Taba-Taba – Patrick Deville – Editions du Seuil – Fiction et Cie

TABA TABA.jpgRETOUR AUX SOURCES

Patrick Deville est un grand voyageur, un aventurier presque, qui a écrit une dizaine de romans. Il n’aurait peut-être pas écrit ce roman sans les archives familiales retrouvées après la mort de sa tante. (Archives qui ont par miracle survécu aux guerres et aux déménagements.) Il s’agit donc d’un roman autobiographique mais aussi biographique, historique et pourquoi pas géographique et géopolitique !!

Tout commence au début des années 60, près de Saint-Brévin, en face de Saint-Nazaire, dans un lazaret  pour les lépreux d’abord puis devenu hôpital psychiatrique. Le père de l’auteur y est administrateur et lui, l’enfant, se lie avec un Malgache interné qui ne répète que « Taba-Taba ».

C’est à partir de là et grâce aux archives retrouvées que Patrick Deville, dans une multitude de petits chapitres et de « petites traces », va dérouler l’Histoire depuis Napoléon III jusqu’aux derniers attentats que la France a subis. La Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale tiennent une grande place avec, entre autres, les lettres des soldats retrouvées.

On voyage beaucoup en France, dans le Sud, le Nord… partout et sans suivre vraiment de chronologie mais au gré des souvenirs de Patrick Deville et des routes qu’il parcourt au volant de sa Passat.

Nous allons aussi hors de France pour le voyage bien sûr mais aussi pour rappeler l’époque coloniale, les faits brillants et ceux qui ne le sont pas et qui montrent que le monde est toujours sur le pied de guerre, au vrai sens du terme.

Nous rencontrons beaucoup de personnages, militaires, ambassadeurs, écrivains… et Véronique Yersin, la descendante d’Alexandre Yersin également grande voyageuse .

C’est un livre très riche, très documenté et les courts chapitres permettent de le lire facilement. De plus le style de Patrick Deville est toujours remarquable.

Une bonne lecture de la rentrée littéraire- « Taba-Taba » était en lice, dans la première sélection pour le Goncourt 2017.

Marie-José/M-Christine

« Taba-Taba » – 432 pages – Prix 20 €

En 2012, Patrick Deville est venu au Mans  présenter « Peste & Choléra » (Seuil) qui a permis de découvrir la vie d’Alexandre Yersin, chercheur à l’Institut Pasteur. (Prix du roman Fnac – prix Femina) –  Patrick Deville est l’auteur de « Viva » (2014 – Le Seuil) – « La Tentation des armes à feu » (Seuil – 2006) –


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Neverland ou le pays de l’enfance – Timothée de Fombelle – Editions de l’Iconoclaste

Timothée de fombelleNEVERLAND ou le pays de l’enfance.

Timothée de Fombelle écrit avec succès pour la jeunesse et avec Neverland, il s’adresse pour la première fois aux adultes. On peut donc parler de premier roman. 117 pages d’écriture. Mais quelle écriture !! Avec ce roman autobiographique l’auteur ne quitte pas l’enfance.

Il raconte ses souvenirs à sa manière et surtout il essaie de retrouver cet « état » d’enfance qui demeure en nous et qu’il faudrait chasser, attraper, pour le garder bien profondément.

Pour cela, il évoque ses joies d’enfant, ses grands-parents, la maison de famille et nous sommes, nous lecteurs, dans le « merveilleux ».

Quand il revient, adulte, dans cette maison, il tente de tout revoir avec ses impressions d’enfant.

Ce roman est une aventure féérique, magique, poétique, qui nous laisse pantois et admiratifs devant une telle beauté.

C’est de la poésie en prose. Nous sommes ramenés à notre propre enfance et nous n’avons plus que l’idée d’y rester en rêveur éveillé en compagnie de l’auteur.

« Je suis parti un matin d’hiver en chasse à l’enfance. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. « Regarde, elle est là,tu la vois ? » Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. Mais c’était le vol d’un papillon obscur à l’intérieur, le frôlement d’ailes invisibles dont je ne retrouvais qu’un peu de poudre sur mes bras au réveil. »

Neverland, un éblouissement pour ce retour au pays d’enfance.

Marie-José /M.Ch.

