L’infinie patience des oiseaux – David Malouf – Editions Albin Michel

l'infinie patience des oiseauxODE À LA NATURE !

Ce roman signé David Malouf « L’infinie patience des oiseaux »  fut publié en Australie pour la première fois en 1982 -(première traduction en France de ce livre, édité en Australie voici 36 ans !!!.)

C’est seulement  début 2018 qu’il nous parvient. C’est une découverte, celle d’un style très sobre, d’un vocabulaire très riche et précis mais également celle d’un poète.

Ashley Crowther, 23 ans, a fait ses études en Angleterre et en 1914 il revient en Australie pour s’occuper de l’immense propriété héritée de son père.

Jim Saddler n’est pas du même milieu, un peu « à la dérive ». Et sur ces mêmes terres il observe les oiseaux, il a 20 ans. Les deux jeunes gens se rencontrent et découvrent qu’ils ont la même passion pour la faune sauvage de l’estuaire et des marais. Ashley demande à Jim de travailler pour lui pour « créer un sanctuaire destiné aux oiseaux migrateurs ». C’est le bonheur pour Jim qui observe tous ces oiseaux à la jumelle, les note, les décrit en s’émerveillant de la carte inscrite dans leurs petits cerveaux pour se rappeler « les routes célestes qui les font migrer ».

Grâce à David Malouf nous apprenons à connaître « l’oiseau-dollar » ou « rolle oriental » qui vient des Moluques… ou encore ces petits « chevaliers sylvains » qui viennent pour la plupart d’entre eux de l’Asie ou de la Scandinavie… poitrine et flancs rayés, ventre blanc, pattes jaunes, le long bec explorant une flaque d’eau en quête de nourriture, soulevant la tête de temps à autre pour émettre ce cri singulier sur trois notes… la cervelle minuscule […] conservait-elle, dans ce petit œil, quelque image du plus vaste monde, en sorte qu’elle pouvait dire « J’étais là-bas ? »… Des énumérations et descriptions magiques.

C’est toute cette première partie qui donne son titre au livre « L’infinie patience des oiseaux » car pour voir et entendre le rossignol il faut aller en Europe.

Et en Europe ils y vont Ashley et Jim parce c’est la première Guerre mondiale dans laquelle ils s’engagent.
Là, ce sont d’autres mots, d’autres énumérations, mais elles expriment la souffrance, les douleurs, l’horreur des tranchées, les blessés, les morts… et même si c’est dur, violent, cela reste beau grâce à la prose de l’auteur. De temps en temps les oiseaux déjà vus en Australie sont présents et le rossignol fait entendre son chant.

N’oublions pas Imogen, une femme plus âgée, installée au même endroit en Australie et qui photographie les oiseaux.
« C’est la trace vivante de cette parenthèse heureuse ».

Calme et beauté de la nature opposés à l’apocalypse avec un sens du détail et du mot juste stupéfiant. C’est un roman bien sûr mais avant tout un texte magnifique »empreint de poésie et de lumière ».

Un livre à lire absolument !

Marie-José/M.Christine

« L’infinie patience des oiseaux » – Traduit de l’anglais (Australie) par Nadine Gassie – 234 pages – Prix : 20 €uros

David Malouf est considéré comme l’un des plus grands écrivains australiens contemporains. Connu pour plusieurs romans traduits depuis 1986, le dernier paru étant « Une rançon » en 2013. Il a reçu le prix Femina en 1991 pour « Ce vaste monde ».

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Un funambule sur le sable – Gilles Marchand – Editions Aux Forges de Vulcain

un funambule sur le sable« Bonjour, je m’appelle Stradi »

Stradi, comme stradivarius et c’est le surnom du personnage principal du deuxième roman de Gilles Marchand  :

« UN FUNAMBULE SUR LE SABLE »

Cela fait partie de ces livres qui font du bien et la grande qualité ici, c’est que c’est traité avec beaucoup d’originalité.

Ce sont les enfants, à l’école, qui ont surnommé le petit garçon Stradi. Auparavant il ne sortait pas et était surprotégé par sa famille.
Il faut dire qu’il est né avec un violon dans la tête, un vrai violon qui joue de la musique !
Gilles Marchand a choisi cette « curiosité » pour traiter du handicap, de la différence, sans mettre en avant un problème existant particulier. Cela n’existe pas et ne peut pas exister et l’auteur peut ainsi laisser libre cours à son imagination et à sa fantaisie.

