La vie secrète des arbres – Peter Wohlleben – Editions Les Arènes –

la vie secrete des arbresPromenez-vous dans les bois, pendant qu’il en est encore temps ! – Un livre parfait pour les amoureux de la forêt !

Un grand BRAVO  et Un grand MERCI ! à Peter Wohlleben pour ce merveilleux livre qui nous éclaire sur « La vie secrète des arbres », « Ce qu’ils ressentent. Comment ils communiquent ».1003698-peter-wohllebenjpg

« Enfant, Peter Wohlleben voulait protéger la nature. Devenu forestier, il s’est mis au service de son employeur, l’administration forestière de l’Etat allemand. Puis, en appliquant les consignes de celle-ci, il s’est mis à martyriser les arbres, la forêt, celle qu’il pensait protéger, aimer, chérir…. »

Il se souvient :  » Il en savait autant sur la vie secrète des arbres qu’un boucher sur la vie affective des animaux » De l’exploitation forestière intensive, source de matière première pour les scieries, il est passé à autre chose. Tout a changé au contact des promeneurs, des randonneurs de « sa forêt » au sud de Bonn (commune de Hümmel). Ils  lui ont changé son regard et sa vision des choses, remettant en cause sa façon de travailler. Depuis, il dirige une forêt écologique, il chouchoute les hêtres, plaide surtout pour le minimum d’intervention humaine dans les forêts… C’est un amoureux du hêtre des voyageurs ! Il faut dire qu’avec sa ramure de cerf ou ses branches de chandelier, ce hêtre a fier allure !7095112lpw-7095321-article-jpg_4118070

On pense ne rien avoir à apprendre des arbres. Bien au contraire, nous avons tout à apprendre de leur vie, de leurs échanges, de leurs racines, de leur mémoire également.

OUI, dans ce livre très pédagogique, érudit mais ô combien nécessaire, vous apprendrez que les arbres communiquent entre eux, qu’ils sont solidaires entre eux car ils sont capables de prévoir un danger, de s’en prémunir, d’alerter leurs congénères, de s’aider, de protéger les plus faibles.

OUI, c’est un livre très clair, bien construit, passionnant à mettre entre toutes les mains !

Que l’on soit de milieu rural, que l’on soit citadin, ou professionnel forestier, ce livre nous touche tous. D’un chapitre à l’autre (très courts), nous sommes aux côtés de l’auteur, nous avançons à notre rythme, pour une belle leçon de sciences, de botanique, pour une magnifique et belle promenade forestière, en compagnie de la faune, de la flore, de toutes ces petites « bébêtes » qui parfois nous font surgir, mais ô combien utiles !

Quelle magnifique couverture !

Certes, direz-vous, il aura fallu abattre bon nombre d’arbres pour produire ce livre mais c’est pour la bonne cause, écrit pour mieux nous faire réfléchir, essayer de comprendre la gestion de la forêt, la pratique de l’écoforesterie sensée, si chère à Peter Wohlleben qui prône pour le retour à la forêt primaire.

Prenez-en de la graine, ce livre est vraiment rafraîchissant ! Après cette excellente lecture, peut-être aurez-vous envie d’entourer vos bras autour des arbres, de les choyer et pourquoi pas leur parler ?arbre dans vos bras

Et, pour comprendre, pas besoin d’aller bien loin, juste à côté de chez vous et vous ne regarderez plus les arbres et les vieilles souches de la même façon !.. Allons communiquer avec eux, il faut les protéger davantage.

Et que dire du sort des arbres en ville ? « Mieux vaut éviter d’éclairer les rues toute la nuit, car les arbres ont besoin de dormir, comme nous ! »

Un livre à faire circuler de toute urgence car « les forêts peuvent nous aider à lutter contre le changement climatique, à condition que nous leur permettions de faire leur job », nous dit Peter Wohlleben!

Ainsi, la canopée, le houppier, les oribates, les collemboles et les polychètes n’auront plus de secret pour vous !….

En fin d’ouvrage, vous trouverez un « Plaidoyer pour le respect des arbres ».