Timothée de Fombelle « Neverland » – 128 pages- Prix 16 € 

Timothée de Fombelle écrivain pour la jeunesse, dramaturge français qui a reçu de très nombreux prix pour « Tobie Lolness » (2006) et « Vango » (2010). Il est traduit en vingtaine de langues –

Les Bourgeois – Alice Ferney – Actes Sud

LES BOURGEOIS ALICE FERNEYChronique d’une famille bourgeoise française, au XXème siècle.

« Les Bourgeois ». C’est ici un nom de famille mais aussi un style de vie conforme à ce nom.

Le style ciselé, le vocabulaire choisi et précis, l’étude psychologique toute en finesse et profondeur font toujours des romans d’Alice FERNEY des pépites littéraires dont le lecteur se souvient.

Henri et Mathilde Bourgeois ont eu 10 enfants (8 garçons et 2 filles) nés entre 1920 et 1940, donc avec les traces de la première Guerre mondiale et les rumeurs de la seconde. La mère, Mathilde meurt en 1940 en mettant au monde la petite dernière, Marie.

Présentons-les enfants : Jules (7 enfants), Jean (6 enfants), Nicolas, Jérôme, Louise, André, Joseph,  Claude, Guy, Marie (7 enfants). Je n’ai pas donné le nombre d’enfants de chacun d’entre eux, même si certains en ont eu moins, mais ai souhaité montrer que la deuxième génération a suivi l’exemple des parents.

La narratrice regarde la famille en 2013, à la mort de Jérôme, médecin.

Famille bourgeoise donc mais pas dans le sens ostentatoire. Certes, ils sont aisés mais n’en font pas état. Pour eux ce sont le sens de la Patrie, le catholicisme, le respect, la droiture, les traditions, bref des valeurs inculquées par le patriarche et auxquelles on ne déroge point. Les femmes élèvent les enfants. Elles sont soumises sans doute mais elle l’admettent parce qu’elles sont respectées.

Les professions des uns et des autres…fils dans l’armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires…et il faut bien dire que l’évolution se fait lentement. L’empreinte du 19ème siècle est toujours là.

Quelques petits-enfants commencent à « bouger » maintenant mais c’est difficile à cause des habitudes et du regard des anciens. Ils se rencontrent aux fêtes, aux enterrements, mais évidemment ils sont très nombreux et le patrimoine toujours divisé par les héritages successifs diminue et change la vie.

Alice Ferney a choisi cette Saga familiale dans le but de revisiter l’Histoire du 20ème siècle depuis la première guerre mondiale jusqu’à nos jours, donc à la fois en romancière et en historienne.

Elle donne son avis au travers de ses personnages sur les grandes pages de l’Histoire, au rythme de chacun et en discontinu.

C’est ample, riche et redoutable à la fois. Même si nous ne sommes pas bourgeois (au sens souvent donné actuellement ) nous nous reconnaissons dans ce qui nous a conduits au fil du temps à ce que nous sommes.

Un autre coup de cœur de cette rentrée littéraire 2017 !

Marie-José/M.Christine

« Les Bourgeois » – Prix : 22 €uros – 350 pages

 Alice Ferney est l’auteur de :« L’élégance des veuves » (1995)  adapté au cinéma en 2016. – « Grâce et dénuement » (1997), de « La conversation amoureuse » (2000) et de « Cherchez la femme » (2013). Toute l’œuvre d’Alice Ferney est publiée chez Actes Sud.

 

Ascension – Vincent Delecroix- Editions Gallimard –

ascension vincent delecroix             UNE  ASCENSION TRES CELESTE

« C’est comme une histoire drôle, un Français, un Américain, un Mexicain et une femme se retrouvent dans une fusée ».

Alors, attention, instant solennel ! Un livre drôle dont il faut profiter car ils sont rares en cette rentrée littéraire. Eh bien, ce livre est vraiment très drôle. Non seulement drôle, mais terriblement intelligent.

Vincent Delecroix est professeur de philosophie, spécialisé en histoires des religions à l’université, en région parisienne. Je le suis depuis longtemps et me régale toujours autant avec ses textes qui sont fins, intelligents, impertinents, avec une bonne dose d’humour. « Ascension », c’est un bijou !.

