima) à un siècle d’intervalle. L’une est l’arrière grand-mère de la seconde.  Les destinées de celles-ci vont se croiser et on va découvrir ce qu’est la condition féminine des femmes Afghanes. Avec un père toxicomane, Rahima issue d’une famille de cinq filles ne peut quitter la maison. Le seul espoir serait qu’elle devienne, selon une tradition afghane, une basha posh : petite fille travestie, se comportant comme un garçon, jusqu’à la puberté pour ensuite, retrouver son rôle de fille. Alors elle devient Rahim, est libre de sortir, échappe aux corvées et peut jouer au foot avec des garçons. Elle sera la seule de la fratrie à fréquenter l’école. Souvent, ces jeunes filles sont mariées contre leur gré, entre 12 et 14 ans, comme seconde, troisième ou quatrième épouse.  Son père va la vendre à un homme aussi âgé que lui, alors qu’il possède déjà trois épouses ; deux  d’entre elles feront souffrir Rahima,  la traitant en esclave. Soumise, martyrisée par son mari et sa belle famille, elle ne se consolera qu’auprès de son fils et trouvera un peu de réconfort auprès de la deuxième épouse de son mari. La tante de Rahima, Khala Shaïma restée célibataire, en raison d’une infirmité, vit dans une ferme familiale (jusqu’au jour où sœurs, frères et père décèdent) ; elle se retrouve seule à travailler comme un homme, lui racontera l’histoire de Shekiba, leur bi-aïeule qui avait déjà tenté de résister au régime autoritaire des hommes et des harems. Cette histoire va marquer Rahima, lui servir de soutien, lui apporter un peu d’espoir aussi…  et, ce sera sa force.

Le lecteur est complètement happé par cette histoire familiale. Un roman bien raconté qui nous fait entrer pleinement dans la vie de ces deux femmes afghanes pour lesquelles nous éprouvons beaucoup de sympathie à leur égard.

Marie-Christine. 

« La Perle et la Coquille » de Nadia Hashimi a obtenu le prix des lectrices, en 2016.

Nadia Hashimi vit avec sa famille dans la banlieue de Washington, où elle exerce le métier de pédiatre. Ses parents ont quitté l’Afghanistan dans les années 1970, avant l’invasion soviétique. Ils sont retournés dans leur pays d’origine pour la première fois en 2002 avec leur fille. Un voyage marquant qui lui permet de découvrir sous un nouveau jour l’histoire et la culture afghanes dont ses romans sont imprégnés.

« La Perle et la Coquille » – Traduit par Emmanuelle Ghez – 7,90 €uros. – « Si la lune éclaire nos pas « – (2016) – « Pourvu que la nuit s’achève » (2017)

 

Bakhita – Véronique OLMI – Editions Albin Michel

BAKHITAEntrez dans l’histoire merveilleuse de BAKHITA !

CB : « Ouvrons un nouveau livre de cette rentrée littéraire ! Un livre très attendu, le coup de cœur de beaucoup de monde ! Pourquoi est-il si attendu ? »

MAD : IN-CROYABLE ! – Ce livre a une puissance, un livre très particulier, très lumineux…  J’avoue que, très tôt, j’ai lu  ce livre et je suis tombée sous le charme. Véronique OLMI, qui n’en est pas à son premier roman, a beaucoup de finesse, beaucoup de psychologie. Tous ses romans sont réussis, très fins, attachants.

Alors qu’un livre était en cours…. Véronique Olmi, en visite dans un petit village de Touraine (Langeais),  est entrée dans une église, s’attardant devant un portrait exposé dans l’église :  « la photo de Bakhita » ! – Et l’on apprendra que Bakhita est une jeune fille, enlevée au Darfour, dans les années 1875, alors qu’elle n’avait que 7 ans. Elle a vécu  l’horreur de l’esclavage, les razzias dans les villages enflammés puis, dans la panique la rafle d’ enfants ou de jeunes filles qui peuvent faire des enfants. Tout cela est très « bon à vendre » et se « vend très très bien ». C’est sordide ! Souvent, ce sont des villages qui se prennent pour aller se revendre. C’est tout une noria de marchands qui arrive d’un peu plus loin, pour un plus gros marchand etc…. Et l’on se dirige, jusqu’à Khartoum, pour vendre ces esclaves qui marchent dans des conditions épouvantables. Les scènes sur l’esclavage sont impressionnantes, dignes de « Racines » (Alex Haley) et de tous les très bons romans sur l’esclavagisme. Véronique Olmi est donc tombée sous le charme de cette jeune femme car, pour Bakhita, le plus grand drame de sa vie, c’est d’avoir été volée mais, c’est surtout d’être d’une très grande beauté. Et, finalement pour elle ce sera très compliqué. Elle aura plus de cinq maîtres, va être violée, battue, sa vie sera vraiment très difficile.