Bien sûr les médecins ne comprennent pas et ne peuvent pas prévoir les réactions du violon.
D’ailleurs, est-ce un don ou un handicap ? Le violon se met à jouer dans toutes les circonstances et donne même à Stradi la possibilité de converser avec les oiseaux .
Cependant dans notre monde tout ce qui est hors-norme fait penser à la folie. Donc après la curiosité, les moqueries, l’indifférence, il faudra vivre l’exclusion.

Les thèmes sont sérieux mais Stradi fait face avec beaucoup d’optimisme, même si souvent « il fait semblant ».

Il a un ami fidèle aussi, Max, qui traîne sa jambe avec difficulté. Leur différence leur permettra, à l’un et à l’autre, de bien se comprendre et de pouvoir tout se dire.

Stradi va également vivre une très belle histoire d’amour avec Lélie mais nous nous demandons bien ce que devient le violon dans le crâne du héros. (Vous devez lire pour savoir !)

Il s’agit d’un roman entre onirisme et réalité, poétique, fantaisiste, délicat. Les personnages qui entourent Stradi sont loufoques et il est certain que l’on n’en rencontrera que fort peu dans la vie réelle.
Gilles Marchand a certainement lu Boris Vian car nous sommes dans un monde similaire à celui de « L’écume des jours », sans plagiat aucun.

« A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. J’aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter. J’ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que je ne pouvais pas utiliser, empêtré et maladroit. »

De l’invention, des jeux de mots, des larmes et beaucoup de sourires.
Si vous aimez sortir du quotidien, vous aimerez !.

Marie-José/M.Christine    


Gilles Marchand a notamment écrit « Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit « Le Roman de Bolaño » avec Eric Bonnargent. « Une bouche sans personne », son premier roman, paru en 2016 .

Un funambule sur le sable –  354 pagesPrix : 19.50 €

 

 

Sentinelle de la pluie – Tatiana de Rosnay – Editions Héloïse d’Ormesson

Sentinelle de la pluieUN PARIS AQUATIQUE  ET QUELQUES SECRETS DE FAMILLE…

Tatiana de Rosnay sera présente à la librairie Doucet  Jeudi 12 avril à 18 h, pour une rencontre-dédicace à propos de « Sentinelle de la pluie », livre que Marie-Adélaïde est venue nous présenter.

CB : Avec ce roman, dans quel monde  nous emmenez-vous ?

MAD : Pas si loin ! Je vous emmène à Paris ! Et en plein moment de la crue de la Seine ! Pas celle de ces temps derniers, mais la crue de 2016 ! (Sinon, il serait amusant de demander à Tatiana si ce livre a été écrit en l’espace de quelques semaines !!..)

Tatiana a toujours été impressionnée par ces crues de la Seine ! Sa grand-mère lui parlait souvent de ces crues d’il y a quelques années car elles étaient absolument terrifiantes…(on a vu des photos).  On mesure toujours la montée des eaux à la statue du Zouave du Pont de l’Alma. Elle trouvait que c’était terriblement romanesque comme histoire. Elle va même aller très loin dans sa description de Paris sous les eaux, de voir la manière dont on pouvait circuler en barque dans tout le 15ème arrondissement.

Mais si l’histoire a pour cadre Paris et sa crue, c’est surtout pour nous raconter celle de la famille Malegarde. Paul et sa femme Lauren qui est américaine ont deux enfants. Paul va avoir soixante-dix ans et depuis quelque temps son épouse prépare cet anniversaire à Paris pour qu’ils soient en dehors de la Drôme, leur port d’attache. Paul Malegarde est un éminent arboriste, on parlera donc de botanique, d’arbres, puis d’un tilleul séculaire car cet homme se bat pour qu’on ne coupe pas les arbres, il veut sauvegarder les arbres anciens à travers le monde.  Il sera question des deux enfants de la famille et vous vous en doutez, rien ne se passera comme prévu… Et la partie la plus intéressante et la plus poignante de ce roman ce sont les rapports entre enfants-parents, même à l’âge adulte. Il y a des secrets que l’on n’ose pas dire et il y a un moment dans la vie où il faut absolument que les secrets soient mis au grand jour sinon on ne peut plus continuer à vivre en racontant des histoires…

CB : En parcourant ce roman, en tant que parents, est-ce que notre regard change ?     Est-ce qu’on se pose des questions sur ce que l’on pensait dire ou ne pas dire à nos enfants ?

