REVEILLER LES LIONS – Ayelet Gundar Goshem – Editions Presses de la Cité –

Réveiller les lionsUn roman israélien impressionnant.

Je vous emmène à côté de Tel-Aviv. Un jeune médecin neurochirurgien, Ethan Green, par intégrité, s’est fâché avec le grand professeur qui dirigeait l’hôpital, se rendant compte que pour être mieux soigné, quelques billets dans une enveloppe permettraient d’accélérer le processus. Il va se fâcher et sera gentiment muté dans un hôpital d’une petite ville, en plein milieu du désert. Peiné, il déménage avec femme et enfants mais continue son travail. Il aime beaucoup ce qu’il fait, il y croit.

Puis, un soir après sa longue garde, pour rentrer chez lui, deux possibilités s’offrent à lui,  soit prendre l’autoroute ou passer par les dunes, avec le rutilant 4X4, cadeau de son épouse. La musique à fond, il fonce. La lune est extraordinaire, se dit-il ! Au moment même où il fait cette réflexion, un choc se produit et pense qu’il a percuté quelqu’un. Ce n’est pas un animal. Il a bien vu une silhouette. Ethan, médecin, pense que c’est grave,  descend de voiture, marche sur le sable jusqu’à ce corps étendu. La tension est à son maximum. L’homme est mourant. Rien n’y fait. Catastrophé, Ethan l’abandonne, rentre chez lui mais ne prévient pas. Il s’endort malgré ce poids sur la conscience.

Le lendemain matin, sa femme commissaire de police part avec les enfants. Quant à Ethan, il se réveille après un coup de sonnette. Devant la porte, se tient une magnifique femme noire. Cette femme le regarde au fond des yeux, sans rien dire, lui tend un portefeuille, en disant : – je pense qu’il vous appartient et que vous l’avez oublié hier soir ! Et là, la spirale de l’horreur s’enclenche. Cette femme migrante est érythréenne. Elle exige tout contre l’acte puisque, Ethan a tué son mari.

C’est une forme de chantage…, de chantage affectif et ce qu’elle lui demande est assez beau : devenir le médecin des migrants et former un hôpital de nuit où il devra travailler chaque nuit. Ça pourrait être une forme de rédemption mais c’est très compliqué parce que, lorsque vous mentez à votre hôpital, quand vous mentez à votre femme, vous vous enfoncez dans une espèce de négation. Vous vous sentez coupable.

Il a un rapport très trouble avec cette femme : amour, haine… Elle le dérange mais ensemble, ils vont accomplir des choses très fortes pour soigner tous ces migrants.

L’histoire ne va pas s’arrêter là ! Il faut bien trouver un coupable pour ce corps !

  • Qui est chargé de l’enquête ? Ce n’est autre que sa femme ! C’est tout un engrenage qui se mettra en place. Le coupable idéal ! Ça peut-être un bédouin qui traîne dans le désert. Mais évidemment, non coupable ! Ce qui entraînera des rebondissements. Il y aura des répercussions épouvantables. ……… A cela, va se lier le destin de cette femme Sirkitt, une femme absolument incroyable qui s’est révélée après la mort de son mari. On verra tout ce qu’elle a subi et va encore subir. Puis il y aura des histoires de trafics de drogue, des meurtres rituels….

Et on verra comment évolue la situation,  celle d’une femme qui connaît la vérité et celle d’un homme qui cache quelque chose !…….

Ce texte est impressionnant. Vous le lisez d’une traite, sans vous poser de question. Le style est fort. Vous embarquez dans cette aventure et on peut parler de thriller psychologique puisqu’on se rend compte que cette action, cette journée, il suffisait de cinq minutes de différence pour que tout cela n’arrive pas.

Marie-Adélaïde/M. Christine

Réécoutez Charlotte Bouniot et M. Adélaïde Dumont en cliquant ici

Ayelet Gundar Goshem est l’auteur de : « Une nuit, Markovitch »

Réveiller les lions – 412 pages – Prix : 22,50 €

 

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Les buveurs de lumière – Jenni Fagan – Editions Métailié-

les buveurs de lumièe« Les buveurs de lumière »

c’est le très beau titre du livre de Jenni Fagan !

