B E T T Y – Tiffany McDaniel – Editions Gallmeister – (Finaliste du Prix Pulitzer)

B E T T Y

Qui est cette B E T T Y ?

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la petite indienne »

BETTY CARPENTER de son nom complet est la sixième de huit enfants. Elle vit dans une famille un peu atypique. Nous sommes dans les années soixante, au fond de l’Ohio. C’est surtout pour l’époque, et ça complexifie les choses, une famille mixte : sa mère est blonde, blanche et son père indien cherokee. Les enfants en général, ressemblent plutôt à la mère, sauf Betty. Son père l’appelle « ma petite indienne« . C’est lourd de conséquence, c’est pour tout ce dont elle a hérité, c’est pour tout ce qu’elle a connu dans des vies antérieures et puis surtout, c’est pour lui donner de l’importance, pour lui dire : Tu comptes pour moi !

Ce texte est un véritable bijou. Il m’a transportée de la première à la dernière page. Olliver Gallmeister, l’éditeur a ce talent ; il travaille sur la littérature américaine, il a déniché ce premier roman qui est d’une beauté, d’une sauvagerie, à la fois noir et lumineux, à la fois doux et violent. Vous allez suivre Betty dans tout ce qu’il y a de plus beau, les légumes qui poussent, le respect des animaux, les feuilles qui dansent, le bruit d’une cascade, tout ce que son père qui a un côté très chamane va lui apprendre. Son père sait guérir avec les plantes, son père a ce contact avec la nature. Vous allez découvrir avec Betty également le côté sombre, la violence des enfants, le racisme que ce soit à l’école ou entre adultes, la méchanceté, l’inceste, le viol, le meurtre.

Myriam (F.Bleu) : J’ai envie de dire qu’ il y a justement une grande référence à l’actualité, à ce que l’on entend, ce que l’on vit, dans la vie tout simplement… Mad : Oui, parce que ce livre est quand même une ode à vivre ensemble, à respecter l’autre malgré ses différences, avec ses différences. Ce texte est fait pour mettre en avant tout ce qu’on peut trouver, tout ce en quoi il faut s’attacher dans ces vies si différentes, ces caractères si différents. Et c’est là où c’est extraordinaire, cette petite fille qui a douze ans, c’est vous, c’est moi, c’est absolument tout le monde. Ses souvenirs, les bons comme les mauvais, elle va les écrire sur des feuilles parce que la littérature, l’écriture, la lecture font partie de son univers. Elle va ranger tout ça dans des bocaux qu’elle va enterrer et puis, peut-être découvrir, apaisée ou en colère… Elle va essayer de faire du mieux qu’elle peut pour aider sa maman qui a des problèmes psychologiques et beaucoup de mal à assumer ce mariage mixte. Elle va aider son père pour qu’il soit reconnu. Elle va aider ses nombreux frères et sœurs.

C’est un texte inoubliable ! Vraiment, je vous invite à en tourner les pages. Vous pourrez commencer et surtout vos ne vous arrêterez plus. Et de plus, un livre facile à lire, bien évidemment.

Tiffany McDaniel vit dans l’Ohio, où elle est née. Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connaît. Elle est également poète et plasticienne. Son premier roman, « L’été où tout a fondu » est à paraître aux Editions Gallmeister.

Ecoutez Marie-Adélaïde Dumont sur France Bleu Maine, en compagnie de Myriam, en cliquant ici !

B E T T Y – 716 pages – Prix : 26.40 € – Traduit de l’américain François Happe

Une rose seule – Muriel Barbery – Éditions Actes Sud –

images (2)UNE DOUCE HISTOIRE A L’ÉCRITURE TOUT EN DÉLICATESSE 

UNE ROSE SEULE. Quand on lit l’histoire, on comprend mieux, car la rose, effectivement c’est la fleur et nous allons parler  JARDINS, mais c’est surtout une jeune femme qui s’appelle ROSE ! Muriel Barbery est une auteure que l’on a connue il y a pratiquement vingt ans  avec « Une gourmandise » (en 2000) et surtout pour « L’élégance du hérisson » (en 2006). Elle était partie vivre au Japon et elle revient avec un livre qui m’a émue aux larmes, qui m’a donné immédiatement envie de lire et relire, de réciter ses phrases à haute voix. C’est un texte absolument magnifique ! C’est une invitation au voyage, une ode à la beauté, à l’éveil des sens, parce que nos yeux, notre odorat, notre goût… Tout va être sollicité !

