L’ Art de perdre – Alice Zeniter – Editions Flammarion – PRIX GONCOURT des lycéens. (2)

l'art de perdreLe jury du Goncourt des Lycéens a choisi de décerner  son 30ème prix littéraire à Alice Zeniter pour son roman « L ‘Art de perdre » GONCOURT DES LYCEENSDéjà couronné de prix, ce livre a reçu le « PRIX LITTERAIRE  LE MONDE 2017 » ainsi que le « PRIX DES LIBRAIRES de NANCY 2017. »

UNE GRANDE HISTOIRE DE FAMILLE !

« C’est long de faire ressurgir un pays du silence »

En ce début de rentrée littéraire, voici « L’ Art de perdre »,   magnifique texte d’Alice Zeniter et….  premier coup de cœur de Marie-Adélaïde Dumont de la librairie Doucet.

Cette rentrée littéraire (nous aurons l’occasion de le dire et d’en parler) nous apporte beaucoup de textes sur l’Algérie. Alice Zeniter qui va nous parler des Harkis dans « L’ Art de perdre » et c’est avec beaucoup de plaisir que je m’empresse de vous le présenter.

Alice Zeniter, on connaît bien cette jeune sarthoise, brillante normalienne, auteur que j’apprécie beaucoup. Elle signe à mon avis, son meilleur livre. Et, quand on sait d’où elle part, on comprend mieux que ce livre est exceptionnel. Elle parle de sa famille, de leur arrivée en France.

C’est un livre qui ne juge pas. C’est un livre politique, dont le but est de nous faire comprendre, de nous expliquer pourquoi certains algériens ont choisi d’accompagner la France, la France coloniale. Pourquoi ces algériens sont arrivés en France au moment où le FLN (Front de libération nationale) ne voulait plus d’eux. Pourquoi l’Algérie libre a décidé de ne pas les garder. Pourquoi nous ne les avons pas bien accueillis, pas bien traités ? Quelles sont nos erreurs ?

Nous suivrons trois générations : – Naïma qui nous raconte cette histoire est le double littéraire d’Alice Zeniter. Cette jeune femme ne connaît pas l’Algérie, parle sans accent. Elle avait pour tâche de parler parfaitement comme son père quand il arrive, petit garçon, en France en 1962. – Ali le grand-père, le notable installé dans son commerce d’huile assez fructueux, se rend compte, au moment où le FLN le contacte, qu’il préfère rester du côté des français, même si cela est difficile. Puis il va devoir partir. Ensuite, Hamid le fils, arrivera tout petit, dans les années soixante. Il connaîtra le camp de Rivesaltes avant d’arriver en Normandie où il vivra dans une barre HLM à Flers, dans l’Orne. Nous verrons comment il va grandir, travailler, fonder une famille.

Naïma est cette troisième génération qui tente de comprendre, de pardonner, de repartir pour connaître ce pays qui mettait des étoiles dans les yeux de ses parents lorsqu’ils en parlait.

Ce n’est pas du tout un livre à charge.

C’est un texte magnifique, à la fois puissant, puisqu’on aura des scènes de batailles mais également poétique. On est emballés, envoûtés par les mots dAlice Zeniter. C’est un texte merveilleux qui remet les choses à leur place et qui nous emmène dans cette saga familiale. On ne peut pas s’arrêter. C’est une des pépites de la rentrée. Il y a beaucoup de force dans ce roman. C’est sublime.

Marie-Adélaïde/M. Christine
Réécoutez l’émission France Bleu Maine en cliquant ici.

Alice Zeniter est née en 1986 à Alençon (Orne). Lycéenne, elle a publié son premier livre en 2003, à l’âge de 16 ans « Deux moins un égal zéro » –  Quatre romans dont «Sombre dimanche» (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l’Express et le prix de la Closerie des Lilas«Juste avant l’oubli» (Flammarion 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène.

« L’Art de perdre » 506 pages – 22€uros

Publicités

Les huit montagnes – Paolo Cognetti – Editions Stock – la cosmopolite – Prix Médicis étranger.

prix médicis étrangerL’Italien Paolo Cognetti vient de se voir attribuer le PRIX MEDICIS ETRANGER pour son très remarqué roman Les huit montagnes (Stock). 