Marie-Christine

La vie secrète des arbres – Peter Wohlleben – Editions « Les Arènes » – Prix 20,90 € – Un livre vendu numéro un, en Allemagne, tiré à plus de 650 OOO exemplaires, traduit en 32 langues, devenu best-seller en Amérique, très prisé en Chine et au Brésil. Traduit de l’allemand par Corinne Tresca.

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Marx et la poupée » Maryam MADJIDI -Editions Le Nouvel Attila-

MARX ET LA POUPEE   « JE NE SUIS PAS UN ARBRE, JE N’AI PAS DE RACINES »

Cette phrase, superbe, appartient au roman autobiographique de Maryam MADJIDI, intitulé « Marx et la poupée ».

Les parents de Maryam sont iraniens et communistes. Ils vivent à Téhéran et vivent en même temps la révolution. Maryam a six ans quand elle suit ses parents en exil à Paris.. Nous sommes alors en 1986.

Maryam revit ses souvenirs dans ce beau récit jusqu’en 2012 et, à l’âge adulte ils deviennent presque des « Il était une fois ».

Le thème principal est donc l’exil avec l’abandon du pays, le manque de la grand-mère restée là-bas, la perte des jouets que la petite fille ne peut pas emporter et surtout la perte du persan au profit du français.

Au gré et au rythme des séjours à Pékin, à Istanbul, des allers-retours à Téhéran, l’équilibre va enfin s’installer entre le passé et le présent. La poésie, omniprésente y contribue pour beaucoup.

« Il était une fois/ Un mot/ Sans cesse répété/ Etalé sur la surface de la terre/ Noyé au fond des yeux/ Glissant lentement sur l’eau/ Rythmé par les battements du cœur/ Il était une fois (….) Souffle/ Souffle/ Vent de ma vie/ Souffle/ Souffle/ Et fais durer les souvenirs. »

C’est très beau, très fort, parfois même violent mais aussi plein d’humour, avec une première de couverture originale et très poétique qui annonce cette très belle écriture.

Un premier roman particulièrement réussi.

Marie-Jo/M-Christine

« Marx et la poupée » – Maryam Madjidi – Le Nouvel Attila – Prix : 18 €uros

Les mots entre mes mains – Guinevere Glasfurd – Editions Préludes

LES MOTS DESCARTESLA SERVANTE ET LE PHILOSOPHE 

« Les mots changent tout, même ce que je pense ».

Hexagone, quel mot étrange ! Si on pouvait le manger, il aurait un goût de cerise. »

Une servante hollandaise devenue la compagne de René Descartes (Eh oui !…..Descartes, le philosophe). C’est un épisode méconnu de la vie de Descartes que Guinevere Glasfurd nous dévoile. Nous sommes au XVIIème siècle, à Amsterdam. Helena Jans van der Strom vient d’un milieu très modeste, elle est intelligente, très avide de connaissances. Cette jeune femme  en avance sur son temps est autodidacte, fascinée par les mots. Elle a appris à lire et à écrire seule. Elle travaille comme servante chez un libraire, Monsieur Sergeant. Un jour débarque René Descartes  chez son ami, libraire, qui l’héberge. Descartes tombe amoureux de la servante. Très vite une complicité va s’installer entre la servante et Descartes qui en fait sa maîtresse. Un enfant naît, une petite fille prénommée Francine, mais il ne change rien à sa vie :   Descartes est plongé dans ses écrits (nous sommes au moment de l’écriture et de la publication du « Discours de la méthode ») et Héléna attend patiemment, toujours amoureuse des mots, toujours avec  son appétit de vivre et la même soif d’apprendre.DESCARTES

Ils n’ont pas le même statut social ni la même religion. Le « Monsieur », comme elle l’appelle est catholique. Héléna est protestante. Il voit Hélèna quand bon lui semble et lui apporte son aide matérielle.

Guinevere Glasfurd fait revivre Amsterdam en 1630, sur fonds de l’époque du « siècle d’or », ce passé où les femmes n’avaient pas d’autre fonction que faire le ménage si elles étaient issues de milieu modeste, ou n’être qu’épouse ou mère. ! Elle resitue les personnages dans cette période, s’appuyant sur des faits réels, car c’est bien une  histoire d’amour véritable, mais ô combien compliquée…Une époque complexe, peu favorable à l’émancipation des femmes.

