Les buveurs de lumière – Jenni Fagan – Editions Métailié-

les buveurs de lumièe« Les buveurs de lumière »

c’est le très beau titre du livre de Jenni Fagan !

MAD : Si vous avez un livre à lire, un livre d’anticipation, –il est vrai que l’on vous en présente peu- Lisez ce texte !  En fait, Jenni Fagan, c’est une poète. Elle a une écriture « crash », puissante, moderne et puis surtout de condensé de vie, absolument époustouflant !…

Nous sommes en 2020. Je vous emmène en Ecosse. Il fait grand froid. Il neige dans le Sahara et même à Jérusalem. Le monde est en train de subir une période glaciaire épouvantable. Tout le monde se réfugie comme il peut. On va suivre les aventures et la rencontre exceptionnelle de Dylan. Dylan c’est un géant barbu au cœur tendre, un peu inadapté à la société. Sa grand-mère Gunn et sa mère Vivienne avec qui il vivait dans un cinéma d’art et essai, viennent de décéder. Dylan tente de mettre les urnes contenant les cendres dans la valise, celle-ci ne fermant pas, alors il entrepose les cendres de l’une et l’autre, dans un pot de glace, puis dans un tupperware. Et le voilà parti (avec pour seul bagage les cendres des femmes de sa vie) vivre dans une roulotte au fin fond de l’Ecosse, d’où il verra passer le glacier, en train de fondre, refroidissant toute la planète (glacier à la dérive, que l’on aperçoit sur la première de couverture….)

Il va rencontrer des gens inoubliables. Il va trouver l’amour, trouver sa place dans la vie. Il y aura Constance. C’est une femme très débrouillarde, une femme très bricoleuse sachant tout faire. Elle vit également dans une caravane. Ils vont affronter des températures négatives qui oscilleront de moins 1°C à moins 5°C – voire jusqu’à moins 15°C -moins 50°C-60°C. Ils vont vivre dans des conditions épouvantables. (Vous verrez la fin !)

Il y a aussi Stella. Stella, c’est une histoire particulière. C’est la fille de Constance mais en fait, légitimement il s’agit de son ex-petit garçon. Et l’on va suivre les difficultés rencontrées chez cet adolescent, une adolescente qui change de sexe. Il y aura un sataniste persuadé que le monde court à sa perte. On se retrouve face à un gentil alcoolo, poète et rêveur. On va croiser énormément de personnages, mais ces trois personnages Dylan, Constance….ceux-là, vous ne les oublierez jamais !

C’est un texte d’une pureté, d’une beauté exceptionnelle ! Vraiment, ne vous posez pas de question, lisez ce livre, c’est l’un des plus beaux textes de la rentrée littéraire que j’ai lu aujourd’hui.

Une belle découverte.

CB  : – On vous sent vraiment très convaincue par ce roman « Les buveurs de lumière » ! Mais, j’ai quand même une question. Quand on parle de cette galerie de personnages, pourquoi les placer dans un roman d’anticipation ? Aurait-on pu les mettre dans un autre contexte ?

MAD : – Alors, je pense que l’auteur a voulu exacerber leur relation au monde, leur relation à ce monde difficile. Ils sont en marge de la société. Dylan n’a plus de travail, plus d’argent, son cinéma a été saisi. Constance vit de petits boulots, elle restaure des meubles qu’elle trouve dans une décharge. Ces personnages sont atypiques et je pense que leur réaction est peut-être un peu plus intéressante que celle de ces gens ayant une certaine stabilité, possédant une maison ou ayant un métier ; ils qui vont souffrir de cette période glaciaire…

CB : – De les placer dans un contexte difficile, ça exacerbe leurs sentiments, et cela vous allez le découvrir dans le roman coup de cœur de M.Adélaïde de la librairie Doucet !

Marie-Adélaïde/M-Christine

Jenni Fagan est née en Ecosse, en 1977 et vit à Edimbourg. Elle a publié de la poésie et remporté de nombreux prix littéraires. Son premier roman « Sauvage » (2013) publié dans neuf langues, a été unanimement salué par la critique et les lecteurs.

Les buveurs de lumière traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller – 300 pages – Prix : 20 €uros.

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et de M. A. Dumont (MAD) en cliquant ici !