Une histoire d’amour, l’amour  de la montagne, mais aussi une histoire de rapport entre père et fils, une histoire d’amitié …

Pietro est né à Milan, même si ses parents viennent de montagnes plus proches de la Vénétie et parlent des Dolomites. Leur passé semble d’ailleurs troublé et le petit garçon ne s’en préoccupe pas. L’été, ils partent tous les trois en vacances en montagne mais dans une autre direction : le Val d’Aoste. C’est là que le père de Pietro se sent bien, loin de la grande ville, en faisant de longues randonnées sur les pentes qui le conduisent jusqu’aux sommets.

Bruno, lui est d’ici, de Grana, ce vieux petit village hors du temps.

Pietro et Bruno  ont 11 ans tous les deux. Ils sont très différents mais leur amitié va devenir indéfectible. Même si Pietro suit son père dans ses escalades, c’est Bruno qui l’initie aux secrets de la montagne. Ensemble ils parcourent alpages, forêts et glaciers et tout est si beau !

Au fil du temps tout change et c’est l’incompréhension, l’éloignement, la rupture entre le père et le fils.

Vingt ans vont passer. Pietro vit à Turin, à peine, puisqu’il voyage beaucoup avec le besoin d’aller vers d’autres montagnes pour tourner des documentaires. Il est particulièrement attiré par le Népal et l’Himalaya. Et c’est encore très beau.

A la mort de son père il fait un héritage, une ruine à reconstruire à Grana et il revient. Il retrouve Bruno et c’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés.

C’est avec lui et grâce à lui qu’il va pouvoir se réconcilier avec son passé et aussi son avenir.

La langue est pure, poétique et si vraie.

« C’est bien un mot de la ville, ça, la »nature ». Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l’est. Nous ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu’on peut montrer du doigt . Qu’on peut utiliser. Les choses qu’on ne peut pas utiliser, nous, on ne s’embête pas à leur chercher un nom parce qu’elles ne servent à rien. »

Un roman d’origine autobiographique, bien sûr, que l’on n’a pas envie de quitter. Un roman d’apprentissage et de filiation envoûtant avec une nature (pardon ! une montagne) et des paysages somptueux.

C’est magnifique. 

Traduit de l’italien par Anita Rochedy, en trente trois langues dans lequel intime et universel sont mêlés.

Les huit montagnes – 304 pages – Prix : 21,50 €

Marie-José/M. Christine

 

 

Nos richesses – Kaouther Adimi – Editions du Seuil – Prix Renaudot des lycéens –

ADIMI 2

UN ROMAN TRES ORIGINALrenaudot bis

 

Il s’agit du troisième roman de Kaouther Adimi. L’auteure nous parle de l’Algérie où elle est née, mais de manière différente de ce que l’on a l’habitude de lire ou d’entendre.

Bien sûr Kaouther Adimi n’oublie pas la 2ème Guerre mondiale, les harkis, les « événements » d’Algérie qui sont en réalité une guerre, les massacres entre autres à Paris, dans la Seine, dont on se souvient.

Elle a cependant voulu particulièrement évoquer « Les Vraies Richesses ». C’est le nom de la librairie, placée sous l’égide de Giono, qu’Edmond Charlot ouvre à 20 ans à Alger, au 2 bis rue de Charras, devenu par la suite 2 bis rue Hamani.

C’est plus qu’une librairie. Edmond Charlot veut choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction d’origine, de langue ni de religion. Il veut aussi être éditeur et faire des prêts également.

Il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus.

C’est le bonheur, mais c’est difficile de trouver de l’argent et du papier pour une telle entreprise.

Kaouther Adimi a retrouvé des archives, elle a lu les livres consacrés à cette expérience extraordinaire.

Elle nous cite les nombreux écrivains célèbres qui ont fait partie de la maison : Jean Paulhan, Sénac, Roblès, Jacques Temple, Jean Amrouche, Gide, Jules Roy, Camus … et ce ne sont que quelques noms. Elle a retrouvé des lettres et a ainsi imaginé les »carnets d’Edmond Charlot » dont elle parsème le roman au fil des pages.