Elle vivra, en ne pensant qu’à sa maman qu’elle a perdue, oubliant progressivement tous ses souvenirs. Elle ne se souviendra même plus de son prénom ni du nom de son village. On lui vole son identité. Tous ces malheurs finalement forment un écran noir. Elle ne gardera qu’une chose… : la volonté de RE-SIS-TER, en ayant l’impression que sa maman surtout, et que certaines de ses amies lui tiennent encore la main, sa main.

Elle a toujours eu cette passion pour les enfants. Elle est lumineuse. Sa vie va se trouver  modifiée, le cours de son existence va changer lorsqu’en 1885, le Consul d’Italie va la ramener dans des conditions rocambolesques. Arrivée à proximité de Venise, elle croisera des personnes très importantes. Ce sera une seconde chance pour elle, puisqu’elle apprendra à lire, à parler difficilement l’italien. Elle va rentrer dans un couvent, se convertir puis finalement prendre le voile, devenir Sainte Joséphine Bakhita. Elle sera même canonisée par Jean-Paul II, en l’an 2000.

Une histoire de femme invraisemblable. La couverture de ce livre est magnifique : c’est la photo de Bakhita. Un personnage qui a complètement chambloulé la vie de Véronique OLMI qui nous offre un livre lumineux, merveilleux, plein de bonté, plein d’ouvertures aux autres, à la fois de souffrance et surtout de cette volonté de toujours faire le bien autour de soi.                                

Vraiment, un personnage hors norme !.

– CB : Dans une récente interview, Véronique OLMI décrit Bakhita comme une femme complexe, pétrie de force…

– MAD : Exactement. Parce que, pour résister à la vie qu’elle a eue, pour résister à cet acharnement, à cette violence, à ces privations, il fallait avoir une petite étoile au-dessus de la tête : sa maman ! Je pense qu’elle a rencontré, lorsqu’elle est arrivée en Italie, une famille, un réconfort extraordinaire qu’elle a trouvé, dans la religion. Elle a pu, après avoir enduré tant de souffrances, donner aux autres.

On peut donc parler de l’histoire merveilleuse de cette jeune esclave, BAKHITA !

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et M. Adélaïde Dumont (MAD)  en cliquant ici ! 

Marie-Adélaïde/M. Christine

« BAKHITA » – 455 pages – Prix : 22,90 €uros – Véronique Olmi est l’auteur de nouvelles, de théâtre, d’une bonne dizaine de romans dont : « La promenade des russes » (2008) – – « Le premier amour » (2010) – « Cet été-là » (2011) aux Editions Grasset – « Nous étions faits pour être heureux » (2012) – « La nuit en vérité » (2013) – « J’aimais mieux quand c’était toi » (2013) – Editions Albin Michel

 

L’ Art de perdre – Alice Zéniter – Editions Flammarion

l'art de perdreUNE GRANDE HISTOIRE DE FAMILLE !

« C’est long de faire ressurgir un pays du silence »

En ce début de rentrée littéraire, voici « L’ Art de perdre »,   magnifique texte d’Alice Zéniter et….  premier coup de cœur de Marie-Adélaïde Dumont de la librairie Doucet.

Cette rentrée littéraire (nous aurons l’occasion de le dire et d’en parler) nous apporte beaucoup de textes sur l’Algérie. Je pense qu’avec le temps, les auteurs se sont emparé du sujet et commencent à nous faire profiter de leurs expériences, de leurs témoignages de famille car nous avons cette année, d’autres ouvrages sur l’Algérie : – Brigitte Giraud qui nous parlera de son père,  jeune appelé en Algérie. Ensuite, J-Marie Blas de Roblès qui a écrit un livre sur les pieds noirs et Alice Zéniter qui va nous parler des Harkis dans « L’Art de perdre » et c’est avec beaucoup de plaisir que je m’empressse de vous le présenter.

Alice Zéniter, on connaît bien cette jeune sarthoise, brillante normalienne, auteur que j’apprécie beaucoup. Elle signe à mon avis, son meilleur livre. Et, quand on sait d’où elle part, on comprend mieux que ce livre est exceptionnel. Elle parle de sa famille, de leur arrivée en France.

C’est un livre qui ne juge pas. C’est un livre politique, dont le but est de nous faire comprendre, de nous expliquer pourquoi certains algériens ont choisi d’accompagner la France, la France coloniale. Pourquoi ces algériens sont arrivés en France au moment où le FLN (Front de libération nationale) ne voulait plus d’eux. Pourquoi l’Algérie libre a décidé de ne pas les garder. Pourquoi nous ne les avons pas bien accueillis, pas bien traités ? Quelles sont nos erreurs ?