 

Publicités

La salle de bal – Anna Hope – Editions Gallimard- Du monde entier –

la salle de balAMOUR, AMITIE, et  MUSIQUE

LA SALLE DE BAL  

La version anglaise de « Vol au-dessus d’un nid de coucous » (The Times)

  anna Hope, actrice et écrivaine anglaise, a déjà écrit un très bon premier roman paru en France en 2016 : « Le chagrin des vivants » où elle fait le portrait de trois femmes à Londres après la Première Guerre mondiale.

Avec ce second roman anna Hope confirme son talent. Nous sommes en 1911, dans le Yorkshire, en Angleterre. Ne pensez surtout pas qu’il s’agisse de la description d’une époque avec ses salons, ses danses et ses mondanités. Ella a brisé une vitre de la filature où elle travaillait et en punition elle est conduite à l’asile d’aliénés de Sharston. Hommes et femmes sont séparés. Les premiers cultivent la terre et les secondes accomplissent des tâches à l’intérieur. Cependant, chaque Vendredi, tous se réunissent dans l’extraordinaire salle de bal quelque peu incongrue dans un tel endroit. C’est là qu’ Ella va danser avec John, un Irlandais taciturne dont nous apprenons peu à peu l’histoire. Au fil du temps ils s’éprennent l’un de l’autre. Un orchestre fait tourbillonner tout ce monde et le Docteur Fuller le dirige tout en observant les « patients ». Le Docteur Fuller est un ambitieux frustré et il  s’intéresse à l’eugénisme (mais Churchill aussi entre autres !) et il va loin dans ses projets de stérilisation pour « guérir les malades » et éviter ainsi les naissances issues de ces « simples d’esprit ». Cela ne peut évidemment que nuire à Ella et John qui sont loin d’être malades. On peut se demander qui sont les fous : le médecin ou les pensionnaires ? Les méthodes pour soigner les uns ou les autres sont plus que discutables. Tout ce roman est basé sur une vérité historique. Les noms du village et de l’asile ont été changés puisque Anna Hope a voulu écrire un roman avec des personnages de fiction. Cependant l’arrière-grand-père de l’auteure y a été interné à partir de 1909. L’asile fut ouvert en 1888, se transforma en hôpital et ferma ses portes en 2003. La somptueuse salle de bal existait réellement et les idées d’eugénisme, très méconnues en Angleterre à cette époque (et ailleurs aussi) ne sont pas une invention. 

Les personnages secondaires sont également très réussis mais c’est avant tout un roman à trois voix écrit avec beaucoup de délicatesse et de force à la fois.

C’est passionnant. Un grand coup de cœur pour un grand roman de la Rentrée littéraire 2017.

Marie-José/M-Christine

« La salle de bal » 400 pages – traduit de l’anglais par Elodie Leplat – Prix : 22 €uros.

 

 

 

La Vengeance du pardon – Eric Emmanuel Schmitt – Editions Albin Michel –

LA VENGEANCE DU PARDONQuatre histoires autour d’un thème : le pardon et cela s’intitule

La vengeance du pardon

Peut-on parler ici de nouvelles ? En quelque sorte. Disons qu’il s’agit de quatre histoires  dont la troisième a donné son titre au livre car en effet c’est le pardon qui sert de pivot central à toutes. 

1.  Les sœurs Barberin. Deux jumelles, Lily et Moïsette, physiquement identiques. Lily la gentille, Moïsette la rebelle la jalouse. A 80 ans, Moïsette meurt dans des circonstances un peu troubles mais personne ne peut croire Lily coupable, tant sa gentillesse est devenue proverbiale.

2. Mademoiselle Butterfly. William Golden est devenu un magnat de la finance. Il est rattrapé par son passé car alors jeune homme jouisseur il a séduit une jeune fille un peu simple, Mandine, qui a donné naissance à un fils. Saura-t-il des années plus tard réparer la vie que son égoïsme a brisée ?

3.  La vengeance du pardon. Laure était la fille d’Elise. Elle est l’une des 15 victimes d’un serial-killer. Tout le monde s’étonne du comportement d’Elise qui visite régulièrement l’assassin de sa fille en prison pour viol et meurtres. Elle crée des liens avec lui et on se demande pourquoi elle agit ainsi en dépit de sa haine et de sa douleur.