Je vous emmène avec Rose. Elle est botaniste. Elle vient de perdre son père. Sa mère est décédée depuis un certain temps. Ce père, elle ne l’a jamais connu. Il vivait à Kyõto et le notaire l’appelle. Elle sera au rendez-vous et toute sa vie en sera bouleversée. Elle va découvrir cette culture japonaise. Ce sens du beau. Tous ces temples, les arbres en fleurs, le sens absolument parfait de mise en place d’un jardin et des grains de sable, le saké, très important dans l’histoire, la cuisine. Elle va probablement rencontrer l’amour, mais par-dessus tout, elle va réfléchir sur ce que peut être le DON, le DON entre deux personnes, même s’ils n’ont pas eu la chance de se rencontrer. Comment peut-on offrir quelque chose ? On verra que ce père aura préparé le plus beau des dons pour sa fille. Elle avait un prénom prédestiné, elle avait choisi la botanique mais ce qui est exceptionnel, Muriel Barbery nous dit qu’elle a vécu à Kyõto, qu’elle a adoré cette ville, mais qu’il lui a fallu du temps pour avoir la force d’écrire, pour avoir la force de nous transmettre. Ce texte est exceptionnel ! Exceptionnel dans la douceur, dans la beauté que cela suggère, dans ces temples, ces arbres en fleurs. Cette brume, l’ordonnancement parfait de ces jardins ZEN !

Extrait« La musique des pins l’enveloppa comme une liturgie, la noya dans les branches griffues, les torsions en pointe d’aiguilles souples ; une atmosphère de cantique flottait, le monde s’aiguisait, elle perdait la notion du temps. La pluie reprit, fine et régulière, elle ouvrit son parapluie transparent – quelque part en lisière de sa vision, quelque chose s’agita. Ils passèrent le porche, il y eut un autre coude vers la droite puis, devant eux, une allée. Longue, étroite, bordée de buissons de camélias et de rampes de bambous par-dessus une mousse argentine, cernée, à l’arrière, de hauts bambous gris, surplombée d’un arceau d’érables, elle menait à un portail à toit de chaume et de mousse où on avait planté des iris et où s’alanguissait la dentelle des feuilles. C’était, en réalité, plus qu’une allée ; un voyage, se dit Rose ; une voie vers la fin ou vers le commencement. »   

C’est merveilleux ! Vraiment, je vous invite à lire ce texte qui est un petit bijou !. C’est très agréable d’avoir des pépites comme ça qui ressortent de la rentrée littéraire et Muriel Barbery en fait partie à tous les coups !

Marie-Adélaïde de la librairie Doucet sur France Bleu Maine en compagnie de Delphine en cliquant ici !

Une rose seule – 160 pages – prix : 17.50  € – (parution le 19/08/20)

Marie-Adélaïde/M.Christine

Muriel Barbery vit en Touraine. « Une rose seule » est son cinquième roman après une « Gourmandise » (en 2000) – « L’élégance du hérisson » (en 2006) – « La vie des elfes » (2015) – « Un étrange pas » (2019)

Histoire du fils – Marie-Hélène Lafon – Éditions Buchet-Chastel

téléchargementINTRIGUE FAMILIALE SUR FOND DE RURALITÉ

Nous retrouvons Marie-Hélène Lafon avec grand plaisir pour « Histoire du fils », un court roman, de 170 pages. Une histoire familiale étalée sur plusieurs générations, se déroulant sur un siècle,  et qui débute en 1908. André, c’est le fils, il est né en 1924, sa mère c’est Gabrielle, indépendante et très secrète, qui préfère vivre sa vie à Paris. André ne connaît pas son père, un inconnu dont seule Gabrielle détient le secret. Il sera élevé à la campagne, à Figeac dans le foyer de sa tante Hélène mariée à Léon et au milieu de ses cousines-sœurs. Durant toute son enfance, André doit faire face aux silences, aux secrets, aux absences car sa mère, il ne la côtoiera que quelques semaines par an, à Pâques et aux vacances d’été. Difficile de vivre avec le manque de racine, du côté paternel et cela André devra aussi l’assumer jusqu’à la fin de sa vie…