MAD : Exactement ! Ce qui est important c’est de leur laisser la possibilité de parler. Il faut laisser la porte ouverte s’ils ont envie de parler à tout moment pour qu’ils puissent le faire. Là, on se rend compte que Linden, ce garçon de 35 ans, qui apparaît, va pouvoir parler, s’exprimer et c’est quand même très important de le faire avant qu’il ne soit trop tard !.

CB : Et c’est un peu la morale à retenir !

« Sentinelle de la pluie » – 367 pages – Prix : 22 € – Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Écoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Charlotte Bouniot en cliquant ici

L’ Archipel du Chien – Philippe Claudel – Editions Stock

l'archipel du chienUne fable contemporaine dérangeante !

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent : guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. » (p. 147)

« L’ Archipel du Chien » est le nouveau roman de Philippe Claudel,  à la couverture magnifique que Nathalie de la librairie Doucet va nous présenter.

CB : Est-on dans un univers, entre le romanesque et le thriller ? –  NP : –  Un petit peu !       – CB : Pour nous situer, pouvez-vous  nous en dire un peu plus, Nathalie ?.  

Philippe Claudel écrivain de longue date a déjà écrit une dizaine de romans mais est aussi scénariste de films. Là, il nous emmène dans une île imaginaire appelée

L’ Archipel du Chien

que l’on ne sait pas très bien situer, mais de par le sujet du livre, on peut penser à la Méditerranée.

Alors, nous sommes sur cette petite île un peu fermée, qui vit recluse, sur elle-même. Les habitants ne sont pas très ouverts sur le monde extérieur et ce qui se passe ailleurs les intéresse assez peu. Comme habituellement, chaque matin, l’ancienne institutrice se promène sur la plage accompagnée de son chien et découvre trois corps, des gens de couleur, trois cadavres. Bien sûr, elle appelle le maire du village, le médecin, le curé et tous décident, alors que ces corps sont sans papiers, de ne pas ébruiter l’affaire.  Visiblement, ce sont des migrants décédés, vraisemblablement tombés d’un bateau, ayant échoué sur la plage… Sur cette île, un projet de Centre thermal est en pourparler. Pour ne pas gâcher et faire de mauvaise publicité sur l’île, ils décident de cacher les corps et de les enterrer eux-mêmes. Surtout de ne pas faire de vague  (!).  Sauf que se trouve mêlé à cette histoire, le nouvel instituteur, bien plus jeune, venant du continent, déjà considéré un peu comme un  étranger par les habitants de l’île, se laissant au départ embarquer dans cette histoire. Il finira par manifester son désaccord : -« Non ! Attendez ! – Cela ne va pas du tout ! Ce qui est entrain de se faire, est inadmissible . » – « Il faut déclarer ces morts ». Le livre débute comme cela.

Et, c’est toute une cabale et une machination qui vont se mettre en place contre ce jeune instituteur pour l’empêcher de mener à bien son projet : –de dire la vérité…. C’est machiavélique ! – [Ça vous prend…. Il vous emmène…], cela démarre petit à petit puis la pression va crescendo…

Alors, c’est un livre dérangeant. C’est un livre coup de poing parce qu’effectivement, il bouscule la bonne conscience de ces gens. Mais en même temps, il bouscule aussi notre bonne conscience.

CB  « On peut  poser nous-mêmes la question  de ce qu’on aurait fait ? Est-ce qu’on est plus comme l’instituteur ou les autres ? »

Et puis c’est aussi ce monde de migrants qui existe, qu’on connaît par les informations, dont on est conscient et pour lesquels on ne fait rien ou si peu.

Un livre qui monte en puissance au fur et à mesure des pages et dans lequel on retrouve le Philippe Claudel dans « Les âmes grises », dans « Le rapport de Brodeck » ou de « La petite fille de Monsieur Linh ».

Nathalie/M. Christine

Écoutez Nathalie de la librairie Doucet en compagnie de Charlotte Bouniot en cliquant ici.