4. Dessine-moi un avion. La plus courte des quatre histoires. Un vieillard dur et renfermé qui s’humanise au contact d’une petite fille qui lui apprend à aimer. Il est allemand et fut aviateur pendant la dernière guerre. Peut-on réparer un crime commis alors et peut-on se pardonner ? Bien sûr un grand rapport avec Saint-Exupéry.

Les chutes sont toujours très soignées, particulièrement celle de la troisième histoire qui nous prend par surprise et c’est tout l’art de la chute dans les nouvelles.

 Eric-Emmanuel Schmitt ne déçoit jamais grâce à son style et à son humanité. Il observe l’être humain, l’analyse, aussi bien dans ses pires défauts ; dans ses secrets que dans sa part humaine qu’il trouve toujours en chacun. Il y excelle.

Alors, vengeance ou pardon ? ou la vengeance du pardon ?  A vous de voir ! Un excellent titre pour quatre belles histoires.

Eric-Emmanuel Schmitt de l’Académie Goncourt  (Janvier 2016) est convié à La Voix au chapitre à l’Abbaye de l’Epau – Le Mans, Mercredi 20 Septembre à 19 h.

Marie-José/M.Christine 

« La vengeance du pardon » – 325 pages – Prix : 21,50 €uros

E. E. Schmitt auteur de réputation mondiale, dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste est traduit en 45 langues et joué dans 50 pays.


 

Zouleikha ouvre les yeux – Gouzel Iakhina – Editions Noir sur Blanc

ZOULEIKAZOULEIKHA OUVRE LES YEUX

SUPERBE PORTRAIT DE FEMME TATARE PAR UNE EBLOUISSANTE ECRIVAINE TATARE 

L’histoire débute dans les années 1930 au Tatarstan, au cœur de la Russie. Zouleikha, l’héroïne de ce roman est née dans un village et n’a jamais vu Kazan, la ville principale.

Elle a été mariée très jeune à un homme beaucoup plus âgé dont elle subit le joug ainsi que celui de sa belle-mère, bien pire encore. La religion musulmane lui impose des règles, certes, mais c’est surtout la place et le rôle de la femme qui sont racontés ici, femme qui n’est bonne qu’à travailler et servir. 

Tout ce début évoque la dureté d’une vie et c’est d’une force incroyable.

C’est l’époque de la dékoulakisation voulue par Staline. Le mari de Zouleikha est tué et la famille, comme celle de beaucoup de villageois est expropriée, réduite à la misère.

Ils sont aussi tous déportés vers la Sibérie. On dit « déplacés », cela paraît moins rude !! Le voyage dure des mois, sous les ordres du commandant Ivan Ignatov. C’est lui qui a tué le mari mais, il y a en lui une humanité, un sens de la justice qui donnent de l’espoir à tous ces gens en exil, qu’ils soient paysans, intellectuels, chrétiens, musulmans ou athées.

A eux tous, ils vont établir une colonie au bord de la rivière Angara.

Zouleikha était enceinte de son mari après la mort de ses quatre premières filles. Elle met au monde un garçon, Youssov. Elle trouvera également l’amour. Peut-elle cependant atteindre le bonheur après tout ce qu’elle a vécu et toutes les menaces qui pèsent ?

Un style assez cinématographique qui donne encore plus de force à l’action, de la vivacité au drame mais aussi à l’amour et à la tendresse, cela en plein enfer.

 Un grand coup de cœur de la rentrée littéraire. Un très beau roman et de la littérature. 

Marie-José/M-Christine

Texte restitué et traduit du russe par Maud Mabillard – 464 pages – Prix : 24 €uros.

Gouzel Iakhina est née à Kazan, au Tatarstan (Russie). Il s’agit ici de son premier roman, best-seller en Russie dès sa parution en 2015. Il a obtenu de nombreux prix. Prix Transfuge 2017 du meilleur roman russe. Il est traduit en plus de vingt langues.

Bakhita – Véronique OLMI – Editions Albin Michel

BAKHITAEntrez dans l’histoire merveilleuse de BAKHITA !