A la lecture de ce texte, Marie-Hélène Lafon dépeint une situation sociale particulièrement difficile pour cette époque ; elle le fait avec sa plume très épurée,  sans trop entrer dans les détails mais avec beaucoup de finesse, de justesse, une écriture précise et très travaillée, un style superbe.  Et puis, c’est sur fond de ruralité qu’elle ancre cette intrigue entre Figeac, Chanterelle, Aurillac, entre le Lot et le Cantal dont elle est originaire, ses terres de prédilection, son pays et c’est très agréable. Ses personnages sont absolument bien décrits, notamment Gabrielle, cette mère qui se décharge de son rôle de mère…

« Avec ce nouveau roman, Marie-Hélène Lafon confirme la place si particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage littéraire français. »

Histoire du fils – 170 pages – prix : 15 € (parution 20 août 2020)

Buveurs de vent – Franck Bouysse – Éditions Albin Michel –

images (1)« Ils voulaient fuir leur misère et les étoiles leur paraissaient trop loin ». Ainsi parlait Zarathoustra. Nietzsche.

Nous allons suivre l’histoire de quatre adolescents ! Ce roman dont Nathalie de la Librairie Doucet va nous parler est l’un des événements de la rentrée littéraire ! Un livre dont on parle beaucoup avec de très bonnes critiques pour  :

« Buveurs de vent » et c’est signé  Franck Bouysse.

C’est un roman très attendu parce que le précédent « Né d’aucune femme » a eu beaucoup de succès. Donc, c’est toujours un peu difficile de revenir après un énorme succès. Là, vraiment le livre est à la hauteur des espérances et c’est un très gros coup de cœur de cette rentrée littéraire !. Quand on ouvre un livre de Franck Bouysse, on pénètre toujours dans un univers qui est peuplé d’affreux, de méchants, un peu sombre et la lumière vient entre autres, de son écriture parce qu’il a une plume qui est juste, précise, avec des mots recherchés qui tapent vraiment justes. On sent que derrière il y a un vrai travail d’écriture.

Là, il nous emmène dans la vallée du Gour Noir qui est une vallée où se situe une centrale électrique tenue par un homme qui s’appelle Joyce, un tyran, un despote qui contrôle toute la vallée. Il donne du travail aux gens mais lui et ses sbires ont la mainmise sur leur vie professionnelle-vie privée. Il est informé de tout ce qui se passe partout et vraiment c’est une emprise totale. La vallée du Gour Noir est située en Corrèze mais ça pourrait se passer n’importe où, n’importe quand. Et puis dans cette vallée vit une famille, les Volny, une famille de taiseux qui ont quatre enfants, une fille Mabel qui est plutôt rebelle, très solaire, très lumineuse et trois fils, Marc, Mathieu et Luc. Marc est passionné de littérature, Mathieu de nature, puis Luc, disons qu’il a une intelligence différente… C’est une fratrie qui est très soudée, très liée. La mère est, plus que bigote, le père use du ceinturon auprès de ses enfants. Il y a un grand-père qui observe tout cela en bout de table et qui a un moment dans le livre, va être une référence pour ces enfants. Il va y avoir un drame dans cette vallée et en fait le livre, c’est comment ces enfants avec leur force, leur capacité, leur insouciance, vont résister au monde des adultes et faire bouger les choses. C’est juste magnifique. C’est un livre qui monte en puissance, qui vous prend aux « tripes » et puis qui monte comme ça, d’abord par l’histoire et puis par l’écriture de Franck Bouysse, parce que son écriture, sa plume sont vraiment extraordinaires ! C’est rare aujourd’hui d’avoir un écrivain qui sait vous happer et par l’histoire et par l’ écriture. Alors, dans le livre, il y a plein de choses, nous trouvons de la littérature, de la nature, beaucoup d’humain parce qu’il explore vraiment tous les personnages. C’est fouillé, c’est recherché. Il y a des personnages merveilleux. Je pense à un vieux marin, Gobbo qui a une superbe histoire d’amour. Enfin,  il y a de nombreux personnages comme cela, très fouillés, qui font vivre toute cette vallée.

Ce roman vous emporte. Vraiment  c’est un très très joli coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Et puis, on en reparlera certainement mi-novembre. J’espère qu’il sera couronné d’un prix d’automne ! Ce serait bien !

Un auteur rare et un livre rare !