Après la Guerre d’Algérie, la librairie est devenue une annexe de la Bibliothèque nationale à Alger et elle a un gardien : Abdallah, extraordinaire personnage qui ne peut supporter la disparition du lieu lorsque Ryad, étudiant à Paris, est envoyé en 2017 pour tout vider. N’aura-t-il pas l’impression de faillir à sa mission ?.

« Vous irez aux Vraies Richesses, n’est-ce pas ? Vous prendrez les ruelles  en pente, les descendrez ou les monterez …Vous vous retrouverez devant l’ancienne librairie des Vraies Richesses dont j’ai imaginé la fermeture mais qui est toujours là…Vous pénétrerez dans ce petit local qui fut le point de départ de tant d’histoires… »

Un jour, vous viendrez au 2 bis de la rue Hamani, n’est-ce pas ?.

Nous avons envie d’y aller pour revisiter l’Histoire et aller à la rencontre des écrivains connus ou non et surtout de cet Edmond Charlot que personnellement j’ai appris à connaître grâce à ce joli livre très original. Une vraie richesse lui aussi.

Marie-José/M.Christine 

« Nos richesses » – 224 pages – Prix : 17 €uros

Kaouther Adimi est l’auteur de : « L’Envers des autres » – premier roman publié en 2011, Editions Actes Sud – « Des pierres dans ma poche » – Editions du Seuil, publié en 2016

 

 

 

Nos richesses – Kaouther Adimi – Editions du Seuil – Prix Renaudot des lycéens 2017

LE PRIX RENAUDOT DES LYCEENS A ETE REMIS A

Kaouther ADIMI pour « Nos richesses »

Kaouther Adimirenaudot bis

Le mot du libraire : L’histoire d’une librairie légendaire à Alger. Un superbe roman sur les dessous de l’édition ainsi que le courage et la volonté de certains hommes soumis aux aléas de l’histoire. Camus, Giono et tant d’autres animent ce livre d’une étrange saveur, sans oublier l’écriture magnifique de l’auteur. 

Lu et conseillé par Nathalie de la librairie Doucet.

Présentation : « Ce roman raconte l’épopée passionnante d’une maison d’édition créée par Edmond Charlot en 1936 à Alger, qui joua un rôle majeur dans la vie littéraire française malgré les turbulences de l’Histoire. Edmond, tout juste âgé de vingt ans, ouvre une librairie à Alger pour promouvoir les jeunes écrivains des deux côtés de la Méditerranée, sans distinction de langue ni de religion. Baptisé Nos vraies richesses en hommage  à Jean Giono, ce lieu culturel devient très vite le point de ralliement des jeunes intellectuels algériens : à la fois librairie, bibliothèque de prêt, galerie d’art et maison d’édition. C’est ici que vont être publiés le jeune Albert Camus, Emmanuel Roblès, André Gide, Gertrude Stein, Garcia Lorca… Dans ce tourbillon intellectuel, le jeune homme sera chargé par la Résistance de réimprimer Le Silence de la mer de Vercors. Mais sa maison d’édition ne résistera pas à l’après-guerre et à la guerre d’Algérie. L’auteur imagine en contrepoint de ce récit, l’histoire de Ryad, étudiant algérien chargé de vider la librairie Nos vraies richesses en 2017 pour en faire un restaurant. Là, il découvre les gens qui peuplent ce quartier et le mystérieux Abdallah, le gardien du temple. »

« Nos richesses » – 224 pages – Prix : 17 €uros

M. Christine

 

Tiens ferme ta couronne – Yannick Haenel – Editions Gallimard – MEDICIS 2017

Tiens ferme ta couronne

Prix-Médicis

Présentation : « Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l’enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit. S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l’île d’Ellis Island au large de New York, et un lac en Italie. On y croise Isabelle Huppert, la déesse Diane, un dalmatien nommé Sabbat, un voisin démoniaque et deux moustachus louches ; il y a aussi une jolie thésarde, une concierge retorse et un très agressif maître d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron. Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature ? La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche. »
Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature ? La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche. »