 « L’ Archipel du Chien » – 288 pages – Prix : 19.50 €

Philippe Claudel est à l’académie Goncourt depuis 2012. Il est enseignant et auteur de : « Il y a longtemps que je t’aime » (2008) –« Tous les soleils » (2011) – « Une enfance » (2015) – « Les âmes grises » (prix Renaudot en 2003), le prix Goncourt des lycéens (2007) – « Le rapport de Brodeck » prix des libraires du Québec (2008), prix des lecteurs du livre de poche (2009) – 2013 « Parfums » prix Jean-Jacques Rousseau de l’autobiographie.

Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé – Editions Actes Sud

une mer, deux océans, trois continents

UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS

CB : Un océan, deux mers, trois continents ! Rien que le titre du livre que Marie-Adélaïde va nous présenter est déjà un grand voyage à lui tout seul !

MAD : Vous vous plongez dans une grande histoire, un roman d’aventures, un roman de pirates, un roman de réflexion aussi. Tout cela est servi et écrit avec un talent incroyable parce que l’écriture de W. N’Sondé est magnifique !

Voici l’histoire d’un jeune homme qui habite au Kongo, près du Rwanda. Il est tout jeune. Il vient de se convertir et il a prononcé ses vœux, sous le nom de dom Antonio Manuel. En secret il répond à l’appel du roi du Kongo, de Alvaro II qui lui demande de partir au Vatican, de se rendre à Rome retrouver le Pape pour plaider la cause des jeunes esclaves car il estime que ce commerce triangulaire fait des ravages. L’esclavage est quelque chose d’épouvantable et il faut absolument mettre un terme à ce terrible trafic (Imaginez qu’au XVIIe siècle les voyages n’étaient pas si tranquilles !…) Voilà ce jeune homme qui embarque sur un vaisseau français puisque la France a décidé de prêter  main forte à ce jeune pays du Kongo, rien que pour ennuyer les Espagnols et les Portugais –leurs ennemis- qui eux font un trafic d’esclaves absolument terrible mais les français également ! Et, comble de l’horreur, ce jeune prêtre va embarquer sur un bateau qui s’appelle le « Vent Paraclet » qui lui aussi transporte des esclaves. Donc, la première partie du voyage consiste à aller du Kongo jusqu’à Recife au Brésil pour livrer cette première cargaison. C’est absolument dramatique, diabolique la façon dont sont traités ces hommes, ces femmes, ces enfants, et surtout d’en être témoin et impuissant !…. Notre  héros va découvrir l’horreur et après avoir débarqué cette cargaison humaine qui a perdu un tiers de son effectif puisque les conditions de détention étaient épouvantables -le voilà entrain de reprendre la mer, malheureux avec un sentiment d’impuissance sauf que, effectivement les Espagnols et les Portugais veulent absolument mettre fin à sa mission. Ils envoient des soldats qui sont chargés de l’intercepter et le tuer ! La France envoie un pirate qui est un ancien français converti, qui est devenu musulman et là, c’est un roman de cape et d’épée absolument extraordinaire !

Bref, il finit par arriver au fin fond du Portugal et remonter par l’Espagne à travers un passage par les geôles de l’inquisition, pour aller jusqu’à Rome. Et cette histoire est vraie. C’est cela qui est extraordinaire ! Il n’a rien inventé !. Et, ce jeune homme va s’acquitter de sa mission, il va mourir dans les bras de Paul V, après plus de trois ans de voyage.  Paul V va être très touché par la mission de ce jeune homme et lui dédie une statue à Rome.

(C. B ) : et le message de tolérance

MAD : Ce message de Paix et de tolérance est toujours un message terriblement actuel et c’est extraordinaire de lire ce texte qui raconte la vie d’un jeune qui, au XVIIè siècle pensait changer le cour des choses…

Ecoutez M. Adélaïde en compagnie de C. Bouniot de France Bleu Maine, en cliquant ici.

Marie-Adélaïde/M. Christine

Né en 1968 à Brazzaville, Wilfried N’Sondé a grandi en Île-de-France et étudié les sciences politiques avant de partir à Berlin, où il est resté vingt-cinq ans. Il vit désormais à Paris. Musicien et écrivain, il a aussi enseigné la littérature à l’université de Berne (Suisse). Il publie ses romans chez Actes Sud : « Le Cœur des enfants léopards » (2007)  prix des Cinq continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire) –  « Le Silence des esprits » (2010) – « Fleur de béton » (2012) et Berlinoise (2015).