Alors, je vous présente Chaïm Rosenzweig. Il est teinturier chez son père. Il s’essaie un peu à l’écriture mais il n’est pas très doué. Il écrit sous un pseudo  (Vincent Delecroix) parce qu’il trouve qu’un pseudo « catho » ça passe mieux que Chaïm Rosenzweig. Il est absolument ravi. Il aime raconter des histoires, prendre son temps, c’est un homme gentiment heureux. Un jour, sur un malentendu total, il est invité par la NASA pour participer à une mission de la navette spatiale. Méprise, puisqu’en fait, il pensait inviter son scientifique de frère qui est quelqu’un de très « rasoir ». Ça, il ne va pas s’en priver de nous le raconter. Il se retrouve avec un américain, commandant  la navette, un Russe astronaute, très célèbre, un mexicain second astronaute. Une Américaine, elle aussi astronaute. Il n’y a que des gens techniques… sauf lui ! On se demande pourquoi il est là !. Il se dit alors qu’il est peut-être là, pour détendre l’atmosphère….,  raconter des histoires et c’est ce qu’il va faire tout du long. Ils embarquent. C’est le départ et c’est rocambolesque !  Le commandant, absolument merveilleux, leur dit : « ce n’est pas une mission comme les autres ». – Il leur parle comme à une équipe de films. C’est la dernière mission, nous ne reviendrons pas ! Ça casse un peu l’ambiance. Mais trop tard, ils sont partis, sanglés pour franchir toutes les étapes. Ils s’aperçoivent qu’il y a un passager clandestin très spécial qui s’est glissé dans la navette ! Ce passager clandestin vous allez apprendre à le connaître... C’est un monsieur, il a une grande robe blanche, les cheveux un peu longs, une petite couronne d’épines sur la tête… Ça vous rappelle quelqu’un ? En fait, ça fait  2000 ans qu’il est là ! – Les hommes ! Il n’en peut plus, il en a vraiment assez ! Contrairement à ce qu’on lui avait annoncé, il n’a jamais réussi à remonter. C’est le dernier voyage de la navette spatiale. Alors, il saisit sa dernière chance. Il veut détourner la navette pour rentrer chez lui !

C’est complètement surréaliste ! C’est déjanté mais c’est merveilleux. Les digressions sont toutes plus intelligentes les unes que les autres. Je vous promets une fin en apothéose avec cette « Ascension » de Vincent Delecroix.

Marie-Adélaïde/M. Christine

Vincent Delecroix est romancier et philosophe. Aux éditions Gallimard, il a publié « A la porte » (2005) – « Ce qui est pendu » (2006) – « La chaussure sur le toit » (2009) – Il a obtenu le Grand prix de littérature de l’Académie française pour « Tombeau d’Achille » et l’ensemble de son œuvre.

Réécoutez Charlotte Bouniot en compagnie M. Adélaïde Dumont sur France Bleu Maine, en cliquant ici !

« Ascension » – 640 pages – Prix : 24,50 €

 

 

POINT CARDINAL – Léonor de Récondo – Sabine Wespieser –

LEONOR DE RECONDOPOINT CARDINAL : Récit d’une métamorphose.

« S’il le fait, c’est qu’il n’a peut-être pas le choix. Je ne crois pas qu’on décide comme ça de devenir une femme sur un coup de tête. Il a dû beaucoup y penser, tu sais. » (P. 153)

Laurent est né femme, dans un corps d’homme. Marié très tôt à Solange qu’il a rencontrée au lycée. Un couple basique, 20 ans de mariage, un amour toujours au beau fixe, beaucoup de complicité. Laurent est père de deux enfants. Peu à peu Laurent se transforme, se fissure, sous sa peau craquelle l’image d’une femme. Solange aime Laurent. Les enfants aiment leur père mais plus de doute pour Laurent : Laurent est Lauren ! Comment tirer un trait sur sa vie d’avant ? Comment va réagir son entourage proche ? Solange, ses enfants, ses collègues de travail. La menace gronde, le cataclysme est proche…

Après « Pietra viva » (2013) et « Amours » (2015) ces deux livres magnifiques Léonor de Récondo nous livre pour cette rentrée littéraire un roman qui nous parle de transsexualité. Un roman sur le courage d’être soi, sur la transformation du personnage tant physique que psychique, sur le regard des autres…

Une écriture toujours très délicate, sur un sujet très délicat.

M. Christine

Point Cardinal – 224 pages – 20 €uros.

 

Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier – Caroline Laurent – Editions Les Escales –

ET SOUDAIN LA LIBERTE          UN PASSIONNANT PORTRAIT DE FEMMES  !                  