CB : « Ouvrons un nouveau livre de cette rentrée littéraire ! Un livre très attendu, le coup de cœur de beaucoup de monde ! Pourquoi est-il si attendu ? »

MAD : IN-CROYABLE ! – Ce livre a une puissance, un livre très particulier, très lumineux…  J’avoue que, très tôt, j’ai lu  ce livre et je suis tombée sous le charme. Véronique OLMI, qui n’en est pas à son premier roman, a beaucoup de finesse, beaucoup de psychologie. Tous ses romans sont réussis, très fins, attachants.

Alors qu’un livre était en cours…. Véronique Olmi, en visite dans un petit village de Touraine (Langeais),  est entrée dans une église, s’attardant devant un portrait exposé dans l’église :  « la photo de Bakhita » ! – Et l’on apprendra que Bakhita est une jeune fille, enlevée au Darfour, dans les années 1875, alors qu’elle n’avait que 7 ans. Elle a vécu  l’horreur de l’esclavage, les razzias dans les villages enflammés puis, dans la panique la rafle d’ enfants ou de jeunes filles qui peuvent faire des enfants. Tout cela est très « bon à vendre » et se « vend très très bien ». C’est sordide ! Souvent, ce sont des villages qui se prennent pour aller se revendre. C’est tout une noria de marchands qui arrive d’un peu plus loin, pour un plus gros marchand etc…. Et l’on se dirige, jusqu’à Khartoum, pour vendre ces esclaves qui marchent dans des conditions épouvantables. Les scènes sur l’esclavage sont impressionnantes, dignes de « Racines » (Alex Haley) et de tous les très bons romans sur l’esclavagisme. Véronique Olmi est donc tombée sous le charme de cette jeune femme car, pour Bakhita, le plus grand drame de sa vie, c’est d’avoir été volée mais, c’est surtout d’être d’une très grande beauté. Et, finalement pour elle ce sera très compliqué. Elle aura plus de cinq maîtres, va être violée, battue, sa vie sera vraiment très difficile.

Elle vivra, en ne pensant qu’à sa maman qu’elle a perdue, oubliant progressivement tous ses souvenirs. Elle ne se souviendra même plus de son prénom ni du nom de son village. On lui vole son identité. Tous ces malheurs finalement forment un écran noir. Elle ne gardera qu’une chose… : la volonté de RE-SIS-TER, en ayant l’impression que sa maman surtout, et que certaines de ses amies lui tiennent encore la main, sa main.

Elle a toujours eu cette passion pour les enfants. Elle est lumineuse. Sa vie va se trouver  modifiée, le cours de son existence va changer lorsqu’en 1885, le Consul d’Italie va la ramener dans des conditions rocambolesques. Arrivée à proximité de Venise, elle croisera des personnes très importantes. Ce sera une seconde chance pour elle, puisqu’elle apprendra à lire, à parler difficilement l’italien. Elle va rentrer dans un couvent, se convertir puis finalement prendre le voile, devenir Sainte Joséphine Bakhita. Elle sera même canonisée par Jean-Paul II, en l’an 2000.

Une histoire de femme invraisemblable. La couverture de ce livre est magnifique : c’est la photo de Bakhita. Un personnage qui a complètement chambloulé la vie de Véronique OLMI qui nous offre un livre lumineux, merveilleux, plein de bonté, plein d’ouvertures aux autres, à la fois de souffrance et surtout de cette volonté de toujours faire le bien autour de soi.                                

Vraiment, un personnage hors norme !.

– CB : Dans une récente interview, Véronique OLMI décrit Bakhita comme une femme complexe, pétrie de force…

– MAD : Exactement. Parce que, pour résister à la vie qu’elle a eue, pour résister à cet acharnement, à cette violence, à ces privations, il fallait avoir une petite étoile au-dessus de la tête : sa maman ! Je pense qu’elle a rencontré, lorsqu’elle est arrivée en Italie, une famille, un réconfort extraordinaire qu’elle a trouvé, dans la religion. Elle a pu, après avoir enduré tant de souffrances, donner aux autres.

On peut donc parler de l’histoire merveilleuse de cette jeune esclave, BAKHITA !

Réécoutez Charlotte Bouniot (CB) et M. Adélaïde Dumont (MAD)  en cliquant ici ! 