Un océan, deux mers, trois continents – 272 pages – Prix : 20 €

Certains souvenirs – Judith Hermann – Editions Albin Michel

CERTAINS SOUVENIRSJudith Hermann est berlinoise, elle a été récompensée par plusieurs prix prestigieux en Allemagne. Elle vient de publier un nouveau recueil de dix-sept nouvelles, intitulé « Certains souvenirs », plutôt de courts récits car l’auteure ne recherche pas la chute qui –pour moi est une marque de la nouvelle. Cela n’empêche pas que le lecteur ne peut qu’apprécier l’art et la délicatesse de Judith Hermann qui est peintre des sensations et des sentiments.

Le Monde : « La délicatesse est une caractéristique de l’écriture de Judith Hermann, cette délicatesse qui peut être languide et avoir soudain des jaillissements de cristal, comme un poisson filant dans une eau limpide. »

Languide, oui, mélancolique, sensible et poétique.

Comme le dit la 4ème de couverture, l’auteure sait « capter, en peu de mots, le mystère et la subtilité des choses  Quelle proximité avons-nous avec les gens que nous aimons ? Que se passe-t-il lors d’une rencontre ? Qu’en reste-t-il ? »

Quelques titres parmi d’autres : « Charbon », Solaris », « Iles », « Rêves », etc… Beaucoup de titres avec un seul mot, comme celui qui, dans le court récit, peut tout à coup changer les choses, de la même manière qu’un regard d’ailleurs. 

L’écriture est belle avec la concision de la nouvelle. C’est précis et vague, voire flou, comme tout ce qui reste insaisissable ou encore dans le non-dit. 

Ce sont des petits instants de vie, précieux et tout simples à la fois.

Même si la mélancolie de « certains souvenirs » enfuis est souvent présente, il existe toujours aussi une forme de promesse, un espoir et éventuellement une lumière qui donne l’impression parfois d’une fin ouverte.

Un très bon moment de lecture.

Judith Hermann a écrit un roman en 2016 « Au début de l’amour » mais elle est surtout spécialiste de nouvelles et ses recueils sont traduits en 24 langues. Citons « Maison d’été », « Rien que des fantômes » ou « Alice ».

Marie-José/M.Christine

« Certains souvenirs »-Traduit de l’allemand par Dominique Autrand-192 pages- Prix 19 €

Vers la beauté – David Foenkinos – Editions Gallimard

vers la beautéL’ ART ET LA CRÉATION

Nous allons nous plonger dans le dernier roman de David Foenkinos « Vers la beauté » qui vient tout juste de paraître et découvrir cette histoire, pas si facile !

– Une histoire assez sombre, voire-même très sombre qui peut dérouter certains lecteurs de David Foenkinos, cet auteur qui aime bien rire, qui aime bien profiter des moments joyeux de la vie…  Là, on se rapproche plutôt de la veine de « Charlotte », (Charlotte Salomon) ce très beau roman, à propos de cette jeune femme morte dans un camp de concentration, paru en 2014.

Ici, l’art et la création vont être au centre de ce roman et la scène démarre ainsi : 

– Vous allez trouver Antoine qui est dans le bureau de la (DRH) Directrice des Ressources Humaines  du Musée d’Orsay à Paris. Il est bardé de diplômes. Il possède  un doctorat sur Modigliani. Il a été professeur aux Beaux-Arts à Lyon…  et il demande un poste de gardien. C’est très étrange !