MAD : Si vous avez un livre à lire, un livre d’anticipation, –il est vrai que l’on vous en présente peu- Lisez ce texte !  En fait, Jenni Fagan, c’est une poète. Elle a une écriture « crash », puissante, moderne et puis surtout de condensé de vie, absolument époustouflant !…

Nous sommes en 2020. Je vous emmène en Ecosse. Il fait grand froid. Il neige dans le Sahara et même à Jérusalem. Le monde est en train de subir une période glaciaire épouvantable. Tout le monde se réfugie comme il peut. On va suivre les aventures et la rencontre exceptionnelle de Dylan. Dylan c’est un géant barbu au cœur tendre, un peu inadapté à la société. Sa grand-mère Gunn et sa mère Vivienne avec qui il vivait dans un cinéma d’art et essai, viennent de décéder. Dylan tente de mettre les urnes contenant les cendres dans la valise, celle-ci ne fermant pas, alors il entrepose les cendres de l’une et l’autre, dans un pot de glace, puis dans un tupperware. Et le voilà parti (avec pour seul bagage les cendres des femmes de sa vie) vivre dans une roulotte au fin fond de l’Ecosse, d’où il verra passer le glacier, en train de fondre, refroidissant toute la planète (glacier à la dérive, que l’on aperçoit sur la première de couverture….)

Il va rencontrer des gens inoubliables. Il va trouver l’amour, trouver sa place dans la vie. Il y aura Constance. C’est une femme très débrouillarde, une femme très bricoleuse sachant tout faire. Elle vit également dans une caravane. Ils vont affronter des températures négatives qui oscilleront de moins 1°C à moins 5°C – voire jusqu’à moins 15°C -moins 50°C-60°C. Ils vont vivre dans des conditions épouvantables. (Vous verrez la fin !)

Il y a aussi Stella. Stella, c’est une histoire particulière. C’est la fille de Constance mais en fait, légitimement il s’agit de son ex-petit garçon. Et l’on va suivre les difficultés rencontrées chez cet adolescent, une adolescente qui change de sexe. Il y aura un sataniste persuadé que le monde court à sa perte. On se retrouve face à un gentil alcoolo, poète et rêveur. On va croiser énormément de personnages, mais ces trois personnages Dylan, Constance….ceux-là, vous ne les oublierez jamais !

C’est un texte d’une pureté, d’une beauté exceptionnelle ! Vraiment, ne vous posez pas de question, lisez ce livre, c’est l’un des plus beaux textes de la rentrée littéraire que j’ai lu aujourd’hui.

Une belle découverte.

CB  : – On vous sent vraiment très convaincue par ce roman « Les buveurs de lumière » ! Mais, j’ai quand même une question. Quand on parle de cette galerie de personnages, pourquoi les placer dans un roman d’anticipation ? Aurait-on pu les mettre dans un autre contexte ?

MAD : – Alors, je pense que l’auteur a voulu exacerber leur relation au monde, leur relation à ce monde difficile. Ils sont en marge de la société. Dylan n’a plus de travail, plus d’argent, son cinéma a été saisi. Constance vit de petits boulots, elle restaure des meubles qu’elle trouve dans une décharge. Ces personnages sont atypiques et je pense que leur réaction est peut-être un peu plus intéressante que celle de ces gens ayant une certaine stabilité, possédant une maison ou ayant un métier ; ils qui vont souffrir de cette période glaciaire…

CB : – De les placer dans un contexte difficile, ça exacerbe leurs sentiments, et cela vous allez le découvrir dans le roman coup de cœur de M.Adélaïde de la librairie Doucet !

Marie-Adélaïde/M-Christine

Jenni Fagan est née en Ecosse, en 1977 et vit à Edimbourg. Elle a publié de la poésie et remporté de nombreux prix littéraires. Son premier roman « Sauvage » (2013) publié dans neuf langues, a été unanimement salué par la critique et les lecteurs.

Les buveurs de lumière traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller – 300 pages – Prix : 20 €uros.

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et de M. A. Dumont (MAD) en cliquant ici !