Marie-Adélaïde/M. Christine

« BAKHITA » – 455 pages – Prix : 22,90 €uros – Véronique Olmi est l’auteur de nouvelles, de théâtre, d’une bonne dizaine de romans dont : « La promenade des russes » (2008) – – « Le premier amour » (2010) – « Cet été-là » (2011) aux Editions Grasset – « Nous étions faits pour être heureux » (2012) – « La nuit en vérité » (2013) – « J’aimais mieux quand c’était toi » (2013) – Editions Albin Michel

 

L’ Art de perdre – Alice Zéniter – Editions Flammarion

l'art de perdreUNE GRANDE HISTOIRE DE FAMILLE !

« C’est long de faire ressurgir un pays du silence »

En ce début de rentrée littéraire, voici « L’ Art de perdre »,   magnifique texte d’Alice Zéniter et….  premier coup de cœur de Marie-Adélaïde Dumont de la librairie Doucet.

Cette rentrée littéraire (nous aurons l’occasion de le dire et d’en parler) nous apporte beaucoup de textes sur l’Algérie. Je pense qu’avec le temps, les auteurs se sont emparé du sujet et commencent à nous faire profiter de leurs expériences, de leurs témoignages de famille car nous avons cette année, d’autres ouvrages sur l’Algérie : – Brigitte Giraud qui nous parlera de son père,  jeune appelé en Algérie. Ensuite, J-Marie Blas de Roblès qui a écrit un livre sur les pieds noirs et Alice Zéniter qui va nous parler des Harkis dans « L’Art de perdre » et c’est avec beaucoup de plaisir que je m’empressse de vous le présenter.

Alice Zéniter, on connaît bien cette jeune sarthoise, brillante normalienne, auteur que j’apprécie beaucoup. Elle signe à mon avis, son meilleur livre. Et, quand on sait d’où elle part, on comprend mieux que ce livre est exceptionnel. Elle parle de sa famille, de leur arrivée en France.

C’est un livre qui ne juge pas. C’est un livre politique, dont le but est de nous faire comprendre, de nous expliquer pourquoi certains algériens ont choisi d’accompagner la France, la France coloniale. Pourquoi ces algériens sont arrivés en France au moment où le FLN (Front de libération nationale) ne voulait plus d’eux. Pourquoi l’Algérie libre a décidé de ne pas les garder. Pourquoi nous ne les avons pas bien accueillis, pas bien traités ? Quelles sont nos erreurs ?

Nous suivrons trois générations : – Naïma qui nous raconte cette histoire est le double littéraire d’Alice Zéniter. Cette jeune femme ne connaît pas l’Algérie, parle sans accent. Elle avait pour tâche de parler parfaitement comme son père quand il arrive, petit garçon, en France en 1962. – Ali le grand-père, le notable installé dans son commerce d’huile assez fructueux, se rend compte, au moment où le FLN le contacte, qu’il préfère rester du côté des français, même si cela est difficile. Puis il va devoir partir. Ensuite, Hamid le fils, arrivera tout petit, dans les années soixante. Il connaîtra le camp de Rivesaltes avant d’arriver en Normandie où il vivra dans une barre HLM à Flers, dans l’Orne. Nous verrons comment il va grandir, travailler, fonder une famille.

Naïma est cette troisième génération qui tente de comprendre, de pardonner, de repartir pour connaître ce pays qui mettait des étoiles dans les yeux de ses parents lorsqu’ils en parlait.

Ce n’est pas du tout un livre à charge.

C’est un texte magnifique, à la fois puissant, puisqu’on aura des scènes de batailles mais également poétique. On est emballés, envoûtés par les mots d’Alice Zéniter. C’est un texte merveilleux qui remet les choses à leur place et qui nous emmène dans cette saga familiale. On ne peut pas s’arrêter. C’est une des pépites de la rentrée. Il y a beaucoup de force dans ce roman. C’est sublime.

Marie-Adélaïde/M. Christine
Réécoutez l’émission France Bleu Maine en cliquant ici.

Alice Zéniter est née en 1986 à Alençon (Orne). Lycéenne, elle a publié son premier livre en 2003, à l’âge de 16 ans « Deux moins un égal zéro » –  Quatre romans dont « Sombre dimanche » (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l’Express et le prix de la Closerie des Lilas – « Juste avant l’oubli » (Flammarion 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène.