 

Nathalie de la librairie Doucet/M.Christine

Écoutez Nathalie Pelletey  sur France Bleu Maine, en compagnie de Fabien Obric, en cliquant ici !

« Buveurs de vent » – 391 pages – prix : 20.90 € (parution le 19/08/20)

croire aux fauves – nastassja martin – Éditions verticales – Prix François Sommer 2020 –

FACE A FACE AVEC  UN FAUVE !

images« L’ours est parti depuis plusieurs heures maintenant et moi j’attends, j’attends que la brume se dissipe. La steppe est rouge, les mains sont rouges, le visage tuméfié et déchiré ne se ressemble plus. Comme aux temps du mythe, c’est l’indistinction qui règne, je suis cette forme incertaine aux traits disparus sous les brèches ouvertes du visage, recouverte d’humeurs et de sang : c’est une naissance, puisque ce n’est manifestement pas une mort. » (p.13)

Ce deuxième livre de Nastassja Martin anthropologue, spécialisée dans les populations arctiques, au fin fond des terres sibériennes, est un récit autobiographique qui  se déroule sur quatre saisons. Elle étudie les peuples nomades, animistes du Kamtchatka où elle vit en osmose avec eux, complètement en phase avec leur environnement et leur mode de vie, dans un habitat réduit, au fin fond de la forêt. La famille des Evènes dans laquelle elle s’est si bien intégrée, est devenue sa deuxième famille, au point d’y vivre  et de renouer avec les pratiques ancestrales et leurs rites animistes. 

Suite à un événement qui lui est arrivé en 2015, l’auteure nous livre sous forme de récit, un texte nourri de mythes et de rêves qui se déroule sur quatre saisons. Lors d’une sortie alors que Nastassja Martin part seule dans les montagnes, elle rencontre un ours qui l’attaque au visage, lui emportant une partie de sa mâchoire mais par chance, la bête lui laisse la vie sauve, car il est plutôt rare de s’en sortir vivant !. Elle est complètement défigurée. Elle va nous raconter la reconstruction de son visage, ses opérations successives en Russie et en France. Une expérience que cette jeune anthropologue a vécu dont elle choisit de faire une aventure merveilleuse !

Ce texte bouleversant, à la lecture exigeante, où la philosophie que l’auteure en retire, offre bien des interrogations que chacun de nous peut développer….., pouvant nous faire réfléchir à notre avenir d’humains sur cette planète qui est entrain de s’effriter, à notre mode de vie, à notre harmonie avec la nature que nous sommes entrain de voir disparaître. 

 Née en 1986, Nasstassja Martin est anthropologue diplômée de l’EHESS et spécialiste des population arctiques. Elle est l’auteure d’un essai, tiré de sa thèse de doctorat dirigée par Philippe Descola, « Les âmes sauvages » : « Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016), ainsi que d’un documentaire, co-réalisé avec Mike Magidson, Tvaïn (Point du jour/Arte). Croire aux fauves est son premier récit.

« Croire aux fauves« – prix 12.50 € – 150 pages (parution janvier 2020)

Le chant de la pluie – Sue Hubbard – Éditions Mercure de France

LE CHANT DE LA PLUIELE CHANT DE LA PLUIE 

« Ferme les yeux, Martha, et attends que je te dise de les rouvrir ». Puis au détour d’un rivage, il dit : « Maintenant ». Devant eux, le ciel est en feu, rouge sang et or. Peu à peu il s’assombrit, devenant violet, puis noir, avant que la grande boule de feu ne tombe dans la mer. » (p.263)

Nous voilà en Irlande, dans un coin reculé, au bord des falaises de la côte ouest,  au cœur du Kerry, face à l’océan et des îles Skellig où se situe un refuge monastique. C’est dans cette nature sauvage et omniprésente, cet environnement magnifique que Sue Hubbard a décidé de nous emmener.

Martha Cassidy, enseignante anglaise, la cinquantaine, a quitté Londres et se retrouve exactement à Kaherciveen, ce petit village isolé, après la mort brutale de Brendan,  pour mettre de l’ordre dans le cottage ayant appartenu à son mari, où il venait souvent seul (peut-être ?) qu’elle débarque. Dans cette demeure humide, elle va se remémorer quelques épisodes de ces trente années passées, mais aussi découvrir qu’elle ne connaissait peut-être pas aussi bien Brendan, son mari défunt. Une solitude qui sera quelque peu bousculée par certains voisins dont un certain Eugène Riordan assez désagréable (un vieil ami d’enfance de son mari)  et qui essaiera de la courtiser ; il a de grandes idées de développement sur la campagne de Bolus Head, tandis que le plus proche voisin de Martha Cassidy, le sympathique Paddy O’Connell  éleveur, très courageux vit de sa production  et entretient la nature qui l’entoure. 