Pourquoi ce choix ? Parce que c’est une fuite, car Antoine est désespéré. Quelque chose l’a meurtri. Certes, il est séparé de sa compagne mais ce n’est pas que cela. L’ensemble du problème n’est pas là, mais ça n’ajoute pas au plaisir de vivre. Il y a autre chose et cette autre chose on va la découvrir petit à petit, page à page. Ce n’est pas du tout un héros sympathique, il ne parle pas, il a fui Lyon sans donner de nouvelles à ses proches, à sa sœur, à ses amis et même vis-à-vis de cette DRH avec laquelle il a une certaine affinité, il va être fermé, mutique. Il ne sait que regarder la salle des Modigliani, parfois en étant très maladroit avec le guide-conférencier, parce qu’il en sait beaucoup plus que lui. (de ce côté là, il ne se fait pas un ami). Petit à petit, on va comprendre pourquoi il est parti. Pourquoi il a abandonné ses élèves, alors que c’était « le » professeur d’histoire de l’art. On va comprendre tout ça, grâce à Camille, cette jeune fille merveilleusement douée. Elle est à l’école des Beaux-arts. Elle est passionnée, c’est une véritable artiste mais elle a une souffrance telle, immense qui la conduira peut-être jusqu’à l’irréparable. Et cela vous le saurez, en lisant ce livre. Mais en tout cas, ce lien entre ce professeur et cette jeune fille, grâce à l’art, grâce à ses peintures, va être extraordinaire et peut-être qu’Antoine a quelque chose à réparer. (-Ils sont tous les deux à réparer…) Mais, il n’est aucunement coupable, il se dit qu’en tant que professeur, il est passé à côté de son devoir d’accompagnement. 

C’est un très beau texte ! Plus vous avancez dans le livre, plus il devient sombre mais en quelque sorte lumineux puisque vous comprenez mieux les tenants et les aboutissants.

Et, si ça peut nous permettre d’éviter les erreurs, de savoir communiquer avant qu’il ne soit trop tard, ce livre aura atteint tout son but !…

Marie-Adélaïde/M. Christine

Ecoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Charlotte Bouniot sur France Bleu Maine en cliquant ici.

« Vie de beauté » – 224 pages – Prix : 19 €

David Foenkinos est auteur de nombreux livres dont certains adaptés au cinéma, voici quelques titres :  « Nos séparations » Gallimard (2008) – « La Délicatesse » Gallimard (2009) – « Lennon » Plon (2010) – « Je vais mieux » Gallimard (2013) – « Charlotte »  (Charlotte Salomon) Gallimard (2014) – Prix Renaudot, Prix Goncourt des lycéens –  « Le Mystère Henri Pick » – Gallimard- (2016)

 

 

 

 

 

La rose de Saragosse – Raphaël Jérusalmy – Editions Actes Sud

la rose de saragosseART ET INQUISITION

La rose de Saragosse est un très joli roman, très fort en même temps dans la mesure où il est construit sur fond historique.

L’Histoire justement : Nous sommes très exactement le 14 Septembre 1485, sous le règne de « Los Reyes Catolicos », Isabel et Ferdinand. 

Ils ont nommé à la tête de la terrible Inquisition Tomas de Torquemada avec le but  affiché de « chasser les hérétiques et les juifs ».

D’autres inquisiteurs sont sous ses ordres et, à Saragosse, l’un d’entre eux, le Père Arbuès est assassiné dans la cathédrale.

Torquemada n’a de cesse de faire régner la terreur et de retrouver l’assassin. Il faut chercher dans la population et plus particulièrement chez les « conversos », les juifs convertis au catholicisme mais qui ont conservé leur foi en secret.

Là commence le roman.  Un « familier » a été recruté, c’est-à-dire un mercenaire chargé d’enquêter. Il se nomme Angel de la Cruz, a un aspect loqueteux, il est brutal et est accompagné d’un méchant chien errant, le bien-nommé Cerbero. Il est aussi un artiste qui a beaucoup de talent pour le dessin.

Léa, est la fille d’un « converso », le noble Ménassé de Montessa. Elle aime les livres et l’art. Elle représente l’esprit d’indépendance.

C’est là qu’intervient la rébellion. On ne peut pas lutter contre Torquemada et ses sbires, contre les autodafés qui tuent férocement.

Seule, la gravure est un moyen de résister efficacement en affichant des « placards » qui sont des caricatures. Qui en est l’auteur ? Il y a un contraste entre cette gravure plutôt cruelle et la signature si fine, si belle :  une magnifique Rose…épineuse cependant.

Tous les personnages se croisent, ont leurs secrets, leurs faiblesses et c’est tout simplement magnifique.

RAPHAËL JÉRUSALMY a su parfaitement, sur fond historique très documenté, apporter, au milieu des horreurs, la force, l’amitié, l’amour aussi et la poésie avec ce grand cheval blanc, un peu mystérieux que l’on voit souvent passer à l’arrière-plan.

« Sur la naissance d’une rébellion qui puise ses armes dans la puissance d’évocation  -et l’art de faire parler les silences- de la gravure, « La rose de Saragosse » est un roman vif et dense, où le silence, la séduction et l’aventure exaltent la conquête de la liberté ». Très beau !