« L’Art de perdre » 506 pages – 22€uros

 

 

Avant que les ombres ne s’effacent – Louis-Philippe Dalembert – Editions Sabine Wespieser –

Prix littéraire France Bleu-Page des libraires 2017

avant que les ombres ne s'effacentRavie que France Bleu, en même temps que Page des libraires, qui est une revue superbe, a décerné le Prix France Bleu 2017, à un Monsieur extraordinaire, haïtien, Louis-Philippe Dalembert.

Son texte était paru en janvier. Il vient de recevoir ce prix France Bleu, puis le prix Orange pour récompenser son travail, sur une histoire absolument folle qui se déroule des années 39 à nos jours, en Haïti et qui s’appelle « Avant que les ombres s’effacent » – Un joli titre !.

Ce qu’on découvre dans ce roman, c’est l’histoire incroyable d’Haïti. Dès 1939 le Consul d’Haïti avait décidé d’offrir à tous les juifs qui en faisaient la demande, des passeports pour qu’ils puissent venir se réfugier en Haïti. Même Haïti a été très loin, pendant la guerre parce qu’après l’attaque de Pearl Harbor, Haïti a déclaré la guerre à l’Allemagne. C’est ubuesque. On savait que ça ne pouvait pas aboutir, mais c’était un engagement. A ce moment-là, ils ont accueilli plus de mille juifs.

En fait, Louis-Philippe Dalembert nous raconte cette histoire avec une écriture à la fois joyeuse, parce qu’il part du principe que les choses les plus tristes, les plus pénibles, si on les raconte avec un mode joyeux, cela permet de véhiculer beaucoup d’idées.

Et, justement l’humour, on le trouve avec ces populations, avec l’arrivée de ces familles juives, on rit, on pleure, on fait beaucoup de bruit, et le monde de la débrouille, du rocambolesque en Haïti, parce que c’est un peu comme ça que tout le monde vivait.

On va suivre l’histoire de Ruben Schwarzberg, brillant médecin qui va partir d’Allemagne, où il faisait ses études, et se retrouver sur ce fameux bateau le « Saint-Louis »,  paquebot allemand arrivé à Cuba mais qui a été refusé, pour  repartir vers la France. Tous ont été arrêtés, internés à Auschwitz. Il s’est échappé et grâce à des amis haïtiens rencontrés, il a pu avoir ce fameux visa et arriver jusqu’en Haïti.

Il nous raconte cette aventure quatre générations après, parce qu’il est toujours là, au moment du grand séisme de 2010, où une arrière-petite nièce israélienne et une partie de la famille installée aux Etats-unis et en Israël, vont revenir aider après ce tremblement de terre.

Et on va avoir cette aventure absolument folle de ces familles juives installées.

C’est un fait historique.. C’est un roman merveilleux sur Haïti. C’est passionnant !

Louis-Philippe Dalembert écrit à la fois des poèmes, des essais et là, il est revenu au roman parce qu’il a estimé que c’était la forme la plus appropriée à cette grande histoire et à ce coup de chapeau qu’il voulait donner à son pays, parce qu’ils ont eu un rôle absolument incroyable pendant la guerre.

Louis-Philippe Dalembert nous fait le plaisir de venir à la librairie Doucet. Venez nombreux rencontrer cet homme au charisme incroyable, il nous parlera de son livre :   VENDREDI 6 JUILLET à 18 heures.

Et si vous le souhaitez, écoutez l’émission diffusée mardi 27 juin, en cliquant ici

Marie-Adélaïde/M. Christine

« Avant que les ombres s’effacent » – 320 pages – 21 €uros

Croire au merveilleux – Christophe Ono-Dit-Biot – Editions Gallimard – collection Blanche –

 

croire au merveilleux 2Découvrons un très beau livre. Très beau titre ! Très beau texte en vue de la Fête des Mères qui approche !

« CROIRE AU MERVEILLEUX » de Christophe Ono-dit-Biot.

Christophe Ono-Dit-Biot a écrit de nombreux romans dont « Birmane » et, le dernier s’appelait « Plonger ». C’était, l’histoire très triste de ce couple, ce journaliste et cette jeune artiste, un couple fonctionnel. Très très belle histoire d’amour. Elle accouchera d’un petit garçon puis elle s’en ira mourir, lors d’un accident de plongée. Son mari, César, ne cessera de se demander si elle les a quittés pour mourir, en allant nager avec les requins, ou est-ce un banal et très triste accident de plongée ?