Vous aimerez beaucoup le jeune Colm au bonnet bleu, qui vit de son élevage, poète et philosophe à ses heures, qui écrit des poèmes, joueur de fiddle le soir dans les pubs,  pour lequel Martha a beaucoup d’estime et qui lui redonnera un peu de réconfort et le goût de vivre. Tout comme vous apprécierez Martha, cette femme humble et attentionnée aux gens du cru qui porte un regard très attentif sur l’ environnement de son cottage, comme le font tous ces jeunes garçons. Puis vous ferez la connaissance des absents qui étaient si chers à Martha, ses deux « B » disait-elle, Brendan et Bruno surtout, de cette perte profonde vécue en ces lieux dont Martha parle si bien, ravivant ainsi  de nombreux souvenirs. 

Un livre sublime plein d’humanité. Un livre magnifique,  très cinématographique. Une écriture vraiment agréable, un roman extrêmement bien écrit. Et si vous aimez l’ambiance irlandaise, les embruns, la pluie et l’odeur de la tourbe,  la bière et le whisky, ce livre vous ravira très certainement !.

Une très belle découverte.

Librairie Doucet/M. Christine
Critique d’art et poète dont l’oeuvre a été couronnée par de nombreux prix, Sue Hubbard est aussi romancière. Elle vit à Londres. Le Chant de la pluie, son troisième roman, est le premier traduit en français.

« Le chant de la pluie » – 284 pages – prix 23.80 € – (parution mai 2020) – Traduit de l’anglais par Antoine Bargel.

 

 

LA PROIE – Deon Meyer – Éditions Gallimard – Série Noire –

LA PROIE 2LA PROIE 

Ce soir nous vous présentons, le nouveau livre de Deon Meyer, cet auteur sud-africain de douze best sellers traduits dans trente pays. Et c’est le roi du polar ! Ce nouveau roman, c’est le coup de cœur de Marie-Adélaïde.

– Fabien O  Deon Meyer, lance deux intrigues parallèles ?

M.Adélaïde : Exactement  ! C’est un conteur né Deon Meyer ! Vous plongez dans ses romans et vous savez et vous avez la certitude de passer un bon moment. 

Alors, il faut accepter d’avoir deux intrigues, de vous promener, une partie (dans celui-ci) en Afrique du Sud et l’autre partie à Bordeaux où Deon Meyer a souvent habité, puis un petit bout d’Europe, en Espagne et il faut lui faire confiance, il vous embarque et finalement tout va exploser dans un bouquet final absolument extraordinaire. Il écrit pour dénoncer ce qui se passe dans son pays, l’Afrique du Sud. Il y a eu l’Apartheid, il y a eu l’arrivée au pouvoir de Mandela. Il y a eu ce parti du Congrès National sud africain (ANC) qui a été déclaré terroriste et qui a fait beaucoup de choses, avec vraiment une avancée politique et après l’Afrique du Sud, ça a un peu flagellé, il y a eu beaucoup de corruption, de nombreux pots-de-vin et le parti au pouvoir n »était pas terrible, terrible ! Dans son histoire, on retrouve un de ses héros fétiche, il s’appelle Benny Griessel. C’est un membre des hawks. Les hawks, ce sont des unités d’élites sud-africaines,  des types vraiment baraqués et costauds qu’on appelle pour toutes les affaires sensibles. Un de leur ancien collaborateur est retrouvé mort, balancé par la fenêtre du fameux train bleu, ce train qui traverse toute l’Afrique du Sud, qui est le train le plus luxueux du monde. L’Orient Express à côté, c’est une vague rame de métro ! Extraordinaire… Cette enquête démarre ! Et d’un autre côté, on va retrouver un homme, un ancien des hawks, lui il est à Bordeaux, il a tout laissé tomber  Il veut vivre dans l’anonymat. Il devient ébéniste. Il tombe enfin amoureux, il espère que sa couverture va tenir, jusqu’au jour où dans son restaurant fétiche, il trouve un ancien de l’ANC qui lui dit : « Il est temps de rentrer, le pays a besoin de toi ! » Et là, tout s’emballe, vous retenez votre souffle et vous avez un roman policier absolument exceptionnel !