« L’intensité d’une amitié, ça nous fait une joie pour mille ans, c’est comme un amour, ça vous rentre par le nombril et vous inonde tout entier. Ça ne se mesure pas en mois » (C.L)*

                PRIX PREMIERE PLUME DU FURET DU NORD                                                                         PRIX MARGUERITE DURAS attribué  ce 29/09/2017

Et soudain, la liberté, est un roman à deux mains qui suscite de nombreuses émotions. Un livre (posthume) d’Evelyne Pisier car c’est Caroline Laurent* (éditrice) qui a eu la tâche –comme Evelyne Pisier l’avait demandé à ses proches– de terminer ce livre (au cas où..,.avait-elle dit). Puis, effectivement Evelyne Pisier est décédée au début de l’année 2017. Et c’est avec beaucoup de sensibilité que Caroline Laurent a merveilleusement complété ce chef-d’œuvre. Les chapitres du présent sont intercalés par l’éditrice entre les périodes du passé, ce qui renforce encore plus ce récit. Et l’on perçoit la belle histoire d’amitié qui s’est nouée entre ces deux femmes : l’auteur(e), Evelyne Pisier et l’éditrice Caroline Laurent, devenue auteur(e), pour la bonne cause.

Les deux femmes ont fait le choix de la fiction pour évoquer le destin d’Evelyne (qui sera Lucie) et sa mère (Mona Desforêt).

Evelyne Pisier voulait raconter l’histoire de sa mère, et à travers elle, la sienne. C’est un roman/récit vraiment captivant dans lequel l’auteur(e) nous immisce, dans un tourbillon d’évènements familiaux, mêlant les combats de la mère et de la fille (les amours, les amants..).  Ce sont soixante années de sa vie que nous traversons, composées de drames et de combats pour la liberté des femmes, le droit des homosexuels, lutte contre le racisme, …. idées complètement à l’opposé de celles de son mari. Pourtant, Mona, la parfaite épouse soumise, a toujours été admirative de son mari André, son héros de guerre, haut-fonctionnaire colonial,  homme autoritaire, maurassien, pétainiste, antisémite et raciste.

Ce livre vous transporte au travers de l’Histoire avec une plongée passionnante au cœur du XXème siècle ! Après avoir interrompu ses études de médecine, juste après le mariage (les femmes n’ont nul besoin de travailler ou de faire des études….), Mona nous relate la vie dans le camp de Hanoï avec Lucie, l’Indochine dans les années 1940, l’occupation japonaise des colonies françaises d’Asie du sud-est lors de la seconde guerre mondiale, puis dans les années cinquante,  la fuite vers la Nouvelle-Calédonie, toujours avec Lucie.  Dans les années soixante, ce sera Cuba lors de la révolution cubaine. Elle sera la confidente et la maîtresse de Fidel Castro. Enfin, ce sera le retour en France, divorcée et indépendante, un retour vers Paris, pour d’autres évènements et ceux de mai 1968.

Ce n’est que lorsqu’elle s’installa à Nouméa et rencontra Marthe, la bibliothécaire qui lui fit découvrir « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir, que Mona décidera enfin de vivre sa vie ;  ce sera  le début de la liberté, la découverte du féminisme.

Un livre passionnant à découvrir et à faire découvrir ! Un destin de femme extraordinaire ! Impossible de passer à côté de cette belle histoire d’amitié entre l’auteur(e) et l’éditrice…., entre ces deux auteur(e)s !

Une fois la lecture de ce livre achevée, vous verrez que Mona et Lucie vous manqueront terriblement. Mais, peut-être aurez-vous la chance, un jour de rencontrer Caroline Laurent, qui fut la grande amie d’Evelyne Pisier.

Caroline Laurent sera présente à la librairie Doucet au Mans – Vendredi 29/09 à 18 heures, sur inscription !

M. Christine

Et soudain, la liberté – 441 pages – Prix 19,90 €uros

Evelyne Pisier est née à Hanoï en 1941. Elle fut l’une des premières femmes agrégées de droit public et une professeur d’histoire des idées politiques unanimement reconnue. Directrice du Livre et présidente du Centre national du livre de 1989 à 1993, écrivain, scénariste, elle est décédée en février 2017.

*Caroline Laurent, agrégée de lettres modernes, directrice littéraire est née en 1988. Elle vit à Paris. Elle a reçu le 14 septembre 2017 le prix Première plume du Furet du nord.