Nous suivrons trois générations : – Naïma qui nous raconte cette histoire est le double littéraire d’Alice Zéniter. Cette jeune femme ne connaît pas l’Algérie, parle sans accent. Elle avait pour tâche de parler parfaitement comme son père quand il arrive, petit garçon, en France en 1962. – Ali le grand-père, le notable installé dans son commerce d’huile assez fructueux, se rend compte, au moment où le FLN le contacte, qu’il préfère rester du côté des français, même si cela est difficile. Puis il va devoir partir. Ensuite, Hamid le fils, arrivera tout petit, dans les années soixante. Il connaîtra le camp de Rivesaltes avant d’arriver en Normandie où il vivra dans une barre HLM à Flers, dans l’Orne. Nous verrons comment il va grandir, travailler, fonder une famille.

Naïma est cette troisième génération qui tente de comprendre, de pardonner, de repartir pour connaître ce pays qui mettait des étoiles dans les yeux de ses parents lorsqu’ils en parlait.

Ce n’est pas du tout un livre à charge.

C’est un texte magnifique, à la fois puissant, puisqu’on aura des scènes de batailles mais également poétique. On est emballés, envoûtés par les mots d’Alice Zéniter. C’est un texte merveilleux qui remet les choses à leur place et qui nous emmène dans cette saga familiale. On ne peut pas s’arrêter. C’est une des pépites de la rentrée. Il y a beaucoup de force dans ce roman. C’est sublime.

Marie-Adélaïde/M. Christine
Réécoutez l’émission France Bleu Maine en cliquant ici.

Alice Zéniter est née en 1986 à Alençon (Orne). Lycéenne, elle a publié son premier livre en 2003, à l’âge de 16 ans « Deux moins un égal zéro » –  Quatre romans dont « Sombre dimanche » (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l’Express et le prix de la Closerie des Lilas – « Juste avant l’oubli » (Flammarion 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène.

« L’Art de perdre » 506 pages – 22€uros

 

 

La servante écarlate – (« The Handmaid’s Tale) – Margaret Atwood – Pavillon Poche – Robert Laffont

La-servante-ecarlateLA SERVANTE ECARLATE  renaît 30 ANS après ! 

(1987 Editions Laffont – 1985, aux USA)

Note de l’éditeur : « Trente ans après la première publication de La Servante écarlate, l’édition de ce titre a été augmentée d’une postface de Margaret Atwood où elle nous livre avec son brio habituel les secrets de l’écriture de son chef-d’œuvre d’anticipation.

Pourquoi lire ce livre ? Deux raisons essentielles. Parce que c’est l’un des grands romans du XXème  siècle, et parce que Defred est un magnifique personnage féminin, au regard incisif teinté d’ironie. Courageuse, intelligente, débrouillarde. A l’image de sa créatrice, en somme. Deux raisons parmi tant d’autres. »

Margaret Atwood nous propose une immersion dans un futur où la population est devenue dangereusement infertile et où les femmes sont réduites à leurs capacités reproductrices. Defred, servante écarlate, au service de la République de Gilead (une dictature théocratique inventée par Margaret Atwood pour son roman) nous raconte son quotidien. Elle est reconditionnée par d’autres femmes-bourreaux, avec pour mission :  procréer.  Elle nous parle de son corps qui n’est plus qu’un instrument de reproduction, elle évoque ses journées plus que banales, avec ses rêves d’évasion, voire de suicide. Après avoir été arrachée à son emploi, pour devenir une matrice, les souvenirs reviennent : le temps d’avant, la vie avec Luke et leur petite fille. Sont-ils toujours en vie ou prisonniers ? Pour elle, tout est détruit  : sa vie de couple, ses études, sa copine Moira.

Ces femmes qui ne peuvent avoir ni argent, ni travail  sont rattachées à différentes castes : « Les Epouses » chastes et sans enfant –  « Les Marthas » maîtresses de maison (vêtues de robes vertes) et « Les servantes » sont habillées de rouges avec une cornette blanche. « On ne voit pas les Epouses des Commandants sur les trottoirs, elles sont dans les voitures. »

Un roman d’anticipation qui secoue. Un livre, très poignant qui fait réfléchir sur la société. Et la question que l’on  se pose : Comment peut-on vivre, en étant privé de ce bien le plus précieux qu’est la liberté ? Par certains aspects, on pense à « 1984 » de George Orwell….

A LIRE ou A RELIRE – A transmettre aux plus jeunes générations.

 

M. Christine.

Margaret Atwood connaît le succès international en 1985, avec « La servante écarlate » – 513 pages – 11.50 €uros – Traduit de l’anglais (Canada) – par Sylviane Rué. Récompensé par le prix Arthur C. Clarke. Margaret Atwood est l’auteur d’une quarantaine de livres : fiction, poésie, essais critique ou livre pour enfants. « Captive » (1998) – « Le tueur aveugle » (2002) et la Trilogie « Maddadam » avec « Le Dernier Homme » (2005)- « Le Temps du déluge »(2012) – et « Maddadam« (2014)