 

La salle de bal – Anna Hope – Editions Gallimard- Du monde entier –

la salle de balAMOUR, AMITIE, et  MUSIQUE

LA SALLE DE BAL  

La version anglaise de « Vol au-dessus d’un nid de coucous » (The Times)

  anna Hope, actrice et écrivaine anglaise, a déjà écrit un très bon premier roman paru en France en 2016 : « Le chagrin des vivants » où elle fait le portrait de trois femmes à Londres après la Première Guerre mondiale.

Avec ce second roman anna Hope confirme son talent. Nous sommes en 1911, dans le Yorkshire, en Angleterre. Ne pensez surtout pas qu’il s’agisse de la description d’une époque avec ses salons, ses danses et ses mondanités. Ella a brisé une vitre de la filature où elle travaillait et en punition elle est conduite à l’asile d’aliénés de Sharston. Hommes et femmes sont séparés. Les premiers cultivent la terre et les secondes accomplissent des tâches à l’intérieur. Cependant, chaque Vendredi, tous se réunissent dans l’extraordinaire salle de bal quelque peu incongrue dans un tel endroit. C’est là qu’ Ella va danser avec John, un Irlandais taciturne dont nous apprenons peu à peu l’histoire. Au fil du temps ils s’éprennent l’un de l’autre. Un orchestre fait tourbillonner tout ce monde et le Docteur Fuller le dirige tout en observant les « patients ». Le Docteur Fuller est un ambitieux frustré et il  s’intéresse à l’eugénisme (mais Churchill aussi entre autres !) et il va loin dans ses projets de stérilisation pour « guérir les malades » et éviter ainsi les naissances issues de ces « simples d’esprit ». Cela ne peut évidemment que nuire à Ella et John qui sont loin d’être malades. On peut se demander qui sont les fous : le médecin ou les pensionnaires ? Les méthodes pour soigner les uns ou les autres sont plus que discutables. Tout ce roman est basé sur une vérité historique. Les noms du village et de l’asile ont été changés puisque Anna Hope a voulu écrire un roman avec des personnages de fiction. Cependant l’arrière-grand-père de l’auteure y a été interné à partir de 1909. L’asile fut ouvert en 1888, se transforma en hôpital et ferma ses portes en 2003. La somptueuse salle de bal existait réellement et les idées d’eugénisme, très méconnues en Angleterre à cette époque (et ailleurs aussi) ne sont pas une invention. 

Les personnages secondaires sont également très réussis mais c’est avant tout un roman à trois voix écrit avec beaucoup de délicatesse et de force à la fois.

C’est passionnant. Un grand coup de cœur pour un grand roman de la Rentrée littéraire 2017.

Marie-José/M-Christine

« La salle de bal » 400 pages – traduit de l’anglais par Elodie Leplat – Prix : 22 €uros.

 

 

 

Zouleikha ouvre les yeux – Gouzel Iakhina – Editions Noir sur Blanc

ZOULEIKAZOULEIKHA OUVRE LES YEUX

SUPERBE PORTRAIT DE FEMME TATARE PAR UNE EBLOUISSANTE ECRIVAINE TATARE 

L’histoire débute dans les années 1930 au Tatarstan, au cœur de la Russie. Zouleikha, l’héroïne de ce roman est née dans un village et n’a jamais vu Kazan, la ville principale.

Elle a été mariée très jeune à un homme beaucoup plus âgé dont elle subit le joug ainsi que celui de sa belle-mère, bien pire encore. La religion musulmane lui impose des règles, certes, mais c’est surtout la place et le rôle de la femme qui sont racontés ici, femme qui n’est bonne qu’à travailler et servir. 

Tout ce début évoque la dureté d’une vie et c’est d’une force incroyable.

C’est l’époque de la dékoulakisation voulue par Staline. Le mari de Zouleikha est tué et la famille, comme celle de beaucoup de villageois est expropriée, réduite à la misère.

Ils sont aussi tous déportés vers la Sibérie. On dit « déplacés », cela paraît moins rude !! Le voyage dure des mois, sous les ordres du commandant Ivan Ignatov. C’est lui qui a tué le mari mais, il y a en lui une humanité, un sens de la justice qui donnent de l’espoir à tous ces gens en exil, qu’ils soient paysans, intellectuels, chrétiens, musulmans ou athées.