Un premier grand roman très passionnant, plein de passion et de surprises. La lecture et l’écriture, l’encre et le papier tiennent une place centrale dans ce livre car c’est ce qui va lier le philosophe et la servante. C’est un roman  captivant, troublant et à la fois bouleversant.

Bravo à Guinevere Glasfurd qui fera battre votre coeur ! Vous pourrez rire et pleurer…. C’est une belle histoire d’amour, un très beau roman historique qui devrait vous ravir car vous vous attacherez à Héléna, la principale héroïne de cet excellent roman.

Lisez ces « mots entre les mains », vous ne serez pas prêts de les oublier ! Vous penserez longtemps à Héléna puis à Descartes qui vous donnera peut-être envie de cogiter, de relire « Le discours de la méthode », les « Essais » ou les « Méditations Métaphysiques », de redécouvrir, de vous réconcilier avec Descartes tout simplement ! Descartes vu sous un autre jour, moins rigide, moins rigoureux !

Si vous aimez les romans historiques,  l’ambiance d’Amsterdam au XVIIème siècle, si vous avez aimé « La jeune fille à la perle«  de Tracy Chevalier ou « Le Miniaturiste » de Jessie Burton, ce livre est pour vous !

Et comme la première de couverture de ce  livre fait penser aux tableaux de Vermeer, visitez  l’exposition Vermeer  qui se tient au Musée du Louvre à Paris jusqu’au 22 mai 2017 !

Après des nouvelles reconnues, « Les Mots entre mes mains est le premier roman de Guinevere Glasfurd. Très investie auprès des artistes du Royaume-Uni et d’Afrique du Sud à travers l’Artists International Development Fund, elle collabore également avec l’association de femmes écrivains de l’est de l’Angleterre. Words an Women. Elle vit en bordure des Fens près de Cambridge.

Marie-Christine

No home – Yaa Gyasi – Editions Calmann Lévy

No homeYaa  GYASI 27 ans seulement , signe son premier roman :

« NO HOME » 

Un roman ambitieux, mais incontournable  !

(entretien par Charlotte Bouniot avec Marie-Adélaïde, librairie Doucet)

CB : Marie-Adélaïde, vous allez nous présenter un premier roman, le premier roman de Yaa GYASI. Elle a seulement 27 ans. Elle s’est lancée dans un roman un peu ambitieux puisqu’elle nous raconte quand même trois siècles d’histoire autour d’une fresque familiale sur deux continents. Expliquez-nous !

MAD : Extraordinaire ! Huit générations !

Ce livre prend le thème très ambitieux de l’esclavage et de la transmission. Il va casser les idées reçues en ce sens que ce ne sont pas seulement les blancs, américains, britanniques qui ont fait ce commerce d’esclaves mais également les africains eux-mêmes ; c’est-à-dire que des ethnies africaines de cette région d’Afrique ont pris des villages qu’ils ont pillés et ont vendu leurs propres frères et sœurs, comme esclaves. Donc, l’exemple que va prendre YAA GYASI est très simple, c’est l’histoire d’une jeune esclave Ashantie. Elle a eu un enfant, une petite fille Effia, avec le Roi de ce village. Elle est très malheureuse, elle va partir, abandonnant sa fille, puis revenir dans son village dévasté et avoir une nouvelle petite fille, Esi. Ses deux filles auront un destin totalement différent. En souvenir, elles auront un collier avec une perle noire, venant de leur maman, qui servira de fil conducteur à cette histoire puisque nous allons suivre les huit générations des descendants de ces deux demi-sœurs. Celle qui va rester en Afrique. Celle qui va épouser un côlon britannique. Celle qui va avoir un destin de Reine. Sans le savoir, sous ses pieds, dans le fort où elle habite, il y aura sa sœur qui sera détenue, puis celle des descendants des fils, sa demi-sœur qui arrivera, très rapidement aux Etats-Unis, dans ces champs de coton, ces esclaves dont on connaît les destins car ils connaîtront cette vie très dure jusqu’au moment où cela s’améliorera dans les années soixante.