 

 

Un loup pour l’homme – Brigitte Giraud- Editions Flammarion

un loup pour l'homme                      UN SEUL DESIR :  SAUVER LES HOMMES !

« Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus » (Louis Calaferte).

Nous sommes en 1960. Antoine une vingtaine d’années, est appelé comme de nombreux jeunes à cette époque, pour une « mission de maintien de l’ordre » en Algérie. Sa jeune épouse Lila, enceinte ne peut simplement se résigner à attendre.  Difficile de se quitter, de laisser ceux qu’on aime. Que feront-ils alors ? Lila qui n’a pas froid aux yeux, a fortement envie de se retrouver de l’autre côté de la Méditerranée…. Ce qui est certain, c’est qu’ Antoine  ne veut pas tenir une arme et ne souhaite pas aller sur le front. Mettre toutes les chances de son côté pour revenir sain et sauf. Alors pendant ses classes, il demande à être incorporé comme infirmier. Il se retrouvera à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Il découvre les corps mutilés, les esprits choqués. Il devient le confident des « soldats en pyjama ». Sur place, il se découvre une vocation, soigne ses jeunes compatriotes avec application et sincérité. Certes, il n’a pas d’armes, mais est-ce mieux ?. Au contact de tous ces mutilés, Antoine sera confronté à la dure réalité de la guerre. Très vite, il se nouera d’amitié pour l’un d’entre eux : Oscar, un jeune homme amputé d’une jambe, enfermé dans un mutisme. Antoine arrivera-t-il à l’aider ? à échanger ?.

Avec pudeur et intensité Brigitte Giraud nous parle du quotidien de ces jeunes appelés  découvrant peu à peu le sens de leur présence en Algérie, sans qu’on le leur ait vraiment expliqué, de la jeunesse sacrifiée de ces garçons qui n’avaient pas vraiment envie de quitter leur campagne, leur ville….

Un beau roman sur un sujet sensible, lors d’une époque tourmentée (1954-1960) tant en France qu’en Algérie. Sous la plume délicate de Brigitte Giraud qui nous offre après cette  période plutôt amère, ce roman au goût et au parfum d’oranger…

Un grand plaisir de lecture et ce livre n’est pas sans nous rappeler « Jacob, Jacob » de Valérie Zenatti !

Marie-Christine

Un loup pour l’homme – 246 pages – Prix : 19 €uros.

Brigitte Giraud est née à Sidi-Bel-Abbès. Elle est l’auteur de nombreux romans traduits dans une douzaine de langues et largement récompensées, à l’instar d’« A présent »(Stock, 2001- mention spéciale du prix Wepler), de « L’Amour est très surestimé » (Stock 2007, Bourse Goncourt de la nouvelle 2007) et d’« Une année étrangère » (Stock, 2009, prix Jean Giono)

Bakhita – Véronique OLMI – Editions Albin Michel

BAKHITAEntrez dans l’histoire merveilleuse de BAKHITA !

CB : « Ouvrons un nouveau livre de cette rentrée littéraire ! Un livre très attendu, le coup de cœur de beaucoup de monde ! Pourquoi est-il si attendu ? »

MAD : IN-CROYABLE ! – Ce livre a une puissance, un livre très particulier, très lumineux…  J’avoue que, très tôt, j’ai lu  ce livre et je suis tombée sous le charme. Véronique OLMI, qui n’en est pas à son premier roman, a beaucoup de finesse, beaucoup de psychologie. Tous ses romans sont réussis, très fins, attachants.

Alors qu’un livre était en cours…. Véronique Olmi, en visite dans un petit village de Touraine (Langeais),  est entrée dans une église, s’attardant devant un portrait exposé dans l’église :  « la photo de Bakhita » ! – Et l’on apprendra que Bakhita est une jeune fille, enlevée au Darfour, dans les années 1875, alors qu’elle n’avait que 7 ans. Elle a vécu  l’horreur de l’esclavage, les razzias dans les villages enflammés puis, dans la panique la rafle d’ enfants ou de jeunes filles qui peuvent faire des enfants. Tout cela est très « bon à vendre » et se « vend très très bien ». C’est sordide ! Souvent, ce sont des villages qui se prennent pour aller se revendre. C’est tout une noria de marchands qui arrive d’un peu plus loin, pour un plus gros marchand etc…. Et l’on se dirige, jusqu’à Khartoum, pour vendre ces esclaves qui marchent dans des conditions épouvantables. Les scènes sur l’esclavage sont impressionnantes, dignes de « Racines » (Alex Haley) et de tous les très bons romans sur l’esclavagisme. Véronique Olmi est donc tombée sous le charme de cette jeune femme car, pour Bakhita, le plus grand drame de sa vie, c’est d’avoir été volée mais, c’est surtout d’être d’une très grande beauté. Et, finalement pour elle ce sera très compliqué. Elle aura plus de cinq maîtres, va être violée, battue, sa vie sera vraiment très difficile.