A eux tous, ils vont établir une colonie au bord de la rivière Angara.

Zouleikha était enceinte de son mari après la mort de ses quatre premières filles. Elle met au monde un garçon, Youssov. Elle trouvera également l’amour. Peut-elle cependant atteindre le bonheur après tout ce qu’elle a vécu et toutes les menaces qui pèsent ?

Un style assez cinématographique qui donne encore plus de force à l’action, de la vivacité au drame mais aussi à l’amour et à la tendresse, cela en plein enfer.

 Un grand coup de cœur de la rentrée littéraire. Un très beau roman et de la littérature. 

Marie-José/M-Christine

Texte restitué et traduit du russe par Maud Mabillard – 464 pages – Prix : 24 €uros.

Gouzel Iakhina est née à Kazan, au Tatarstan (Russie). Il s’agit ici de son premier roman, best-seller en Russie dès sa parution en 2015. Il a obtenu de nombreux prix. Prix Transfuge 2017 du meilleur roman russe. Il est traduit en plus de vingt langues.

La perle et la coquille – Nadia Hashimi – Editions Bragelonne-Milady –

la perle et la coquille.jpgLA VIE DES FEMMES AU TEMPS DES TALIBANS.

Nous sommes à Kaboul en 2007 et les Talibans font la loi. Nadia Hashimi va nous conter l’histoire de deux femmes (Shékiba et Rahima) à un siècle d’intervalle. L’une est l’arrière grand-mère de la seconde.  Les destinées de celles-ci vont se croiser et on va découvrir ce qu’est la condition féminine des femmes Afghanes. Avec un père toxicomane, Rahima issue d’une famille de cinq filles ne peut quitter la maison. Le seul espoir serait qu’elle devienne, selon une tradition afghane, une basha posh : petite fille travestie, se comportant comme un garçon, jusqu’à la puberté pour ensuite, retrouver son rôle de fille. Alors elle devient Rahim, est libre de sortir, échappe aux corvées et peut jouer au foot avec des garçons. Elle sera la seule de la fratrie à fréquenter l’école. Souvent, ces jeunes filles sont mariées contre leur gré, entre 12 et 14 ans, comme seconde, troisième ou quatrième épouse.  Son père va la vendre à un homme aussi âgé que lui, alors qu’il possède déjà trois épouses ; deux  d’entre elles feront souffrir Rahima,  la traitant en esclave. Soumise, martyrisée par son mari et sa belle famille, elle ne se consolera qu’auprès de son fils et trouvera un peu de réconfort auprès de la deuxième épouse de son mari. La tante de Rahima, Khala Shaïma restée célibataire, en raison d’une infirmité, vit dans une ferme familiale (jusqu’au jour où sœurs, frères et père décèdent) ; elle se retrouve seule à travailler comme un homme, lui racontera l’histoire de Shekiba, leur bi-aïeule qui avait déjà tenté de résister au régime autoritaire des hommes et des harems. Cette histoire va marquer Rahima, lui servir de soutien, lui apporter un peu d’espoir aussi…  et, ce sera sa force.

Le lecteur est complètement happé par cette histoire familiale. Un roman bien raconté qui nous fait entrer pleinement dans la vie de ces deux femmes afghanes pour lesquelles nous éprouvons beaucoup de sympathie à leur égard.

Marie-Christine. 

« La Perle et la Coquille » de Nadia Hashimi a obtenu le prix des lectrices, en 2016.

Nadia Hashimi vit avec sa famille dans la banlieue de Washington, où elle exerce le métier de pédiatre. Ses parents ont quitté l’Afghanistan dans les années 1970, avant l’invasion soviétique. Ils sont retournés dans leur pays d’origine pour la première fois en 2002 avec leur fille. Un voyage marquant qui lui permet de découvrir sous un nouveau jour l’histoire et la culture afghanes dont ses romans sont imprégnés.