Des deux côtés, on va suivre ces huit générations. C’est absolument poignant. C’est un roman d’une ambition rare. On apprend énormément de choses, entre Histoire avec un grand « H » puisque c’est la vérité historique et également romanesque puisque c’est avec brio que  YAA GYASI cette jeune femme de 27 ans- a comblé les trous, réussissant à faire une fresque absolument inoubliable, exceptionnelle. C’est pourquoi j’invite tout le monde à lire  NO HOME, ce livre qui nous apporte vraiment beaucoup.

CB : A la passionnée que vous êtes, Marie-Adélaïde, cela vous impressionne-t-il qu’à 27 ans on puisse écrire un tel roman ?

MAD : Ah ! oui vraiment. Il est d’une telle ampleur. Il est absolument émouvant. Imaginez, huit générations, sur deux filiations. On est donc sur 16 personnages. Il doit y avoir un point d’encrage entre chacun. Très gentiment, elle joint un arbre généalogique fort utile. C’est un travail énorme pour un premier roman. Je pense qu’on a un grand auteur, en devenir.

 NO HOME. Un premier roman à découvrir absolument ! 

UN ROMAN  MAGISTRAL !

CB : UN PETIT RAPPEL, Marie-Adélaïde pour une rencontre-dédicace importante qui se déroulera à la Librairie Doucet.

MAD : Exactement ! Nous avons la chance de recevoir un auteur très brillant puisque :

  • DANIEL PENNAC sera présent   SAMEDI 18 MARS à 15 h30 pour les dédicaces et conférence à 16 h pour « Le cas Malaussène » à la librairie Doucet.

Marie-Adélaïde/Marie-Christine

Réécoutez l’émission France Bleu Maine en cliquant ici !

Yaa Gyasi, 27 ans, est née au Ghana avant d’émigrer aux Etats-Unis, à l’âge de 2 ans. Lectrice précoce de Toni Morrison, elle est diplômée de la prestigieuse Université de l’Iowa. Un voyage du Ghana déclenche son désir d’écrire No Home. Best-seller immédiat encensé par la critique américaine, ce premier roman magistral est sur le point de devenir un phénomène mondial. No Home est traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Damour – 410 pages – prix : 21,90 €uros.

Petit pays – Gaël Faye – Editions Grasset

petit-paysCe jeudi 17 novembre, au premier tour de scrutin (9 voix) devant « Continuer » de Laurent Mauvinier (Editions de Minuit), c’est Gaël Faye qui décroche le prix Goncourt des lycéens 2016 pour « Petit pays ». Il  succède donc à  Delphine de Vigan pour « D’après une histoire vraie » (JC Lattès).  Elle était également lauréate du prix Renaudot 2015.

Félicitations à Gaël Faye.

Lisez « Petit pays »,   Ecoutez l’album « Pili Pili sur un croissant au beurre » de Gaël Faye et vous serez comblés ! Comment raconter  l’inexplicable, l’insoutenable ?

roman commenté sur le blog le 21/10 : Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète puis écrivain signe ce premier roman en nous relatant le drame rwandais, grâce à la voix enfantine de Gabriel (dit Gaby) âgé de 10 ans, avant que ne débute le génocide. Gaby sera le narrateur qui pratique malgré tout l’humour quand il relate les explications de son père entre Hutus, Tutsis et les raisons de la guerre…

L’histoire est inspirée de son enfance, celle d’un enfant métis, d’un père français et d’une mère rwandaise, d’ethnie Tutsi, vivant au Burundi, dans les années 1992. Il a une petite soeur Ana. Il habite le quartier international de Bujumbura où la famille est installée, quartier d’expatriés, plutôt paisible. Gabriel passe son temps entre la maison, l’école et se lie à une bande de copains avec qui il fait les 400 coups. Le couple se délite. La séparation va le perturber. Il nous raconte comment la guerre a éclaté, ravagé son pays, volé son enfance et tué les siens.

Peu à peu la guerre civile s’installe. Fini le jardin de jonquilles, le parfum de citronnelle. La cueillette de mangues a plutôt un goût amer. Fini les pirogues en tronc de bananier au bord du Tanganyika. Il se croyait encore un enfant, il se découvre métis, Français Tutsi….. une histoire, une tragédie qui a fait grandir Gabriel, un adieu à l’enfance plus vite que prévu.