Marie-José/M.Christine

« La rose de Saragosse » 190 pages – Prix : 16.50€

Raphaël Jérusalmy a écrit « Sauver Mozart » (2012) – « La Confrérie des chasseurs de livres » (2013) – « Evacuation » (2017) – chez Actes Sud

Vie de David Hockney – Catherine Cusset – Editions Gallimard

vie de david hockneyCatherine Cusset sera présente à la librairie Doucet ce  Vendredi 23 mars à 18 h pour une rencontre-dédicace. Elle nous parlera de la VIE DE DAVID HOCKNEY

CB : « Quand un galeriste qui organisait une exposition collective, demanda aux artistes d’évoquer la source de leur inspiration, il écrivit : « je peins ce que je veux, quand je veux, où je veux. « Tout pouvait être le sujet d’une peinture : un poème quelque chose qu’on voyait, une idée, un sentiment, une personne. Tout vraiment. C’était ça, la liberté ?» 

CB : – Ce qui n’est pas évident !

MAD : – C’est incroyable ! DAVID HOCKNEY est extraordinaire. C’est un de nos plus grands artistes vivant toujours au Royaume-Uni.

– Alors, vous allez me dire que fait Catherine Cusset, avec une biographie de peintre, d’artiste ?.. Eh bien, c’est un roman ! Catherine Cusset en a fait un roman ! Elle s’est emparée de la vie de cet artiste qui est absolument extraordinaire puisqu’il a connu des courants de peintures, de dessins différents…, des amitiés, les grandes années de folie à Los Angelès, alors que c’est un petit gamin pauvre de Bradford, à côté de Londres. Catherine Cusset a désiré faire un roman, en bouchant les trous avec tous les textes qu’elle connaissait sur ce grand peintre au sujet duquel (lors de ses 80 ans) une rétrospective (plus de cent-soixante peintures, dessins, photos) a eu lieu à Paris, au Centre Beaubourg,  jusque fin octobre 2017.hockney peinture

CB : Il y a donc encore une part d’imagination de Catherine Cusset, en plus de la réalité ?

MAD : Exactement ! Elle a comblé les interstices de la vie privée de DAVID HOCKNEY qu’on ne connaît pas forcément. Alors, tout petit il est passionné par le dessin, une enfance pauvre entre guillemets, mais il ne manquait de rien, sauf qu’il n’avait pas assez de papier, donc il griffonnait en marge de ses livres, de ses cahiers, sur les cahiers d’exercices de ses frères… Il vit dans une famille très unie, pas du tout conformiste, avec un père antimilitariste, mais des parents qui se sont aimés et qui ont vécu ensemble très longtemps. A la suite d’efforts, il s’est aperçu que le dessin, c’était sa passion, il enchaîne  le conservatoire à Bradford, puis la très bonne école à Londres. Tout cela avec des bourses, puisqu’il n’avait pas beaucoup d’argent. Puis la carrière qui démarre ! Un « as » du dessin, un trait extraordinaire. Entre temps, il s’est rendu compte que sa vie privée aurait plus de possibilités en étant à Londres ou en partant aux États-Unis puisque très tôt il a avoué son homosexualité et ça a été un rôle -quelque chose d’important dans sa vie-. Ce sont à la fois des périodes de dessins, des périodes de peintures où il va se renouveler sans cesse. Il va être passionné par différentes techniques, par les inspirations des grands peintres et puis c’est la vie fantasque, les grands voyages, les amitiés fidèles, les histoires d’amour qui se finissent mal….., des années de déprime puis le goût du bonheur qui revient.

CB : le goût de la liberté aussi….

MAD : Complète ! Et puis, surtout une âme d’enfant qu’il va garder du début jusqu’à la fin, un émerveillement. Ces couleurs, vous savez quand on pense HOCKNEY on pense aux bleus de ces piscines….

CB – Au bleu cyan !. 

MAD – Voilà ! Le ton saturé de ces paysages de Los Angelès. Il a traversé les années SIDA sans souci pour lui, contrairement à de nombreux amis. C’était une source de tristesse,  un moment. Mais il  voulait magnifier cela et sa peinture repartait de plus belle, dans des couleurs extraordinaires.