« Tiens ferme ta couronne » – 352 pages – Prix 20 €uros

Yannick Haenel co-anime la revue Ligne de risque. Il a notamment publié aux éditions Gallimard (prix Décembre 2007 et prix Roger Nimier 2008) Jean Karski (prix interallié et prix du roman Fnac 2009) – « Les renards pâles » et « Je cherche l’Italie » (prix littéraire de la Sérénissime 2015)

M. Christine

La serpe – Philippe Jaenada – Editions Julliard – PRIX FEMINA – « Le dossier M » Grégoire Bouillier – Editions Flammarion – Prix Décembre

la serpe

Philippe JAENADA remporte le prix FEMINA pour « La serpe »            prix femina

Dans ce livre, l’auteur rouvre l’enquête sur Henri Girard qui fut jugé pour un triple meurtre commis en 1941. Henri Girard sera acquitté et le crime de l’Escoire restera une énigme. Puis il publiera sous le pseudonyme de Georges Arnaud, « Le Salaire de la peur ». Un fait divers diabolique, un personnage ambigu auquel s’est intéressé Philippe Jaenada. Enfilant le costume d’Hercule Poirot des temps modernes, il tente, après s’être plongé dans les archives, de reconstituer une énigme vieille de soixante-quinze ans. 

« La serpe »  – 648 pages – 23 €uros.

 

Grégoire Bouillier remporte le prix Décembre pour

« LE DOSSIER M »  – Après et pendant l’amour-prix decembreLE DOSSIER M

Le prix Décembre a été remis, mardi 7 novembre, à Grégoire Bouillier pour « Le dossier M ». Sur plus de 800 pages l’auteur relate une histoire d’amour avec un mystérieux mensonge, de la passion, du rire ou des larmes…..

« Tout y est dans cet ouvrage d’une grande virtuosité, une entreprise littéraire inédite où le lecteur est embarqué dans les pics de la vie, entraîné par un flux d’évènements », a mis en avant la présidente du jury, l’auteure Cécile Guilbert (d’après livres hebdo).

Lu et conseillé par Linda de la librairie Doucet

« Le dossier M » – 872 pages- 24,50 €

M. Christine

 

 

Mécaniques du chaos – Daniel Rondeau – Le grand prix du roman de l’Académie française – Editions Grasset

prix du roman académie française

LE GRAND PRIX DU ROMAN DE L’ACADEMIE FRANÇAISE a été attribué à Daniel Rondeau pour « Mécaniques du chaos »GRAND PRIX DE

Résumé : Le destin de plusieurs personnages : Habiba, adolescente somalienne rescapée d’un naufrage sur les côtes maltaises, Grimaud, archéologue français, qui feint de s’engager dans un trafic d’œuvres d’art en Libye, Harry, orphelin et informateur au sein des cités d’une banlieue parisienne, ou Levent, en mission pour les services secrets turcs à Kobané. Grand prix du roman de l’Académie française 2017. ©Electre 2017

Présentation : (4ème de couverture) Mécaniques du chaos Et si la fiction était le meilleur moyen pour raconter un monde où l’argent sale et le terrorisme mènent la danse ? Ils s’appellent Grimaud, Habiba, Bruno, Rifat, Rim, Jeannette, Levent, Emma, Sami, Moussa, Harry. Ce sont nos contemporains. Otages du chaos général, comme nous. Dans un pays à bout de souffle, le nôtre, pressé de liquider à la fois le sacré et l’amour, ils se comportent souvent comme s’ils avaient perdu le secret de la vie. Chacun erre dans son existence comme en étrange pays dans son pays lui-même. Mécaniques du chaos est un roman polyphonique d’une extraordinaire maîtrise qui se lit comme un thriller. Il nous emporte des capitales de l’Orient compliqué aux friches urbaines d’une France déboussolée, des confins du désert libyen au cœur du pouvoir parisien, dans le mouvement d’une Histoire qui ne s’arrête jamais.