CB – (Cette question à laquelle, on ne peut avoir de réponse. – Mad : Et c’est ce qui est catastrophique).

Dans ce roman, « Croire au Merveilleux », c’est un des plus beau texte que j’ai lu en cette rentrée 2017. C’est intelligent, brillant, très cultivé puisqu’on va énormément parler de mythologie grecque. Mais, c’est surtout un texte sur le fait que la vie continue, la vie doit être douce.., même si on est séparés. C’est une forme de résilience. Et l’on va parler de quelque chose, d’un endroit, d’une île merveilleuse pour se consoler.

Donc, César est au bout du rouleau, son fils a grandi, il n’arrive plus à s’en occuper. Il décide de le confier à ses parents puis de disparaître….

CB/Mad : – Il a abandonné – II a laché prise.

Il est trop malheureux, Paz lui manque trop.

Au moment d’absorber ses cachets, l’alcool est déjà sur la table, coups de sonnette !…. Une fois, deux fois, trois fois… ça tambourine à la porte. En râlant, il va ouvrir, il voit une RAVISSANTE jeune fille,… une « bombe » !. Elle s’appelle NANA : – « Bonjour, je suis votre voisine. Est-ce que je peux entrer cinq minutes…. Je n’ai pas mes clefs. » – « Bah ! – Ma voisine a 95 ans ». – « Eh bien, non justement ! Elle est morte, la voisine ». – La nouvelle voisine, c’est moi qui remplace c’est moi qui ait repris l’appartement. Un peu sonné…, ils commencent à parler  littérature et voyages. Cette jeune fille brillante et cultivée va lui redonner goût à la vie.  Ils ont un point commun :  ils aiment les auteurs absolument incroyables, du grec ancien, ils sont passionnés de mythologie et elle va l’inviter. Elle est à la fois présente et mystérieuse, proche et lointaine.

CB : – On peut presque se demander si elle existe !

Et l’histoire va continuer grâce à elle, à cause d’elle, pour elle. Il va voyager, il va aller à Naples, en Grèce sur une petit île. Et il va finir –vous comprendrez pourquoi- par découvrir une installation artistique, un endroit où sont conservés tous les battements du cœur des personnes qui ont décidé de conserver une trace de leur passage sur terre et c’est au Japon.

 Découvrez ce livre pour en savoir un peu plus cette île merveilleuse !

C’est un livre d’amour ! mais un livre d’amour triste… Un livre sur la résilience.

Un texte magnifique !

(Echange entre Charlotte Bouniot (CB) France Bleu et Marie-Adélaïde – (Mad) – Librairie Doucet) – Réécoutez l’émission en cliquant ici.

Marie-Adélaïde/M.Christine

« Croire au merveilleux » – Editios Gallimard – 240 pages – 20 €uros

Chistophe Ono-dit-Biot est l’auteur de : « Désagrégée » (2000) Plon/Pocket – « Interdit à toute femme ou femelle » (2004) Plon/Pocket – « Birmane (2007) Plon/Pocket – « Plonger » (2013) – Gallimard – Grand prix du roman de l’Académie française – Prix Renaudot des lycéens.

Les filles au lion – Jessie Burton – Editions Gallimard (coll. Du monde entier) –

LES FILLES DU LION                            Un roman irrésistible  !

Voici donc le 2ème roman de Jessie BURTON, cette auteure anglaise, également comédienne, qui a conquis le monde avec « Miniaturiste ». Si vous ne l’avez pas lu, précipitez-vous, c’est incontournable !!!

Le titre original de ce nouveau livre : « The muse »  correspond tout à fait à l’histoire. Les éditions Gallimard ont préféré « Les filles au lion » et c’est bien aussi.

Nous sommes en 1967. Odelle vient des Caraïbes et vit depuis quelques années à Londres. Elle vend des chaussures mais rêve de devenir écrivain. La chance lui sourit lorsqu’elle est engagée dans une galerie d’art, au service de Marjorie Quick, personnage quelque peu hors du commun et mystérieux.

Elle rencontre également Lawrie Scott, un jeune homme qui a hérité de sa mère un tableau lui aussi mystérieux.