Puis heureusement, il y a comme échappatoire la lecture avec de superbes passages, à propos des livres de la bibliothèque de Madame E. qui viennent adoucir les horreurs de la guerre (page 168) :

« Un après-midi, j’ai croisé Madame E. […] Elle m’a invité dans sa maison pour m’offrir un jus de barbadine. […] Dans son grand salon, mon regard a tout de suite été attiré par la bibliothèque lambrissée qui couvrait entièrement un des murs de la pièce. Je n’avais jamais vu autant de livres en un seul lieu. Du sol au plafond.

Vous avez lu tous ces livres ? Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les plus grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.

Un livre peut nous changer ? – Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. comme un coup de foudre. Mes doigts couraient sur les rayonnages, caressaient les couvertures, leur texture si différente les unes des autres. J’énonçais en silence les titres que je lisais. […] »  » Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis ».

ou comme ce magnifique échange épistolaire entre Gabriel et Laure, sa correspondante française (à Orléans), lorsqu’il est collégien.

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie » (p.185)

Un roman sur l’exil, la nostalgie de son enfance, sur le déracinement, sur l’histoire du Burundi. Un parfum d’enfance africaine au goût amer qui le hantera à tout jamais mais que l’auteur tente d’adoucir grâce à sa magnifique plume poétique qu’il manie avec grande habileté.

Ainsi, Gaël Faye fait renaître ce « Petit pays« , le Burundi, en nous offrant ce premier « grand roman » de 216 pages qui est une réussite. Sachez que « Petit pays» est en lice pour le Goncourt dont la proclamation du lauréat  est prévue  vendredi 4 novembre. GONCOURT qui ne l’a pas retenu mais obtient ce 17 novembre le GONCOURT DES LYCEENS ! BRAVO !

Marie-Christine

Petit pays – Gaël Faye – Editions Grasset –

petit-paysLisez « Petit pays »,                                                                           Ecoutez l’album « Pili Pili sur un croissant au beurre » de Gaël Faye et vous serez comblés !

Comment raconter l’inexplicable, l’insoutenable ?

Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète puis écrivain signe ce premier roman en nous relatant le drame rwandais, grâce à la voix enfantine de Gabriel (dit Gaby) âgé de 10 ans, avant que ne débute le génocide. Gaby sera le narrateur qui pratique malgré tout l’humour quand il relate les explications de son père entre Hutus, Tutsis et les raisons de la guerre…

L’histoire est inspirée de son enfance, celle d’un enfant métis, d’un père français et d’une mère rwandaise, d’ethnie Tutsi, vivant au Burundi, dans les années 1992. Il a une petite soeur Ana. Il habite le quartier international de Bujumbura où la famille est installée, quartier d’expatriés, plutôt paisible. Gabriel passe son temps entre la maison, l’école et se lie à une bande de copains avec qui il fait les 400 coups. Le couple se délite. La séparation va le perturber. Il nous raconte comment la guerre a éclaté, ravagé son pays, volé son enfance et tué les siens.

Peu à peu la guerre civile s’installe. Fini le jardin de jonquilles, le parfum de citronnelle. La cueillette de mangues a plutôt un goût amer. Fini les pirogues en tronc de bananier au bord du Tanganyika. Il se croyait encore un enfant, il se découvre métis, Français Tutsi….. une histoire, une tragédie qui a fait grandir Gabriel, un adieu à l’enfance plus vite que prévu.

Puis heureusement, il y a comme échappatoire la lecture avec de superbes passages, à propos des livres de la bibliothèque de Madame E. qui viennent adoucir les horreurs de la guerre (page 168) :

« Un après-midi, j’ai croisé Madame E. […] Elle m’a invité dans sa maison pour m’offrir un jus de barbadine. […] Dans son grand salon, mon regard a tout de suite été attiré par la bibliothèque lambrissée qui couvrait entièrement un des murs de la pièce. Je n’avais jamais vu autant de livres en un seul lieu. Du sol au plafond.

– Vous avez lu tous ces livres ? Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les plus grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.