Bravo à Deon Meyer ! Qu’il continue ! Il réussit. C’est un tour de force. Lisez ces romans, il y en a douze ! Celui-ci est un point d’orgue. On peut commencer par celui-ci, mais ne  laissez pas de côté les autres. 

– Fabien O. :  L’imagination est toujours au rendez-vous, même après douze romans, ce qui n’est pas toujours évident !

– M.Adélaïde : Ce n’est pas toujours évident et c’est toujours terriblement bien ficelé, il y a une intrigue, il y a tout ce qu’il faut pour que le lecteur trouve son plaisir tout au long du roman !

La Proie ! C’est un polar et un regard sur l’actualité de l’Afrique du Sud 

Marie-Adélaïde de la Librairie Doucet/M.Christine

Écoutez Marie-Adélaïde  sur France Bleu Maine en compagnie de Fabien Obric en cliquant ici !

LA PROIE – 576 pages – prix : 18 € –  (parution 13/08/20)

Quelques titres : 1996 « Jusqu’au dernier » – 2000 « Le soldat de l’aube » – 2002 « L’âme du chasseur » – 2007 « Le pic invisible » – 2007 « Lemmer invisible » – 2008 « 13 heures »– 2011 « Trackers » – 2011 « 7 jours » – 2013 « Kobra » – 2015 « En vrille » – 2016 « L’année du lion » – (2017 « The Woman in the blue cloak » – 2018 « The lost hunt »)

L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri – Éditions du Seuil –

L'apiculteur d'AlepL’APICULTEUR D’ALEP

« Quand on appartient à quelqu’un qui n’est plus là, qui est-on ? «  (p.81)

Nuri est apiculteur. Il aime son pays et travailler à l’air libre, au  contact des abeilles qu’il connaît parfaitement bien. Avec son cousin Mustafa, ils possèdent de nombreuses ruches d’où ils extraient le miel des abeilles, indispensables à notre survie, car nous sommes aussi vulnérables qu’elles. Nuri est installé dans ce pays avec sa femme Afra, artiste peintre et leur fils, Sami. Seulement, le pays qu’ils habitent, c’est la Syrie et, en Syrie il y a la guerre… Nous allons donc suivre le long périple de cette famille syrienne.abeille 1Une bombe de plus, une bombe de trop et toute la vie bascule. Afra devient aveugle à la suite d’un bombardement et  leur fils Sami est mort. Ils ne sont plus que tous les deux, il faut fuir la guerre qui sévit dans le pays, penser à l’exil, puis tenter de rejoindre Mustafa qui a déjà atteint l’Angleterre. Afra est réticente, ne veut pas quitter sa chambre, mais Nuri fait tout pour la convaincre, toujours attentionné, cherchant malgré tout, la moindre petite chose à offrir à Afra, celle qu’il aime tant : un fruit, une fleur…, des pétales de cerisier, de biens tristes présents mais qui lui font tant plaisir. D’ailleurs, remarquez la très jolie couverture de ce livre, émouvant et magnifique, ces deux mains présentant deux moitiés de grenade gorgée de graines rouges, le plus beau des cadeaux que Nuri a offert à Afra. L’auteure nous transcrit à merveille toutes les couleurs, les senteurs, les odeurs d’épices et de miel, les saveurs de ce pays, tout comme elle transmet l’amour de Nuri pour son épouse, et tout l’amour qu’il porte à ses abeilles dont il sera question tout au long du livre.abeille 1Puis, ce sera la fuite et toutes les épreuves à traverser :  les camps de réfugiés, l’attente, les formalités, les passeurs, les traversées de mers agitées. On s’attache très vite aux personnages de ce roman, à Nuri toujours aux petits soins, plein de douceur pour son épouse, à Mohammed ce petit garçon, jeune orphelin qui accompagnera un temps le couple et qu’il faudra tenter de retrouver…

Christy Lefteri sait très bien de quoi elle parle. Elle a été bénévole dans un camp de réfugiés à Athènes et si les personnages sont fictifs, ce roman est inspiré de faits réels, grâce aux nombreux témoignages glaçants entendus sur place, aux nombreuses rencontres d’émigrés dont un apiculteur qui habitait en Syrie. C’est ainsi qu’au fil des chapitres construits de façon originale, que l’auteure nous livre, sans fioriture et sans être pathétique, ce récit merveilleux qui nous touche en plein cœur !