« La Perle et la Coquille » – Traduit par Emmanuelle Ghez – 7,90 €uros. – « Si la lune éclaire nos pas « – (2016) – « Pourvu que la nuit s’achève » (2017)

 

La servante écarlate – (« The Handmaid’s Tale) – Margaret Atwood – Pavillon Poche – Robert Laffont

La-servante-ecarlateLA SERVANTE ECARLATE  renaît 30 ANS après ! 

(1987 Editions Laffont – 1985, aux USA)

Note de l’éditeur : « Trente ans après la première publication de La Servante écarlate, l’édition de ce titre a été augmentée d’une postface de Margaret Atwood où elle nous livre avec son brio habituel les secrets de l’écriture de son chef-d’œuvre d’anticipation.

Pourquoi lire ce livre ? Deux raisons essentielles. Parce que c’est l’un des grands romans du XXème  siècle, et parce que Defred est un magnifique personnage féminin, au regard incisif teinté d’ironie. Courageuse, intelligente, débrouillarde. A l’image de sa créatrice, en somme. Deux raisons parmi tant d’autres. »

Margaret Atwood nous propose une immersion dans un futur où la population est devenue dangereusement infertile et où les femmes sont réduites à leurs capacités reproductrices. Defred, servante écarlate, au service de la République de Gilead (une dictature théocratique inventée par Margaret Atwood pour son roman) nous raconte son quotidien. Elle est reconditionnée par d’autres femmes-bourreaux, avec pour mission :  procréer.  Elle nous parle de son corps qui n’est plus qu’un instrument de reproduction, elle évoque ses journées plus que banales, avec ses rêves d’évasion, voire de suicide. Après avoir été arrachée à son emploi, pour devenir une matrice, les souvenirs reviennent : le temps d’avant, la vie avec Luke et leur petite fille. Sont-ils toujours en vie ou prisonniers ? Pour elle, tout est détruit  : sa vie de couple, ses études, sa copine Moira.

Ces femmes qui ne peuvent avoir ni argent, ni travail  sont rattachées à différentes castes : « Les Epouses » chastes et sans enfant –  « Les Marthas » maîtresses de maison (vêtues de robes vertes) et « Les servantes » sont habillées de rouges avec une cornette blanche. « On ne voit pas les Epouses des Commandants sur les trottoirs, elles sont dans les voitures. »

Un roman d’anticipation qui secoue. Un livre, très poignant qui fait réfléchir sur la société. Et la question que l’on  se pose : Comment peut-on vivre, en étant privé de ce bien le plus précieux qu’est la liberté ? Par certains aspects, on pense à « 1984 » de George Orwell….

A LIRE ou A RELIRE – A transmettre aux plus jeunes générations.

 

M. Christine.

Margaret Atwood connaît le succès international en 1985, avec « La servante écarlate » – 513 pages – 11.50 €uros – Traduit de l’anglais (Canada) – par Sylviane Rué. Récompensé par le prix Arthur C. Clarke. Margaret Atwood est l’auteur d’une quarantaine de livres : fiction, poésie, essais critique ou livre pour enfants. « Captive » (1998) – « Le tueur aveugle » (2002) et la Trilogie « Maddadam » avec « Le Dernier Homme » (2005)- « Le Temps du déluge »(2012) – et « Maddadam« (2014)

Les Dieux du tango – Carolina de Robertis – Editions Le Cherche Midi –

les dieux du tango             Que vous aimiez danser -ou pas-  ce livre est pour vous !

 Je vous l’ai dit que vous alliez danser,  dès le titre, avec ce gros roman  qui se lit d’une traite…ou presque !

Le nouveau roman de Carolina de Robertis est basé sur une histoire vraie qui commence en 1913 -le 4 Février- lorsque Leda arrive en Argentine.

Elle vient d’Italie, d’un petit village près de Naples. Elle y laisse sa famille et un passé lourd et mystérieux qui se dévoilera au cours du roman.

La veille de son départ elle s’est mariée par procuration avec son cousin Dante, déjà en Argentine et qui l’attend. Lorsqu’elle arrive à Buenos Aires, à la descente du bateau, elle apprend que Dante est mort. La voilà veuve,  avec pour seule richesse le violon de son père. Elle a envie de rester pour connaître ce nouveau monde et surtout cette nouvelle musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de Buenos Aires : le Tango.