– Un livre peut nous changer ? – Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. comme un coup de foudre. Mes doigts couraient sur les rayonnages, caressaient les couvertures, leur texture si différente les unes des autres. J’énonçais en silence les titres que je lisais. […] »  » Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis ».

– ou comme ce magnifique échange épistolaire entre Gabriel et Laure, sa correspondante française (à Orléans), lorsqu’il est collégien.

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie » (p.185)

Un roman sur l’exil, la nostalgie de son enfance, sur le déracinement, sur l’histoire du Burundi. Un parfum d’enfance africaine au goût amer qui le hantera à tout jamais mais que l’auteur tente d’adoucir grâce à sa magnifique plume poétique qu’il manie avec grande habileté.

Ainsi, Gaël Faye fait renaître ce « Petit pays« , le Burundi, en nous offrant ce premier »grand roman » de 216 pages qui est une réussite. Sachez que « Petit pays »est en lice pour le Goncourt dont la proclamation du lauréat  est prévue  vendredi 4 novembre.

Marie-Christine

Avant que naisse la forêt – Jérôme Chantreau – Editions Les Escales-

SELECTION PRIX DU STYLE

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Profitez de lire ce roman qui nous prépare à l’arrivée de l’automne ! Promenez-vous dans les bois…, en Mayenne !

 » C’est arrivé un 15 août ». L’histoire commence par un coup de téléphone chez Albert et sa femme, alors qu’ils sont encore au lit- Ils vivent à Paris. Albert ne répond pas mais, à l’écoute du répondeur, sa tante lui laisse ce message : « Ta mère est morte ».

Albert se rend dans l’immense propriété familiale, en Mayenne bordée de centaines d’hectares de forêt afin d’organiser les funérailles…. ce sont les formalités et la crémation. Albert vaque dans toutes les pièces de l’immense maison de son enfance. Venu seulement pour deux ou trois jours, Albert perd pied. Albert n’arrive pas à se séparer de l’urne qui contient les cendres de sa maman.

A chaque pas franchi, à chaque son, qu’importe la pièce dans laquelle il pénètre, les souvenirs rejaillissent, le parquet craque, des bruits étranges se font entendre, des bruits nocturnes s’installent, le sommeil ne vient pas…

Mais, sa tante qui est restée près de sa soeur de nombreuses années, l’aura prévenu : « essaie de ne pas faire pareil ! »

Que cache cette maison ? Que cachent ces personnages étranges, cette forêt, et quels sont ces bruits ?

Si Albert est là, c’est pour trouver la musique qui correspond le mieux à sa mère pour sa dernière demeure. Il écoute donc les vinyles, fouille pièces et placards. Au fur et à mesure on apprend beaucoup sur le passé de cette famille, de cette mère inséparable qui a hérité d’un immense domaine forestier. Et puis il y a cette légende d’un ermite qui erre dans les bois.

Il ne fume plus. Il ne mange plus, il ne vit que de ce que la nature lui offre et en même temps, il se débarrasse de tout ce qui est superflu.

La maison est le centre du roman. La forêt y occupe une place essentielle. L’auteur nous la décrit si bien que nous avons l’impression de marcher à ses côtés, d’être au pied de chaque arbre, d’entendre craquer les feuilles sous nos pas, de sentir l’odeur de l’humus, d’entendre le vent à travers les branches.

Mais que deviendra Albert ? Reviendra-t-il parmi les siens, retrouvera-t-il son épouse, ses enfants ? Que transmettra-t-il ? « Avant que naisse la forêt », un roman certes, mais aussi une réflexion sur le poids de l’héritage.

Dans ses remerciements, Jérôme Chantreau indique :

 » Je ne peux que remercier la forêt pour ce que je lui dois et lui souhaiter de grandir loin de la main des hommes ».

« Jérôme Chantreau signe ce magnifique premier roman. Après une enfance parisienne et des études littéraires, il a créé un centre équestre et s’est formé à la sylviculture pour exploiter la forêt attenante à la maison familiale. Il est professeur de lettres et vit au pays basque.« 

Profitez de lire ce roman qui nous prépare à l’arrivée de l’automne !

Un roman envoûtant dans lequel le narrateur se réfugie dans la forêt, un monologue intriguant où la forêt est omniprésente. 