Une histoire, un parcours qui permet d’ouvrir les yeux et de prendre conscience de la chance que nous avons de vivre dans un pays en PAIX ! Un livre plein d’humanité, un roman absolument fabuleux, émouvant et très enrichissant.

Mais comme le dit si bien le bandeau du livre, c’est :

UNE HISTOIRE D’AMOUR FOU, UNE ODYSSÉE VERS L’ESPOIR.

abeille 1Comme dans ce livre,  il y est question d’abeilles et de miel,  si vous êtes  très attirés par ce liquide jaune d’or dont vous aurez abeille 1certainement l’eau à la bouche, je décline toute responsabilité, quant à votre  éventuelle énorme envie de  consommation, découlant de cette lecture !!..abeille 1Librairie Doucet/M. Christine

Christy Lefteri est née à Londres de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’université Brunel. « L’Apiculteur d’Alep« , son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole dans un camp de migrants à Athènes.

L’Apiculteur d’Alep – 315 pages – prix 20 € (parution mars 2020) – Traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

 

La soustraction des possibles – Joseph Incardona – Le Bouscat – Éditions Finitude – Prix Relay 2020

téléchargement (1)Au pays des coffres suisses, dans les années 8O-90lingot d'or 1

Un livre de Joseph Incardona, auteur suisse d’origine italienne qui a, à son actif une bonne douzaine de romans, si ce n’est plus, en tout cas, il est l’auteur de   « Chaleur » et « Derrière les billet-20-€hommes il y a les panneaux ». On commence à parler de lui de plus en plus et ce roman précisément « La soustraction des possibles » m’a scotchée sur place.

C’est un texte extraordinaire. NE LE LOUPEZ PAS !

Alors, on a eu des chroniqueurs d’époque, des grands noms, je pense à Balzac, je pense à Zola qui étudiaient les mœurs, les habitudes… Là, Joseph Incardona nous emmène en Suisse, à Genève dans un milieu aisé, très feutré, très très riche puisqu’il nous emmène dans le milieu des banques suisses. Nous sommes dans les années 8O-9O. Il y avait encore beaucoup de secrets bancaires, beaucoup de choses qui se passait comme ça, sous la table… C’est très intéressant ! Une réelle omerta et vous allez voir à quel point d’ailleurs, puisque Joseph Incardona nous parle et c’est ça qui est très amusant et j’ai beaucoup aimé son écriture. Il intervient dans le roman.

Joseph Incardona parle de ses personnages, de ceux qu’il aime, de ceux qu’il a envie de préserver, de ceux qu’il a envie de pousser, de ceux qui le touche et il parle à son lecteur en étant un personnage lui-même et en étant le maître tout puissant de ce roman.  Alors, nous sommes à Genève, dans les années 80/90, on va avoir trois personnages très très importants ! Je vous présente Odile, c’est la femme d’un grand patron d’une Société en pointe qui gagne beaucoup d’argent, qui s’embête, elle n’a que son argent et elle est très seule. Il y a le bel Aldo, il est italien d’origine, professeur de tennis et il séduit tout ce qui passe à sa portée…. Il a une âme de gigolo. Il y a Svetlana qui travaille dans la banque. Elle est volontaire, ambitieuse et a les dents qui rayent le plancher !

Ce qui va se passer dans ce triangle amoureux, c’est que Aldo va séduire cette femme, Odile,  mais qui va tomber très amoureux de Svetlana et Svetlana aussi. Et la soustraction des possibles c’est comment ces deux personnages se sont dit,  on va pouvoir réussir. Nous aussi, on va pouvoir gagner de l’argent ! Énormément  d’argent ! Nous aussi, on va pouvoir arriver en haut de la pyramide !.. Mais parfois, malheureusement un plus un,  ça ne va pas faire deux  ! Et on va se rendre compte que c’est si difficile : malversation, problème financier, blanchiment d’argent. Vous partez de Genève à Paris, via la Corse et via les paradis fiscaux. C’est passionnant !

Un texte extraordinaire. Une écriture maîtrisée et un vrai BIJOU !