Bien sûr il est interdit aux femmes de jouer. D’une part elles n’ont pas leur place et d’autre part elles prennent des risques. Alors elle décide de mettre le costume de son mari décédé et elle se lance dans le monde de la nuit sous le nom de Dante.

C’est passionnant de découvrir l’autre personnage principal Buenos Aires  et l’Argentine du début du siècle. C’est la pauvreté, la solidarité, la condition des femmes trop souvent malmenées par les hommes. C’est l’homosexualité féminine qui fait prendre de gros risques en ce début du XXème siècle. 

Comment Leda, devenue DANTE, va-t-elle pouvoir assumer sa nouvelle identité ? C’est le tango, encore le tango et le précieux violon qui vont le lui permettre, cette danse sensuelle qui plaît à tous.

Cette musique rendue vivante par les mots de Carolina de ROBERTIS est très envoûtante pour le lecteur.

                                           Et bien… dansez maintenant !!  

Marie-José/M. Christine

 D’origine uruguayenne, l’auteure vit désormais en Californie. Elle a travaillé pendant dix ans pour une association défendant le droit des femmes et on le ressent très bien dans ce livre. Son premier roman « La montagne invisible » a été traduit dans 17 pays.

« Les Dieux du tango » – Carolina de Robertis – 544 pages – Prix 22 €uros

La nature exposée – Erri de Luca – Editions Gallimard – du monde entier –

erri de luccaL’art, la nature et les hommes !

« Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Eglise veut récupérer l’original. Il s’agit de retirer le drapé. » J’examine la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu’en la retirant on abîmera forcément la nature.

« Quelle nature ? « 

**La nature, le sexe, c’est ainsi qu’on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi. »

Le narrateur, ancien mineur, alpiniste, sculpteur et passeur, vit dans un petit village au pied de la montagne. Sur le chemin des contrebandiers, la nuit il fait passer de l’autre côté de la frontière, des voyageurs désorientés, pour finalement leur restituer leur pécule à l’arrivée. C’est son secret ! Jusqu’au jour où rejeté du village,  il se voit contraint, à la suite d’une dispute avec son ami le forgeron, de descendre vers une ville portuaire. Sur la côte, il fait la connaissance d’un prêtre qui le sollicite pour restaurer un christ en marbre…, c’est-à-dire, ôter le drapé du christ en croix, afin de lui rendre « sa nature »**. Pour mener à bien sa tâche, notre narrateur n’hésitera pas à consulter un prêtre (approche de la signification symbolique du poisson),  un rabbin (astronome à ses heures) et même un ouvrier algérien (qui travaille dans une carrière de marbre). Trois visions, trois confessions différentes. Il n’hésitera pas non plus, à se rendre à Naples pour examiner les statues des dieux antiques.

Avec beaucoup de compassion et de poésie, Erri de Luca signe un roman profond qui explore la nature à la montagne, l’art et le religieux , sans oublier Naples….

Un texte très bref mais dense. Des réflexions sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés.

Marie-Christine

« La nature exposée » – Editions Gallimard – Traduit de l’italien par Danièle Valin – Prix : 16,50 €uros.

Né à Naples en 1950, Erri de Luca est écrivain, poète et traducteur. Il est l’auteur d’une œuvre abondante, publiée par les Editions Gallimard et partout dans le monde, dont les romans « Montedidio » (2002, prix Femina étanger) et « Le poids du papillon » (2011) ou plus récemment son recueil de textes autobiographiques « Le plus et le moins « (2016)

 – page 72 : le mot contrebandier me pousse à intervenir. Je pense que moi aussi j’ai réduit le bagage des traversées. Je dis qu’un livre sert de porte-bonheur, de compagnons de voyage, d’ange gardien. Il sert même de passeport à ceux pour qui il est sacré. Chez moi, à la frontière des hommes passent avec ces pages imprimées.

La maison au bord de la nuit – Catherine Banner – Editions Presse de la Cité

Catherine banner

Un siècle de vie sur une île avec ses mystères et ses légendes.