Marjorie semble troublée par cette toile et Odelle se décide à enquêter. Le tableau représente deux jeunes filles et un lion, d’où le titre français. Qui est le peintre ? Qui a servi de « muse » ?

Au fur et à mesure des découvertes l’auteure nous fait remonter dans le temps, en 1936, en Andalousie.

Nous faisons alors connaissance d’Olive et de Térésa qui ont une très grande importance dans le roman. Nous rencontrons aussi une famille anglaise, en vacances dans une très belle propriété et un jeune peintre. Il se nomme Isaac Roblès et va participer aux débuts de la Guerre d’Espagne. Est-ce lui le peintre du tableau ?

C’est donc une page d’Histoire que nous fait revivre Jessie BURTON. L’art est aussi omniprésent avec ses émotions et toute sa puissance créatrice. C’est, comme dans son premier roman son thème de prédilection .


Un très bon moment de lecture et n’oubliez pas « Miniaturiste » !!

« Les lecteurs de « Miniaturiste » ne seront pas déçus ». (The Times)

Marie-José/M. Christine

« Les filles au lion » traduit par Jean Esch 496 pages : 22,50 €uros –

miniaturiste 2

Jessie Burton est l’auteur du premier roman : « Miniaturiste » traduit par Dominique Letellier – 504 p. – 22,90 € – ou collection Folio – 8,20 €

America – François Busnel et Eric Fottorino – (de la revue le « 1 »)

AMERICA REVUE

AMERICA – Bienvenue au premier numéro  AMERICA !

L’AMERIQUE COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS LUE.

Présentation : Revue trimestrielle créée par François Busnel et Eric Fottorino de l’hebdomadaire le « 1 ». 16 numéros sont prévus pendant 4 ans. America s’achèvera donc avec le mandat de Trump.

America racontera l’Amérique au temps de Donald Trump, à travers des reportages et des enquêtes, des grands entretiens et des chroniques signés par des écrivains Français et Américains.

« Vous lirez donc, dans chaque numéro un entretien au long cours (Toni Morrison, qui a accepté d’être la marraine d’America raconte ce qu’écrire veut dire et ce dont Trump est le nom), mais aussi les extraits exclusifs des plus beaux romans américains à paraître. Dans ce numéro-ci : (Jay McInerney  « Les jours enfuis » à paraître le  11 mai 2017 et une nouvelle inédite  « Je me tuerais pour vous » de F. Scott Fitzgerald).

– une interview inédite de Barack Obama : « Ce que peut la littérature »

– un entretien exclusif avec Toni Morrison ( Prix Nobel de la littérature, en 1993) « Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? »

– des reportages, des enquêtes, des chroniques, des nouvelles, des extraits littéraires exclusifs écrits par Marc Dugain, Douglas Kennedy, Alain Mabanckou, Jay McInerney, Ta Nehisi Coates, Colum McCann, Louise Erdrich.

America salue dans ce premier numéro : Sinclair Lewis, Bret Easton Elis et Philip Roth, trois auteurs américains qui « nous avaient bien dit » dans leurs récits qu’un président comme Donald Trump serait élu. « Les écrivains, eux, sont armés : rien ne les étonne », souligne François Busnel.

Dans America, nous trouvons des illustrations, des dessins de Nicolas Vial, de Sempé, des photographies de Vincent Mercier ou de Sylvain Cypel pour son reportage « des pauvres petits blancs », un voyage au coeur de la Rust Belt « la ceinture de rouille » dans  l’Ohio et au Michigan,  ces classes moyennes qui ont été séduites par Trump et qui ont voté massivement pour lui. En dernière partie, un chapitre consacré à Moby Dick, le grand roman américain d’Herman Melville, illustré de superbes dessins. Puis, Augustin Trapenard nous fait le plaisir de clore ce premier numéro par une chronique humoristique avec « Figures de Donald ».

Ce premier numéro América est très agréable et richement documenté. C’est une réussite, c’est vraiment très séduisant, tant par son contenu, la diversité des sujets, sa forme. Dès les premières pages, on trouve une carte permettant de situer les lieux correspondants aux textes.

Une belle petite collection en perspective !

Vivement le prochain numéro prévu fin juin !!

Ce premier numéro d’America est tiré à 50 000 exemplaires. America :  194 pages au prix de 19 €uros.

M.Christine