Daniel Rondeau est écrivain. Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans « Dans la marche du temps » (2004 – Livre de poche), des portraits de villes méditerranéennes : Tanger, Istanbul, Carthage, Alexandrie, des récits autobiographiques « L’Enthousiasme » (2006 – Les cahiers rouges – Grasset) « Les Vignes de Berlin » (2006 – Grasset) des livres d’intervention « Chronique du Liban rebelle » (1988-1989 Grasset – 1991)

 

« Mécaniques du chaos » – 464 pages – Prix : 22 €uros

M. Christine

Prix Renaudot – « La Disparition de Josef Mengele » – Olivier Guez – Editions Grasset – Prix Goncourt – « L’ordre du jour » Eric Vuillard – Actes Sud

« Hier, lundi 6 novembre c’était une grande journée pour la littérature ! Les prestigieux prix Goncourt et Renaudot ont été remis et c’est l’Histoire qui l’a emportée ! »

                         – Eric Vuillard pour le Goncourt avec « L’ordre du jour » et le                                      Renaudot à Olivier Guez pour « La Disparition de Josef Mengele »

– CB : « On peut voir M. Adélaïde, que ces deux romans sont très inspirés, assez sombres. Au-dessus, plane l’ombre du nazisme ».

– MAD : IN-CROYABLE ! Alors, déjà grande surprise ! Parce que ce sont deux outsiders, revenus sur le devant de la scène, qui ont déjoué tous les pronostics… Deux thèmes sur la montée du nazisme.

ERIC VUILLARD– Dans « L’ordre du jour », on va voir comment Hitler et tous ses ministres ont réussi à retourner toutes les valeurs économiques des sociétés -tous ceux qui avaient de l’argent– pour les faire adhérer à ce parti, à ce Troisième Reich et comment appuyer sa conquête du « monde », sur cette manne financière qu’il a appuyée jusqu’à la fin de la guerre.GONCOURT 2017

C’est un court roman, très très bien construit, sur justement cette montée du nazisme, à la fois économique, difficile, brutale et à la fois sur des considérations complètement rocambolesques, comme la grande panne générale des Panzers lorsqu’ils ont envahi l’Autriche.

Voyez, Eric Vuillard joue sur ces deux tableaux pour nous raconter l’Histoire. C’est un récit historique brillantissime avec une écriture magique.

CB : c’est brillant, même si cela a déjoué vos pronostics, vous l’avez dit ! »

la disparition de josef mengele– Quand à Olivier Guez pour « La Disparition de Josef Mengele – On est dans un style plus journalistique, il faut le dire, à tous ceux qui voudraient le lire.prix-renaudot

MAD : Là aussi, encore une surprise, il faut le dire ! Signalons qu’il s’agit d’un premier roman, ! Olivier Guez est journaliste. Il veut témoigner de l’horreur. Il veut témoigner, toujours dans ce même esprit. On en a parlé dans de nombreux livres :  Ne pas oublier ! Ne pas voir ! – Les membres du jury ont peut-être été influencés par ce qu’on entend, par la montée de ces mouvements, un peu extrémistes, parfois par ces retours, à ces formes de brutalité.

CB : L’actualité a joué, vous pensez ?

MAD : On pourrait se poser la question !

Olivier Guez traite lui, d’un homme : Josef Mengele, c’est le bourreau des bourreaux, le médecin qui pratiquait des essais dans les camps de concentration, médecin qui a réussi a passé à travers les mailles du filet. Il n’a pas été arrêté, ni tué. Il s’est échappé en Amérique du Sud où il a bénéficié de complicités. Accueilli à bras ouverts par le régime de Perón (en Argentine) qui n’était pas du tout opposé aux théories nazies et qui se voyait bien refaire quelque chose, dans ce domaine. Il a également été aidé par l’argent de sa famille. C’était une famille, encore une fois,  de financiers allemands, possédant beaucoup de biens mais qu étaient bien contents de s’en débarrasser, en raison de ce nom et prénom encombrants qui auraient eu des répercussions sur leurs affaires, après la guerre. Donc, il partira en 1949  et ne mourra qu’en 1979, en échappant à chaque fois aux poursuites, parce que bien évidemment le Mossad et les Wiesenthal vont essayer de le rattraper pour qu’il puisse répondre de ses actes et de ses faits, mais à chaque fois il passera à travers les mailles du filet. Mengele vivra à moitié fou, dans une propriété en ayant construit un mirador pour voir arriver l’ennemi ! Puis il meurt noyé en 1979.