Elle vivra, en ne pensant qu’à sa maman qu’elle a perdue, oubliant progressivement tous ses souvenirs. Elle ne se souviendra même plus de son prénom ni du nom de son village. On lui vole son identité. Tous ces malheurs finalement forment un écran noir. Elle ne gardera qu’une chose… : la volonté de RE-SIS-TER, en ayant l’impression que sa maman surtout, et que certaines de ses amies lui tiennent encore la main, sa main.

Elle a toujours eu cette passion pour les enfants. Elle est lumineuse. Sa vie va se trouver  modifiée, le cours de son existence va changer lorsqu’en 1885, le Consul d’Italie va la ramener dans des conditions rocambolesques. Arrivée à proximité de Venise, elle croisera des personnes très importantes. Ce sera une seconde chance pour elle, puisqu’elle apprendra à lire, à parler difficilement l’italien. Elle va rentrer dans un couvent, se convertir puis finalement prendre le voile, devenir Sainte Joséphine Bakhita. Elle sera même canonisée par Jean-Paul II, en l’an 2000.

Une histoire de femme invraisemblable. La couverture de ce livre est magnifique : c’est la photo de Bakhita. Un personnage qui a complètement chambloulé la vie de Véronique OLMI qui nous offre un livre lumineux, merveilleux, plein de bonté, plein d’ouvertures aux autres, à la fois de souffrance et surtout de cette volonté de toujours faire le bien autour de soi.                                

Vraiment, un personnage hors norme !.

– CB : Dans une récente interview, Véronique OLMI décrit Bakhita comme une femme complexe, pétrie de force…

– MAD : Exactement. Parce que, pour résister à la vie qu’elle a eue, pour résister à cet acharnement, à cette violence, à ces privations, il fallait avoir une petite étoile au-dessus de la tête : sa maman ! Je pense qu’elle a rencontré, lorsqu’elle est arrivée en Italie, une famille, un réconfort extraordinaire qu’elle a trouvé, dans la religion. Elle a pu, après avoir enduré tant de souffrances, donner aux autres.

On peut donc parler de l’histoire merveilleuse de cette jeune esclave, BAKHITA !

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et M. Adélaïde Dumont (MAD)  en cliquant ici ! 

Marie-Adélaïde/M. Christine

« BAKHITA » – 455 pages – Prix : 22,90 €uros – Véronique Olmi est l’auteur de nouvelles, de théâtre, d’une bonne dizaine de romans dont : « La promenade des russes » (2008) – – « Le premier amour » (2010) – « Cet été-là » (2011) aux Editions Grasset – « Nous étions faits pour être heureux » (2012) – « La nuit en vérité » (2013) – « J’aimais mieux quand c’était toi » (2013) – Editions Albin Michel

 

L’école buissonnière – Nicolas Vanier – XO Editions –

l'ecole buissonnière nicolas vanierQue c’est beau ! Que c’est magnifique !

Un hymne à la nature, à la forêt, à la campagne, aux animaux sauvages…, à la liberté, en pleine Sologne.

« Au bout de l’allée forestière, là où la brume avait avalé le monde, quelque chose émergeait lentement, une chimère grandissant comme dans un rêve. Un cerf immense déchira le brouillard, sa ramure était si ample que, pendant un instant, Paul crut que l’ombre l’avait décuplée… »

Paul est un petit garçon de dix ans, il vit seul avec son père dans la banlieue parisienne. Sa maman, Mathilde est décédée à sa naissance. C’est alors que Jean, son père, cheminot à la Compagnie des chemins de fer, est réquisitionné, il doit se rendre en Algérie pour la construction de voies ferroviaires. Il n’a plus de famille. Il contacte Célestine, la nounou de sa femme défunte afin d’accueillir le petit Paul pendant quelques mois. Paul va se retrouver sur les terres natales de sa mère, en plein cœur de la Sologne. Plutôt habitué à la banlieue, il va faire la connaissance de Borel, époux de Célestine et garde-chasse du domaine du comte de La Chesnaye, de « Totoche » le braconnier puis Bella, cette belle et jeune gitane….jusqu’au jour où il tombera sur un cerf majestueux qu’il voudra protéger des hommes..  (mais, n’en disons pas plus !).