Un livre qui parle des secrets et légendes que les forêts racontent…

Une sublime découverte  pour ce premier roman.

Marie-Christine

Vivre près des tilleuls par L’ AJAR – Editions Flammarion –

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U N E    P E P I T E    LITTERAIRE !

Un roman de 126 pages écrit par 18 plumes ! 

Un premier roman et une belle découverte.

Ce projet littéraire signé par un collectif de 18 jeunes auteurs suisses : l’AJAR* (Association de jeunes auteur-e-s romands et romandes) est un travail extraordinaire, un beau travail d’écriture avec beaucoup de sensibilité, de fluidité et de justesse dans les mots.

Vincent König est le dépositaire des archives de l’écrivaine suisse, Esther Montandon. En ouvrant par hasard, une chemise classée « factures » il découvre des dizaines de pages noircies par Esther, entre le début des années 1956 et 1960, retraçant une vie en pointillés, pouvant tenir lieu de journal intime. Elle y confie son ardent désir d’enfant, la joie de vivre avec Louise sa fille puis évoque la souffrance causée par le décès de Louise, survenu en avril 1960.

A la lecture de ce texte et grâce aux dix-huit plumes qui ne parlent que d’une seule une voix…, celle d’Esther Montandon, à travers ce journal fictif, L’AJAR nous offre un véritable petit bijou.

Vivre sous les tilleuls est aussi une déclaration d’amour à la littérature :

« Ces dix-huit jeunes auteur-e-s- savent que la fiction n’est pas le contraire du réel et que si « je »est un autre », « je » peut aussi bien être quinze, seize, dix-huit personnes. »

Très très beau texte sur le deuil d’un enfant, le ressenti de sa mère et de la vie qui continue.

Une langue magnifique.

  Marie-Christine

Esther Montandon décédée en 1998, a peu publié : « Piano dans le noir » (1953) – « Bras de fer » (1959) -« Trois grands singes » nouvelles (1970) – « Les imperdables » récit (1980)

*AJAR : collectif créé en janvier 2012. Ses membres partagent un même désir : celui d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe. Les activités de l’AJAR se situent sur la scène, le papier ou l’écran. Vivre sous les tilleuls est son premier roman. Son site : http://www.jeunesauteurs.ch

Lucie ou la vocation – Maëlle Guillaud – Editions Héloïse d’Ormesson –

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Dans les coulisses d’un monde reclus et impénétrable !

Dans ce premier roman on parle d’amour, d’un amour singulier.

Ce livre très intimiste, très fin, très sensible a certainement été un livre difficile à écrire. On sent pour l’auteur, qu’il y a du vécu pour l’une des deux héroïnes.

« Lucie ou la vocation » va traiter d’un sujet assez complexe, mais très original. L’héroïne se prénomme Lucie. Jeune et plutôt jolie fille, de son époque, vit de nos jours, étudiante en classe préparatoire, (en normale-sup). Elle a une bonne copine et aime faire la fête. Fille unique, elle vit avec sa maman. Elle a perdu son papa très tôt, elle en est profondément meurtrie. Elle souhaiterait avoir quelqu’un qui la protège, quelqu’un qui s’occupe d’elle, quelqu’un qui ne l’abandonnera jamais.

Au fur et à mesure de ses études, elle rencontrera une autre amie : Mathilde qui l’emmènera dans un couvent. Petit-à-petit, Lucie va se rendre compte que la personne qu’elle cherche, celui qui va la protéger, celui à qui elle a envie de donner sa vie : c’est Dieu !. – Un homme qui va la quitter, un homme à l’image de son papa risquent de lui faire une peine immense. Alors, celui-là ce sera Dieu. Il sera toujours là !- Donc, elle a envie de s’engager. Compte-tenu de son éducation, c’est très surprenant. Sa maman ne comprend pas, sa meilleure amie avec qui elle a fait la fête, ne comprend pas cette idée de quitter le monde. Elle va braver tous ces interdits,  elle va rentrer, va prendre le voile et prononcer ses voeux après quelques années. En tous cas, à 20 ans, elle est dans un couvent.