C’est cette épopée incroyable de Mengele, entre l’Argentine et le Brésil, que va nous raconter Olivier Guez. 

Marie-Adélaïde/M.Christine

Emission de France Bleu Maine du 7 novembre à réécouter en cliquant ici.

La Dispartion de Josef Mengele – 230 pages – 18.50 €

Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de « L’Impossible retour« , « Une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 » (Flammarion (2007, Champs 2009), « Eloge de l’Esquive » (Grasset- 2012) et « Les Révolutions » de Jacques Koskas (Belfond- 2014 – Livre de poche 2016).  Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, Un héros allemand. – « La Grande Alliance »  (Flammarion, 2003 – Champs 2004)

Prix Goncourt 2017 – L’ordre du jour – Eric Vuillard – Actes Sud

l'ordre du jourDidier Decoin, secrétaire général et membre du Jury du Goncourt a annoncé ce lundi 6 novembre 2017, que le prix Goncourt était attribué à :  Eric Vuillard  pour : « L’Ordre du jour »GONCOURT 2017

Après l’extraordinaire « 14 Juillet » paru en 2016, l’écrivain récidive avec « L’ordre du jour », nouveau petit chef-d’œuvre !  Quel écrivain !!  Ses livres ne sont pas bien gros, ici 150 petites pages mais c’est plein, dense, pas un mot en trop, pas un mot en moins. Souvenez-vous de « 14 Juillet » ou la Révolution française vue du peuple, de manière toute différente. Flamboyant.

On retrouve ici la même concision qui donne de la force aux propos. Nous sommes à Berlin, le 20 Février 1933« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président et, dans quelques années, il n’y aura même plus du Parlement, seulement un amas de décombres fumants. (E. V.)

Parmi ces vingt-quatre personnages du monde de l’économie, de la finance…, des tout-puissants donc, citons en exemple Wilhem Von Opel, Gustav Krupp… Ils sont face à Goering d’abord, puis face à Hitler et ils font allégeance. Nous assistons à l’annexion violente de la pauvre Autriche, au martyr de juifs de Vienne et d’ailleurs. Ces vingt-quatre personnes, nous les connaissons tous au travers de leurs sociétés : BASF, Bayer, AGFA, Opel, Siemens, Allianz, Telefunken…« Notre quotidien est le leur ». Maintenant tout est toujours là, en dépit de tout.

« On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d’effroi. Et on voudrait tant ne plus tomber qu’on s’arc-boute, on hurle. A coups de talon, on nous brise les doigts, à coups de bec on nous casse les dents, on nous ronge les yeux. L’abîme est bordé de hautes demeures. Et l’Histoire est là, déesse raisonnable, statue figée au milieu de la place des Fêtes, avec pour tribut, une fois l’an, des gerbes séchées de pivoines, et, en guise de pourboire, chaque jour, du pain pour les oiseaux. » (E.V.)

Des répétitions, des énumérations, qui sont autant de coups de poings, de coups de mots pour frapper le lecteur avec à la fois ironie mordante et grand sérieux.

C’est flamboyant et éblouissant  pour ce nouveau prix littéraire.

Paru en début d’année, « L’ordre du jour », en finale pour le Goncourt 2017, était proposé  dans la sélection de l’été dernier- (150 pages – 16 €uros)                                                                             Marie-José/M.Ch

Ecoutez  en cliquant ici : Bernard Pivot, Président du Goncourt, depuis le restaurant Drouant :  « Je m’attendais à une flopée de tours. Eh bien, non ! Pas du tout. Tout le monde a eu des voix aux deux premiers tours. Au 3ème tour, ça s’est décanté. Ce livre, petit, mais fulgurant sur la montée du nazisme. E. Vuillard a pris quelques scènes.