Un peintre incroyable, un dessinateur de génie, un homme fabuleux  ! N’hésitez pas à le rencontrer par le biais du roman de Catherine Cusset puis à consulter des documents le concernant puisque l’exposition de ses toiles est terminée.

MAD : Et une auteure fabuleuse…

CB : En parcourant ce roman, on a envie de se connecter sur internet et observer quelques toiles de David Hockney, histoire d’avoir aussi l’image !…

MAD :  Absolument, puisqu’on voit les courants, les différentes sources d’inspiration. Il va utiliser le polaroid pour découper et faire des tableaux en tranche avec différentes parties. Il va tout d’un coup envoyer ses dessins par Fax parce que le Fax est inventé, il trouve cela fabuleux d’être à l’autre bout du monde et de communiquer. Il va s’essayer, avoir des grands maîtres, de nombreuses sources d’inspiration, avoir différentes techniques…

C’est extraordinaire de lire un tel roman. Il paraît que tous les proches de David Hockney (lui, je ne sais pas) ont trouvé le roman très satisfaisant.

CB : Un très beau compliment pour Catherine Cusset qui nous fait traverser les courants et les différentes époques de la Vie de David Hockney

Écoutez Marie-Adélaïde Dumont (MAD) en compagnie de Charlotte Bouniot (CB) sur France Bleu Maine en cliquant ici

Marie-Adélaïde/M.Christine

Vie de David Hockney – 192 pages – Prix : 18.50 €

 

La Revenue – Donatella Di Pietrantonio – Editions du Seuil

la revenue« A 13 ans, je ne connaissais plus mon autre mère ».

                            Ainsi débute « La Revenue »
La narratrice est adulte maintenant et elle se souvient. Jusqu’à l’âge de 13 ans, dans les années 70, elle habitait en ville, au bord de la mer. Elle était fille unique, avait des amies et vivait dans l’aisance.
Brutalement elle apprend qu’elle n’est pas la fille des gens qui l’ont élevée et aimée. Brutalement, en effet, puisqu’elle doit les quitter pour être rendue à sa famille biologique.

La voilà dans un monde très différent. Elle se retrouve à la campagne, dans une famille nombreuse, pauvre, dans laquelle on parle non pas l’italien mais un dialecte. Elle vit la promiscuité en partageant sa chambre avec ses frères et sa sœur. Elle connaît la violence, les repas maigres et l’absence d’amour. Elle se retrouve « orpheline de deux mères vivantes ».
Pourquoi ce deuxième abandon en quelque sorte ? Qu’a-t-elle fait pour mériter cela ? Que s’est-il passé ?
Ici dans le village, elle est « L’ Arminuta«  (c’est le titre dans ce dialecte des Abruzzes), « La Revenue« . Comment se construire, même si l’on est une excellente élève, quand on se sent différente, quand on ne sait plus qui on est, quand on a personne à qui se rattacher.

Mais si ! Il y a un grand frère, sans doute un peu trop proche d’ailleurs, un autre, un bébé, au retard mental et si attachant et surtout sa sœur plus jeune mais forte, qui sait s’imposer, se révolter et permettre beaucoup de tendresse en devenant sa complice.
« Ma sœur. Une sorte de fleur improbable qui avait poussé sur un petit amas de terre accroché au rocher. C’est elle qui m’a appris la résistance ».

L’ auteure veut aussi ne pas oublier ses racines dans les Abruzzes. Elle nous restitue le terroir auquel elle reste très attachée.

L’écriture est concise, incisive, efficace et aussi pleine de pudeur et de délicatesse.

Ce texte est bouleversant tout en évitant le pathos. Donatella Di Pietrantonio nous livre un portrait d’adolescente qui doit renaître et prendre place dans ce monde qui lui semble détruit. C’est un roman d’initiation et de construction, de reconstruction aussi bien sûr. Pour tout lecteur.

Un texte que l’on ne peut pas oublier !

Marie-José/M.Christine

Donatella Di Pietrantonio est née dans un village des Abruzzes en Italie et a déjà publié deux romans très remarqués, « Mia madre è un fiume » (2011) et « Bella mia » (2014) avant ce dernier  « La Revenue » qui a obtenu le prestigieux Prix Super Campiello 2017.

« La Revenue » – 240  pages – prix :  20€ – Traduit de l’italien par Nathalie Bauer