Paul a cette soif permanente  d’apprendre, de découvrir la faune et la flore, le sens de  l’écoute, de l’observation que c’est un réel plaisir d’être à ses côtés.

Une histoire qui rend hommage à l’enfance et à la découverte de la forêt, à travers une écriture tendre et émouvante. Dans ce roman, il sera question de patrimoine, de racines… et l’on s’attachera à tous les personnages. 

Et comme le dit la quatrième de couverture : « Avec ce roman d’apprentissage, Nicolas Vanier nous convie dans cette Sologne mystérieuse qu’il chérit depuis son enfance »

« Une ode à la nature, qui rappelle Maurice Genevoix, mais aussi une réflexion sur l’identité, les racines, l’amitié. Un texte à la fois fort et tendre, loin de l’agitation du monde ».

Un livre très agréable à lire.

Marie-Christine

Nicolas Vanier est l’auteur du film « L’école buissonnière » qui sortira en salles en octobre 2017 et il y aura certainement de très belles images.

« L’école Buissonnière » -xoéditions – Prix 19,90 €uros.

La soeur du Roi – Alexandra de Broca – Editions Albin Michel –

LA SOEUR DU ROI             La Fiction à la rencontre de l’Histoire

    Alexandra de BROCA  présentera son dernier roman : « La sœur du Roi »   Rencontre-dédicace Vendredi 23 Juin à 18hlibrairie DOUCET.

Alexandra de Broca est déjà venue à la librairie, en 2014 avec son excellent « Monsieur mon amour ». Il s’agissait de la vie de la Princesse de Lamballe.

Aujourd’hui, il est toujours question d’une princesse, mais encore plus haut placée puisqu’il s’agit de Madame Elisabeth, la plus jeune sœur de Louis XVI.

Le prologue nous mène tout de suite à la fin que nous connaissons bien : 1794, 20 Floreal de l’An II, Madame Elisabeth va être guillotinée. Un homme, François Dassy qui l’aime depuis si longtemps, assiste à cette exécution pour l’accompagner jusqu’au bout.

Le livre est ensuite composé de courts chapitres qui se répondent en quelque sorte : la vie de la Princesse Elisabeth face à celle de François Dassy.

En bonne historienne Alexandra de Broca a fait toutes les recherches nécessaires pour nous dresser le portait d’Elisabeth le plus proche possible de la réalité.

La Princesse est née en 1764 à Versailles. Elle n’a pas connu ses parents décédés trop tôt. Son grand-père Louis XV est proche d’elle et l’emmène visiter Trianon et ses jardins. Elle est curieuse de tout, admire les très réputés jardins botaniques et restera amie avec le Docteur Le Monnier, médecin et botaniste, qui s’est occupé des jardins.

Le portrait d’Elisabeth est très fidèle. Elle est brillante, très pieuse. Son mode de vie est très loin de celui de Marie-Antoinette.

Tout cela est vrai, fondé sur des éléments historiques mais Alexandra de Broca a voulu nous la montrer moins austère.la soeur du roi 2

Note de l’auteur à la fin du livre :  » Les historiens attribuent à la sœur de Louis XVI une histoire platonique avec un médecin et offrent ainsi l’image d’une femme attachante , loin du souvenir figé d’une princesse pieuse et prude. J’ai pris la liberté d’imaginer leur relation et d’inventer la vie de François Dassy, faute de sources historiques. »

François Dassy est donc botaniste dans les « Jardins du Roy ». Il est aussi protestant et  les difficultés pour le couple ne manquent pas.

Cela fait donc une jolie histoire sentimentale sur fond historique avec tous les personnages connus et bien réels de la cour et aussi sur fond des « Lumières » et de la Révolution qui monte.

Marie-José/M.Christine

« La soeur du Roi » – Alexandra de Broca – Editions Albin Michel – Prix : 22 €uros – 416 pages