La première se passe en 1933, lors de la réunion des 24 gros industriels allemands, qu’Hitler fait cracher dans le bassinet !. C’est là qu’il les subjugue. Puis en 1938, c’est l’Anschluss. Comment Hitler arrive à humilier le chancelier d’Autriche et ensuite c’est l’invasion de l’Autriche. Donc ce sont des scènes les unes derrière les autres de la montée du nazisme. Il y a deux choses formidables : c’est d’abord l’écriture, par le style Vuillard qu’on connaît très bien parce qu’il a publié d’autres livres. C’est une leçon de littérature par son écriture et c’est une leçon de morale politique par le récit qu’il fait du nazisme. C’est-à-dire, qu’il montre qu’un groupe d’hommes, pas très nombreux mais par l’intimidation, comptant sur la veulerie des autres, par le bluff, par la brutalité.., arrive à circonvenir un pays et à déclencher quelques années après la catastrophe mondiale. Ce livre est sorti en mai, il était sur notre liste en septembre.« Ce qui me navre un peu (et je le dis avec beaucoup d’humour) c’est que tout ce qu’on a lu cet été n’a servi à rien, puisqu’on l’avait lu en avril !!! » Bernard Pivot.

Eric Vuillard écrivain et cinéaste a reçu le prix Ignatius-J.- Reilly 2010 pour « Conquistadors » (Léo Scheer, 2009), le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour « Congo » et « La bataille d’Occident » (Actes Sud-2012). Egalement parus chez Actes Sud : « Tristesse de la terre » (2014), prix Joseph-Kessel (2015), et « 14 juillet » (2016), prix Alexandre-Vialatte (2017) 

 

Taba-Taba – Patrick Deville – Editions du Seuil – Fiction et Cie

TABA TABA.jpgRETOUR AUX SOURCES

Patrick Deville est un grand voyageur, un aventurier presque, qui a écrit une dizaine de romans. Il n’aurait peut-être pas écrit ce roman sans les archives familiales retrouvées après la mort de sa tante. (Archives qui ont par miracle survécu aux guerres et aux déménagements.) Il s’agit donc d’un roman autobiographique mais aussi biographique, historique et pourquoi pas géographique et géopolitique !!

Tout commence au début des années 60, près de Saint-Brévin, en face de Saint-Nazaire, dans un lazaret  pour les lépreux d’abord puis devenu hôpital psychiatrique. Le père de l’auteur y est administrateur et lui, l’enfant, se lie avec un Malgache interné qui ne répète que « Taba-Taba ».

C’est à partir de là et grâce aux archives retrouvées que Patrick Deville, dans une multitude de petits chapitres et de « petites traces », va dérouler l’Histoire depuis Napoléon III jusqu’aux derniers attentats que la France a subis. La Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale tiennent une grande place avec, entre autres, les lettres des soldats retrouvées.

On voyage beaucoup en France, dans le Sud, le Nord… partout et sans suivre vraiment de chronologie mais au gré des souvenirs de Patrick Deville et des routes qu’il parcourt au volant de sa Passat.

Nous allons aussi hors de France pour le voyage bien sûr mais aussi pour rappeler l’époque coloniale, les faits brillants et ceux qui ne le sont pas et qui montrent que le monde est toujours sur le pied de guerre, au vrai sens du terme.

Nous rencontrons beaucoup de personnages, militaires, ambassadeurs, écrivains… et Véronique Yersin, la descendante d’Alexandre Yersin également grande voyageuse .

C’est un livre très riche, très documenté et les courts chapitres permettent de le lire facilement. De plus le style de Patrick Deville est toujours remarquable.

Une bonne lecture de la rentrée littéraire- « Taba-Taba » était en lice, dans la première sélection pour le Goncourt 2017.

Marie-José/M-Christine

« Taba-Taba » – 432 pages – Prix 20 €

En 2012, Patrick Deville est venu au Mans  présenter « Peste & Choléra » (Seuil) qui a permis de découvrir la vie d’Alexandre Yersin, chercheur à l’Institut Pasteur. (Prix du roman Fnac – prix Femina) –  Patrick Deville est l’auteur de « Viva » (2014 – Le Seuil) – « La Tentation des armes à feu » (Seuil – 2006) –