« La maison au bord de la nuit »               

Castelmare est une île, un caillou au large de la Sicile.

L’histoire commence en 1914 quand Amadeo Esposito arrive sur l’île en tant que médecin.

Il est né en 1875 à Florence où il fut abandonné puis élevé par un médecin qui lui transmit sa passion. Amadeo a également une autre passion, celle des histoires, des légendes, qu’il retranscrit dans son carnet rouge.

A Castelmare il remarque tout de suite « La maison au bord de la nuit« . C’est le nom d’un café où tout le monde se réunit, surtout pour la Sant’Agata qui a fait tant de miracles aux dires des habitants.

Amadeo trouve l’amour auprès de deux femmes mais il va construire sa vie avec l’une et cela va créer un secret…que tout le monde connaît plus ou moins et enjolive à sa manière.

Amadeo et sa femme Pina ont des enfants. Les trois fils partent à la guerre (la seconde guerre mondiale) et malheureusement ils disparaissent. Seule reste la fille, Maria-Grazia, handicapée mais qui grâce à sa volonté indéfectible devient la force de la famille. C’est elle qui pour la deuxième génération tient le café de main de maître et le fait prospérer, en dépit des drames, des traîtrises, des malheurs et même des catastrophes. Cela n’empêche pas les belles histoires d’amour, la solidarité et bien sûr les mystères de l’île.

Que deviendra la troisième génération ?

Ce roman est une saga familiale et aussi une fable, un conte.

L’auteure a consulté les archives concernant le fascisme en Italie et trois grandes chroniques de contes populaires italiens et siciliens, en plus de ceux qu’elle a créés de toute pièce. 

C’est très beau. On tombe, on se relève, c’est la Vie. On est aussi dans l’enchantement, « le merveilleux  » au sens ancien.
Un très bon livre pour les vacances.

 Marie-José/M.Christine

Catherine Banner est née à Cambridge, elle vit à Turin et se consacre à l’écriture. Elle a déjà publié une trilogie pour jeunes adultes. Il s’agit ici de son premier roman, en cours de traduction en 25 langues.

 

Dans la forêt – Jean Hegland – Editions Gallmeister – Collection nature writing

dans la foret UNE QUESTION DE SURVIE !

Nellie et Eva sont deux sœurs (17 et 18 ans) vivent en Californie dans une grande maison en bordure d’une immense forêt  qui les sépare de la ville.  Puis au fil du temps, le confort disparaît, ( eau, gaz, électricité, internet, radio, téléphone : tout disparaît !) Alors que leurs parents sont décédés, elles vont devoir  faire face et apprendre à survivre, seules.

Elles qui  ne voyaient cette forêt que comme une barrière avec la ville, vont découvrir  ce territoire et les bienfaits qu’il dispense  avec un autre regard. Une question de survie qui fait réfléchir car, si effectivement, tout nous manquait, si le matériel, si la modernité venaient à disparaître, si tout nous laissait tomber, que deviendrions-nous ? Enfin, soyons optimistes, faites comme Nellie et Eva, c’est la « débrouillardise » et tout peut redémarrer… Laissez-vous happer par ce livre-refuge et, tout en la respectant,  enfoncez-vous dans la forêt pour y vivre douillettement, faites comme ces deux sœurs,  apprenez à vivre, à survivre,  tout comme Nellie, qui apprendra même à connaître les plantes médicinales, afin de soigner sa sœur !. Nous suivons Nellie et Eva tout au long de leur histoire, nous vivons à leurs côtés, dans la plus grande simplicité. Après avoir connu de belles heures aux côtés de leurs parents,  elles apprennent surtout  à se contenter de peu de choses…

Un livre magnifique, très émouvant. Un texte poétique, plein d’espoir !

« Jean Hegland est née en 1956 dans l’Etat de Washington. Après  avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur et se lance dans l’écriture. Son premier roman, « Dans la forêt »  paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant . Elle vit aujourd’hui au milieu  des forêts du nord de la Californie et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture. »

M. Christine.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheporte – Ed. Gallmeister – 302 pages – 23,50 €