Écoutez Marie-Adélaïde sur France Bleu Maine, en compagnie de Delphine, (émission du 11/08/20) en cliquant ici !

Marie-Adélaïde de la Librairie Doucet/M.Christine

« La soustraction des possibles » Le Bouscat – Editions Finitude – 400  pages – prix 23.50 €  (parution le 02/01/20)

Ma chérie – Laurence Peyrin – Editions Pocket –

Ma chérie laurence peyrin

Plongée dans les États-Unis des années Kennedy !

Un titre charmant puisque ce livre s’appelle « Ma Chérie ». Une lecture d’été idéale, qui en plus  apprend plein de choses…

Que va-t-on apprendre sur « Ma Chérie » ?

– Marie-Adélaïde : Remontons aux années cinquante et je vous emmène dans le sud des Etats-Unis, dans un tout petit village, où  grandit une toute petite fille dans un foyer avec un père un peu taiseux et une mère effacée. Elle n’a pas un physique facile, ses copines l’appellent « sœur bigleuse ». Elle est affublée d’un triple prénom qui veut dire Grâce, Espoir et Prière et ce n’est pas facile à porter ! Un beau jour cette chrysalide se transforme en papillon, elle devient magnifique. Elle a 17 ans.  Elle devient « Miss Floride  » en 1952. Elle épouse un premier mari. Elle devient la maîtresse d’un agent immobilier de Miami qui la fait vivre royalement, en maîtresse oisive et gâtée. Toutes ses copines de l’époque, dans  tous les cocktails l’appellent « Ma Chérie ». Mais un beau jour « patatras ! », le fameux agent immobilier se trouve être un malfrat. Il est emprisonné et du jour au lendemain, cette vie de princesse disparaît ! Plus d’argent, plus de bijoux ! Tout est réquisitionné…. Elle part avec une petite valise et elle rentre chez papa-maman ! Et là, dans ce car Greyhound, ces fameux cars qui traversent les États-Unis, elle va prendre la première décision importante de sa vie.  Elle est assise, son moral est au plus bas et un homme qu’elle ne regarde pas, lui demande la permission de s’asseoir à côté d’elle. Elle répond : « OUI, sans regarder », sauf que cet homme est noir et dans les États-Unis de l’époque, en 1963, normalement un homme noir ne peut pas être assis à côté d’une femme blanche.

Ce texte va montrer l’évolution d’une femme qui pense, qui réfléchit et qui est confrontée à un des grands dilemmes de cette Amérique qui avait soi-disant aboli les lois raciales et pour qui, il n’en était rien.  C’est l’époque de Kennedy, juste avant son assassinat, de son plaidoyer, et bien évidemment c’est l’époque de Martin Luther King  également avant son assassinat, et qui disait qu’il avait un rêve : »que tout le monde puisse être côte à côte ». On va suivre dans ce roman qui est un pur roman, qui se lit facilement, une histoire très importante dans l’évolution de la condition noire américaine, qui a absolument bouleversé ce pays et qui a été si difficile à acquérir.

C’est un texte très bien fait et absolument charmant, d’un point de vue romanesque parce qu’il y a toute une histoire qui se greffe autour de cette  rencontre mais c’est un texte édifiant qui fait beaucoup réfléchir.

– Delphine : Oui, parce qu’en fait, « Ma Chérie » de Laurence Peyrin ça revient aussi à ce qu’elle était au départ, c’est-à-dire, peut-être dans la minorité, le regard des autres et finalement elle est confrontée aussi à ça. Ça revient au sens initial, peut-être ?

– Marie-Adélaïde :  Exactement ! C’est se rendre compte que finalement son couple de parents et ça c’est l’histoire qui le fera découvrir, n’était pas aussi facile que ça, parce que, eux aussi avaient un amour plus important que les couleurs de  peau et ça montre qu’en fin de compte, de prendre sa vie en mains, de choisir, de décider soi-même, ça apporte énormément de choses dans une vie, plutôt que de se laisser dorloter et porter comme une jolie poupée !

Marie-Adélaïde de la librairie Doucet/M. Christine

Écoutez Marie-Adélaïde sur France Bleu Maine, en compagnie de Delphine, (émission du 04/08/20) en cliquant ici !

« Ma chérie » – 322 pages – livre de poche paru 28/02/20 – prix : 6.95€ –