Ce livre traite de cette décision qui surprend ses proches, de leur incompréhension mais qui vont décider d’un bout à l’autre de rester quoiqu’il arrive, d’être là au cas où Lucie aurait des doutes ou changerait d’avis. Mais elle avance. Cette vie ne sera pas si facile que cela. Une vie de privation, une vie où tout est compliqué puisque ces femmes vivent ensemble, c’est un peu comme une micro-société avec des envies, avec des brimades, avec des délations. Il y a des pages sur le corps, des pages sur la façon de vivre entre femmes. Une vie très difficile. Puis des prises de pouvoir par la Supérieure, un peu machiavélique qu’un jour, il faudra remplacer. Donc, il y a des intrigues. Et l’on va suivre les découvertes, les doutes de cette jeune femme puisque les années passent et petit-à-petit on comprendra pourquoi, elle est là !. A-t-elle vraiment  envie de rester car elle finit par avoir des doutes ?

C’est un très beau texte. L’auteur a mis beaucoup de vie personnelle dans ce livre. On se demande quelle héroïne, elle peut être ! Une fois le livre terminé, on a sa petite idée… C’est intéressant à découvrir. C’est très finement analysé. Un sujet qui peut paraître rébarbatif pour certains qui n’ont pas envie de parler de religion. Même si la Foi est présente dans le livre et  dans l’actualité, cela va bien au-delà.

C’est surtout un texte sur l’engagement, un texte sur la fidélité et l’oubli de soi.

Venez rencontrer l’auteur de ce premier roman, venez écouter cette jeune femme qui connaît bien le milieu de la littérature !  Vraiment, je vous invite à découvrir ce livre puisque……  Cerise sur le gâteau !  Maëlle Guillaud nous fait le plaisir d’être là, ce week-end au Mans, à la 25ème heure du livre, samedi toute la journée.

Elle signera ce premier roman – qui a sûrement été difficile à écrire– d’une grande justesse de ton, d’une finesse psychologique qui nous épate vraiment.

Marie-Adélaïde/ Marie-Christine (rediffusion de l’émission du 4/10/16 cliquez ici)

Le voyage d’Octavio – Miguel Bonnefoy – Editions Rivages-

le voyage d'octavio octavio pocheNe passez pas à côté du Voyage d’Octavio !… Evadez-vous au Vénézuela !..

Séance de rattrapage pour l’été !  Si vous n’avez pas lu « Le Voyage d’Octavio » (grand format) de Miguel Bonnefoy, vous le trouverez en livre de poche, comme tant d’autres…

L’histoire se passe au Vénézuela et commence par une terrible épidémie de peste. Tandis qu’une procession déambule avec la statue de Saint-Paul, censée mettre fin à la maladie, un miracle se produit. On érige alors une église qui s’appellera St Paul- du-Limon.

Au cours de ce voyage, nous ferons connaissance avec Octavio, paysan vénézuélien qui dissimule à tout prix son analphabétisme. Non seulement, il ne sait ni lire ni écrire mais il occupe ses journées à rendre service à des malfaiteurs : il recevra un hôte malheureux dans sa cabane, travaillera dans un petit théâtre… Peu à peu, sa vie se dévoile. Il rencontrera la femme de sa vie, Vénézuela. Elle lui apprendra à lire et à susciter de l’amour mais il va devoir quitter cette femme car Octavio se fera embrigader dans une affaire de cambriolage. Cet évènement va le pousser à prendre la route, à la découverte de son pays. A travers Octavio, Miguel Bonnefoy nous raconte tout simplement l’histoire de son pays.

125 pages pour une grande fable picaresque, pour un voyage très intense que nous offre Miguel Bonnefoy. C’est époustouflant !

L’auteur était même lauréat en 2013, pour le prix du jeune écrivain de langue française.

Un très joli texte, plein d’humour, beaucoup de sensibilité. La langue est riche et colorée, l’écriture pure, dans un français superbe.

Ce livre, quel livre ! Un petit format mais, d’une telle grandeur !  Ne passez pas passer à côté de cette histoire du Vénézuela !

Et si vous avez apprécié, lisez-le une deuxième fois, c’est encore plus beau.

Bon voyage au Vénézuela !

Marie-Christine